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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2600823

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2600823

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2600823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP HILLAIRAUD & JAUVAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre plusieurs mesures d'éloignement (refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, assignation à résidence) prises à l'encontre d'un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé l'ensemble de ces décisions préfectorales, considérant notamment que le refus de titre de séjour n'était pas légalement motivé et que la mesure d'assignation à résidence n'était pas justifiée. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2600823 le 3 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Jauvat (SCP Hillairaud et Jauvat), demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de l’Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d’enjoindre au préfet de l’Allier de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, un certificat de résidence d’une durée d’un an portant la mention « vie privée et familiale » et de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1300 euros à verser à son conseil, la SCP Hillairaud-Jauvat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- le refus de titre de séjour n’est pas suffisamment motivé ;
- le refus de titre de séjour est illégal en ce qu’il lui oppose, à tort, le fait que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public ;
- il remplit les conditions de plein droit pour bénéficier de la délivrance du certificat de résidence prévu au 4) de l’article 6 de l’accord franco-algérien ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l’intérêt supérieur de son enfant ;
- l’obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l’illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;
- cette décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français et du refus de titre de séjour qui le fondent ;
- cette décision est également entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l’illégalité du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fondent ;
- cette décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans est illégale en raison de l’illégalité du refus de séjour, de l’obligation de quitter le territoire français sans délai et de la décision fixant le pays de renvoi qui la fondent ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2026, le préfet de l’Allier conclut au rejet de la requête de M. B....

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

M. B... a déposé une demande d’aide juridictionnelle le 27 février 2026.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2600824 le 3 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Jauvat (SCP Hillairaud et Jauvat), demande au tribunal d’annuler la décision du 15 janvier 2026 par laquelle le préfet de l’Allier l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que :
- l’assignation à résidence est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français qui la fondent ;
- il n’est pas démontré par le préfet que l’exécution de son éloignement demeure une perspective raisonnable ;
- la décision attaquée représente une restriction injustifiée de sa liberté d’aller et venir compte tenu des garanties qu’il présente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2026, le préfet de l’Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président par intérim du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 25 mars 2026 à 10h00, en présence de Mme Llorach, greffière :
- le rapport de M. Panighel,
- les observations de Me Jauvat, représentant M. B..., qui reprend ses écritures.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.


Considérant ce qui suit :

Par des décisions du 15 janvier 2026, notifiées le 25 février suivant, le préfet de l’Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A... B..., de nationalité algérienne, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l’a assigné à résidence. Par les requêtes enregistrées sous les n° 2600823 et 2600824, M. B... demande l’annulation de l’ensemble de ces décisions.

2. Les requêtes n° 2600823 et 2600824, présentées par M. B..., présentent à juger des questions connexes et concernent la situation d’un même ressortissant étranger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de M. B... au titre de l’instance
n° 2600823 :

3. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».

4. En raison de l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête n° 2600823 de M. B..., il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle sur le fondement de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l’article 6 de l’accord franco‑algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d’un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu’il exerce même partiellement l’autorité parentale à l’égard de cet enfant ou qu’il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d’ascendant direct d’un enfant français résulte d’une reconnaissance de l’enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d’un an n’est délivré au ressortissant algérien que s’il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; (…) ». Les stipulations de cet article ne privent pas l’autorité compétente du pouvoir qu’elle tient des articles L. 412-5 etL. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence lorsque sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public.

6. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel du ressortissant étranger. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été condamné par le tribunal correctionnel de Moulins le 22 mars 2022 à une peine de 10 mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une interdiction de séjour au domicile de sa compagne pendant une durée d’un an, pour des faits, commis à Yzeure le 17 mars 2022, de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité aggravée par la circonstance de la situation de vulnérabilité connue de sa compagne, alors enceinte de quatre mois et demi. Le préfet de l’Allier s’est fondé sur l’existence de cette condamnation pénale et sur la gravité de l’infraction commise par M. B... pour rejeter la demande de titre de séjour qu’il a présentée en sa qualité de parent d’enfant français.

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l’ordonnance rendue par la présidente du tribunal correctionnel de Moulins du 26 novembre 2024 statuant sur la requête en exclusion du bulletin n°2 du casier judiciaire présentée par M. B..., que la condamnation du 22 mars 2022 était la seule et unique condamnation figurant au bulletin n°2 de son casier judiciaire. Par cette ordonnance, le juge judiciaire a ordonné l’exclusion du bulletin n°2 du casier judiciaire de
M. B... de la mention des condamnations prononcées le 22 mars 2022 par le tribunal correctionnel de Moulins en relevant en particulier que le requérant justifiait devoir bénéficier d’un contrat de travail pour subvenir aux besoins de son enfant. Il est par ailleurs constant que
M. B... a, à sa propre initiative, fait l’objet d’un accompagnement psychologique individuel et collectif par le centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales au cours des années 2022 et 2023. La coordinatrice de ce centre indique, dans son attestation du 7 août 2025, que
M. B... « a su se saisir de l’accompagnement proposé et trouver des clés de changement pour modifier son comportement ». Il ressort également des pièces du dossier que
M. B... a été présent à trois consultations au cours de la même période au sein de l’association Addictions France. Il ressort ainsi des pièces du dossier que M. B... a, dès sa condamnation du 22 mars 2022, engagé toutes démarches utiles pour s’amender. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des observations en défense du préfet de l’Allier que M. B... a fait l’objet d’autres condamnations depuis son entrée sur le territoire français ni qu’il serait défavorablement connu, depuis lors, des services de police pour d’autres infractions ou agissements récents pouvant caractériser une menace pour l’ordre public, soit durant une période de près de quatre ans à la date des décisions attaquées. Dans ces conditions, et sans remettre en cause la gravité de l’infraction commise par le requérant, il apparaît que les faits de violence commis le 17 mars 2022 présentent un caractère isolé. Par suite, M. B... est fondé à soutenir que le préfet de l’Allier a commis une erreur d’appréciation en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 15 janvier 2026 par laquelle le préfet de l’Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il est par suite fondé à demander, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour par lesquelles l’autorité préfectorale l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l’a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

10. Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ». Aux termes de l’article L. 911-3 de ce code : « La juridiction peut assortir, dans la même décision, l’injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d’une astreinte qu’elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d’effet. ».

11. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (…). Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ». Aux termes de l’article R. 613-7 du même code : « Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ». Aux termes de l’article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : « Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas (...) d’extinction du motif de l’inscription. (…) ».

12. D’une part, il résulte de l’instruction que le préfet de l’Allier a opposé à la demande de titre de séjour présentée par M. B... le seul motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public. Un tel motif ne pouvait légalement justifier ce refus de titre de séjour ainsi qu’il a été dit précédemment. Il résulte par ailleurs de l’instruction que
M. B... contribue à l’entretien et à l’éducation de son enfant français né le 10 août 2022. Dans ces conditions, l’exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d’un certificat de résidence algérien sur le fondement du 4) de l’article 6 de l’accord franco-algérien. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer un certificat de résident de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » à M. B..., dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

13. D’autre part, le présent jugement, qui annule la décision d’interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de M. B..., implique nécessairement l’effacement du signalement de l’intéressé aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de l’Allier de faire procéder à cette suppression dans un délai de quinze jours.




Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à la SCP Hillairaud-Jauvat, sous réserve que cette société renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.


D E C I D E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire au titre de l’instance n° 2600823.

Article 2 : Les décisions du 15 janvier 2026 par lesquelles le préfet de l’Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B..., l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l’a assigné à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l’Allier de délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » à M. B..., sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de faire procéder à l’effacement du signalement de M. B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L’Etat versera à la SCP Hillairaud-Jauvat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette société renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de l’Allier.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.

Le magistrat désigné,

L. PANIGHEL
La greffière,

F. LLORACH


La République mande et ordonne au préfet de l’Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
1
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N° 2600823 ; 2600824



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