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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302751

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302751

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantEL AZZOUZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2023, Mme A D, représentée par Me El Azzouzi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a abrogé son attestation de demande d'asile et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale car les motifs la justifiant manquent en fait et les faits allégués par l'administration ne pouvaient caractériser un risque de fuite au sens de l'article L. 511-11 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Mme D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 8 décembre 2023.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Loire qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 décembre 2023 :

- le rapport de Mme C ;

- Me El Azzouzi, avocat de Mme D, qui n'était pas présente, en présence de Mme B, interprète en langue russe sollicitée par la requérante.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante russe, est entrée en France le 6 septembre 2021. Elle a présenté une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dont le rejet a été confirmé par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 octobre 2023. Par un arrêté du 13 novembre 2023, notifié le 24 novembre 2023, le préfet de la Haute-Loire a procédé au retrait de son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français avec un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de ces actes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme E, sous-préfète chargé de mission auprès du préfet de la Haute-Loire, secrétaire générale adjointe de la préfecture de la Haute-Loire, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 10 novembre 2023 pris par le préfet de la Haute-Loire et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Loire du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qui le composent, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, Mme D soutient que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'illégalité. Toutefois, il ressort de l'arrêté en litige qu'un délai de départ volontaire a été accordé à la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, Mme D soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle. Toutefois, la requérante se borne à produire un certificat médical daté du 24 novembre 2023 indiquant que l'impossibilité d'un suivi diabétique et une éventuelle difficulté à accéder à l'insulinothérapie mettrait gravement en jeu sa santé et déconseillant un déplacement en avion. Elle produit également la décision de la CNDA du 26 octobre 2023 accordant le bénéfice de la protection subsidiaire à son fils, à sa belle-fille et à ses petits-enfants. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à invoquer une méconnaissance des dispositions précitées et à produire la décision du 26 octobre 2023 de la CNDA accordant le bénéfice de la protection subsidiaire à son fils, à sa belle-fille et à ses petits-enfants, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour le 26 octobre 2023 qui n'a pas tenu " pour établis les faits allégués et pour fondées les craintes énoncées ",

Mme D n'établit pas, par ses seules allégations, qu'elle encourt personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

7. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Au cas d'espèce, Mme D se borne à se prévaloir de la présence en France de ses enfants qui ont obtenu la protection subsidiaire. Ce faisant, et alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 64 ans dans son pays d'origine, elle n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir que le préfet, par l'arrêté attaqué, porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

11. Il résulte des points précédents que les conclusions présentées par Mme D ne sont assorties que de moyens stéréotypés dépourvus de toute précision. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023

La présidente,

S. C Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

AC

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