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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302801

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302801

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 décembre 2023 et le 7 janvier 2024, M. C B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résider dans le département de l'Allier pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 5 octobre 2023 par laquelle la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par le rejet de sa demande d'asile pour fixer le pays de destination ;

- l'assignation à résidence est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 8 janvier 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 5 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 janvier 2024 :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Gauché, avocat de M. B, présent et assisté de M. A, interprète.

La préfète de l'Allier n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, est entré en France selon ses déclarations le 30 décembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 30 juin 2023, et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par ordonnance d'irrecevabilité du 3 novembre 2023, notifiée le 23 novembre 2023. Par un arrêté du 5 octobre 2023, la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a assigné à résider dans le département de l'Allier pendant une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, en vertu d'un arrêté du 28 juin 2023, régulièrement publié le

29 juin 2023, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, dans l'ensemble des décisions qui le composent, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. B fait valoir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pu être interrogé sur sa situation personnelle. Toutefois, M. B a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de sa demande d'asile. Au demeurant, il n'établit ni n'allègue avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire en litige, des dispositions de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux pouvoirs du juge des libertés et de la détention en matière de mise en liberté des étrangers placés en rétention administrative.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en décembre 2022. Il se prévaut de la présence en France de sa mère et de ses deux sœurs, et de ce qu'il n'a plus de contact avec son ex-épouse et ses enfants restés en Albanie. Toutefois, les seules attestations produites par le requérant, émanant de ses sœurs, identiques et non circonstanciées, ne permettent pas d'établir que M. B a ancré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, si bien qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En sixième lieu, M. B ne peut utilement invoquer une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que cette dernière n'a ni pour objet, ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine.

8. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

9. En huitième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile pour fixer le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit ne peut qu'être écarté.

10. En neuvième lieu, M. B fait valoir qu'il encourt des risques pour sa personne en cas de retour en Albanie en raison de menaces dont il ferait l'objet de la part de l'ex-mari de sa sœur. Toutefois, et alors que la demande d'asile de M. B a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, les seuls documents produits, peu circonstanciés, ne permettent pas d'établir qu'il serait réellement, personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, si M. B soutient que l'assignation à résidence est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

12. M. B ne peut utilement demander que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige soit suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci, dès lors qu'il ressort des termes du relevé Telemofpra, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la CNDA a statué sur son recours en date du 21 septembre 2023 par une ordonnance d'irrecevabilité du 3 novembre 2023, notifiée le 23 novembre 2023.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation, ou à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions présentées aux fins d'injonction, et en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

14. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

15. Il résulte des points précédents que la requête de M. B ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

La présidente,

S. D Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302801

JC

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