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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400748

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400748

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024 et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2 avril 2024 et 3 avril 2024, M. A, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Demars, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet du Cantal l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024, notifié le même jour à 18h15, par lequel le préfet du Cantal l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'ordonner à la préfète de l'Allier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de communiquer le dossier sur lequel elle s'est fondée pour prendre l'arrêté en litige ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Aller de lui restituer son passeport dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de procéder, sans délai, à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen et de mettre fin sans délai à la mesure de surveillance le concernant ;

7°) d'enjoindre à la préfète de l'Aller de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48h sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui est refusé, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

l'arrêté méconnaît les droits de la défense ;

- En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, elle est entachée :

* d'incompétence ;

* d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire, elle est entachée :

* d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire par la voie de l'exception ;

* d'erreur de droit et d'appréciation en l'absence de risque de fuite ;

- En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, elle est entachée :

* d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire par la voie de l'exception ;

* méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle est entachée :

* d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire par la voie de l'exception ;

* d'insuffisance de motivation ;

* d'erreur de droit au regard des critères pris en compte ;

* d'erreur d'appréciation dans son principe et sa durée ;

- En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence, elle est entachée :

* d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire par la voie de l'exception ;

* d'erreurs de droit en ce qu'elle a été édictée dans la seule perspective de favoriser son départ volontaire, en l'absence de démarches effectuées par l'administration pour organiser son départ, en mentionnant son caractère renouvelable ;

* l'injonction de justifier des diligences accomplies dans le cadre de l'organisation de son départ est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur de droit ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 et 3 avril 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bentéjac, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 avril 2024 à 14h00 :

- le rapport de Mme Bentéjac ;

- et les observations de Me Demars, représentant M. A qui s'en remet à ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, demande l'annulation des arrêtés du préfet du Cantal du 26 mars 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour pour une durée de deux ans et assignation à résidence.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre. Contrairement à ce que soutient M. A dans ses écritures, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été auditionné le 26 mars 2024 après avoir été interpellé par les forces de police, et a pu présenter ses observations sur sa situation administrative et familiale autant que sur l'éventualité d'un éloignement et sur son état de santé. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui manque en fait, ne peut donc qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. La décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par M. Hervé Demai, secrétaire général de la préfecture du Cantal, qui disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet du Cantal en date du 9 octobre 2023, régulièrement publié et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il n'en résulte aucun défaut d'examen.

Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ :

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France en juin 2020 et n'a pas sollicité de demande de titre de séjour. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur d'appréciation pour ce seul motif.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté pour les motifs précédemment exposés.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. D'une part, M. A indique qu'il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays. Toutefois, le seul lien, inséré dans les écritures du requérant, renvoyant à un site internet listant les médicaments disponibles en officine en Algérie ne saurait permettre d'établir l'indisponibilité du traitement de sa pathologie à la date de la décision attaquée ni même l'impossibilité de traitements équivalents. En outre, il n'est pas démontré qu'en cas d'absence de traitement approprié à son état de santé, la situation du requérant contreviendrait aux stipulations précitées.

Sur la décision portant interdiction de retour :

12. Conformément à ce qui précède, la décision portant interdiction de retour n'est pas illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

14. Pour édicter une interdiction de retour de deux ans, la décision se fonde sur les circonstances que M. A est célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, est entré irrégulièrement en France et se maintient irrégulièrement sur le territoire français et qu'il travaille illégalement. Cette décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et n'est entachée d'aucune erreur de droit ni d'appréciation, alors même que M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Sur la décision portant assignation à résidence :

15. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

16. En mentionnant que la décision d'assignation à résidence a été édictée dans la perspective de favoriser son départ volontaire, le requérant ne présente pas d'argumentation utile à l'appui de son moyen tiré de l'erreur de droit, dans sa première branche.

17. Il appartient au requérant qui conteste l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement d'apporter des éléments objectifs de nature à caractériser leur absence, sans pouvoir se borner à exiger du préfet qu'il apporte la preuve des diligences mises en œuvre pour son départ. Ainsi, en soutenant que le préfet n'a effectué aucune démarche auprès des autorités consulaires en vue de sa reprise en charge, alors que la légalité de la décision s'apprécie à la date de son édiction, le requérant ne présente pas d'argumentation utile à l'appui de son moyen tiré de l'erreur de droit, dans sa deuxième branche.

18. La mention selon laquelle M. A est assigné à résidence pour une durée de 45 jours, " renouvelable deux fois à compter de la notification du présent arrêté " ne révèle pas l'existence d'une décision tacite de reconduction mais doit être regardée comme la reprise du texte de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour que l'arrêté cite expressément.

19. Enfin, la mention selon laquelle l'intéressé devra entreprendre les démarches pour rejoindre son pays ne révèle l'existence d'aucune décision distincte portant injonction de justifier de diligences accomplies dans le cadre de l'organisation matérielle de son départ. Les moyens soulevés contre cette prétendue décision sont, dès lors, et en tout état de cause, inopérants.

20. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de demander la production de l'entier dossier du requérant, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et assignation à résidence en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation entraine, par voie de conséquence, celui des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La magistrate désignée,

C. BENTEJACLa greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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