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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400581

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400581

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2024 et le 14 novembre 2024, Mme A B, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de 48h00 à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même condition d'astreinte ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de 48h00 à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même condition d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge du préfet du Puy-de-Dôme la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux est illégale en raison de l'absence de communication des motifs de cette décision suite à une demande de communication réalisée par courrier du 28 août 2023 ;

- la décision du 26 avril 2023 est illégale en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est illégale dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Par décision du 15 février 2024, la requérante n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- les observations de Me Gauché, substituant Me Demars.

Une note en délibéré, présentée par Mme B a été enregistrée le 21 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 26 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B. Par lettre du 5 juin 2023, elle a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision du 26 avril 2023 ainsi que l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la

carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte./ Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. / () Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, () des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article ".

3. Il ressort des termes de la décision en litige que pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance que Mme B, ressortissante comorienne, n'était pas titulaire de l'autorisation spéciale prévue par l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B est liée par un pacte civil de solidarité avec M. C, ressortissant français, et qu'elle se prévaut de cette qualité pour soutenir qu'elle était dispensée de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale en application du dernier alinéa de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative dispose : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".

5. La requête de Mme B pose la question de savoir si, pour l'application des dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un ressortissant français résidant en France a la qualité de citoyen français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation. En conséquence, cette requête pose également la question de savoir si un conjoint ou un partenaire lié par un pacte civil de solidarité d'un tel ressortissant est dispensé de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prévue par l'article L. 441-8 lorsqu'il souhaite se rendre dans un autre département que Mayotte, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon et y solliciter la délivrance d'un titre de séjour valable sur l'ensemble du territoire français.

6. Cette question constitue une question de droit nouvelle présentant une difficulté sérieuse et susceptible de se poser dans de nombreux litiges. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de Mme B et de transmettre pour avis sur cette question le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Le dossier de la requête de Mme B est transmis au Conseil d'Etat pour examen des questions de droit mentionnées au point 5 du présent jugement.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de Mme B jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400581

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