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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2600840

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2600840

jeudi 2 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2600840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSALAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant tunisien, visant à annuler l'arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour et prononçant son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que le préfet de l'Allier n'avait pas commis d'erreur de droit en prenant sa décision, notamment en tenant compte d'une précédente mesure d'éloignement. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), en particulier l'article L. 423-7, et de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2026 et le 24 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Salas, demande au tribunal :


1°) d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de l’Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d’enjoindre au préfet de l’Allier de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou à défaut de réexaminer sa situation « dans un délai bref ».

Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’une erreur de fait en ce qu’il indique qu’il a fait l’objet d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans pris par le préfet du Finistère le 23 juin 2022 ;
- le préfet de l’Allier ne pouvait légalement se fonder sur la seule existence de cette précédente mesure d’éloignement pour apprécier sa situation actuelle ;
- il ne représente pas de menace actuelle, réelle et grave pour l’ordre public ;
- les décisions attaquées méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision ne tient pas compte de sa situation familiale, de la présence en France de son enfant français ni de son insertion et est dès lors disproportionnée.



Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2026, le préfet de l’Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président par intérim du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 25 mars 2026 à 10h00, en présence de Mme Llorach, greffière :
- le rapport de M. Panighel,
- les observations de Me Salas, représentant M. B..., qui reprend les moyens de la requête et soutient, en outre, que les stipulations de l’article 9 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant sont utilement invocables dans le présent litige.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 15 janvier 2026, notifié le 25 février suivant, le préfet de l’Allier a refusé de délivrer à M. B..., ressortissant tunisien né le 11 juin 1998, le titre de séjour qu’il a sollicité le 11 décembre 2024 en sa qualité de parent d’un enfant français. Par ce même arrêté, le préfet de l’Allier l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B..., assigné à résidence sur le fondement de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B... s’est vu notifier, le 24 juin 2022, avec l’assistance d’un interprète en langue arabe, l’arrêté du 23 juin 2022 du préfet du Finistère prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et l’interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de l’Allier a commis une erreur de fait en mentionnant dans l’arrêté contesté qu’il a fait l’objet de cette mesure d’éloignement.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de l’Allier ne s’est pas fondé sur la seule circonstance que M. B... a fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement édictée par le préfet du Finistère pour prendre l’arrêté attaqué.

4. En troisième lieu, aux termes de l’article 11 de l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l’autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile :
« L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». Aux termes de l’article L. 412-5 de ce code : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ». Et aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ».

5. Lorsque l’administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. Pour refuser à M. B... la délivrance du titre de séjour sollicité par M. B..., le préfet de l’Allier s’est fondé sur la menace à l’ordre public que représentait son comportement. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été condamné, par jugement prononcé le 28 juin 2022 par le tribunal correctionnel de Quimper, à une peine d’emprisonnement d’un an pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis du 1er février 2022 au 23 mai 2022 à Quimper. Par le même jugement, le tribunal a interdit M. B... d’entrer en relation avec la victime de l’infraction pour une durée de trois ans. Il ressort par ailleurs des termes non contestés de l’arrêté litigieux que M. B... est également défavorablement connu par les services de police pour avoir été mis en cause, sous quatre autres identités, pour des faits de vol aggravé par deux circonstances avec violences le 15 juin 2018, des faits de vol en réunion sans violences le 25 septembre 2018, vol en réunion avec violences le 5 avril 2019, vol aggravé par deux circonstances le 31 janvier 2020 et usage illicite de stupéfiants le 10 mars 2024. Ces faits, en particulier les faits de violence et de vols aggravés, eu égard à leur gravité, leur répétition entre 2018, date d’entrée sur le territoire français de M. B... et 2022, et leur caractère récent, sont de nature à caractériser une menace à l’ordre public, faisant obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, le préfet de l’Allier pouvait pour ce seul motif et sans commettre d’erreur d’appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour en faisant application de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale (...) ».

8. M. B... fait valoir qu’il vit en concubinage avec sa nouvelle compagne française, avec laquelle il a eu un enfant né le 17 octobre 2024 à Montluçon. Toutefois, il résulte de ce qui vient d’être dit que la présence en France de M. B..., notamment condamné pour violences commises contre son ex-compagne, constitue une menace pour l’ordre public. En outre, M. B... ne produit aucun élément permettant de corroborer ses allégations selon lesquelles il vit en concubinage avec sa dernière compagne depuis trois ans. Ainsi, s’il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de l’arrêté attaqué que M. B... contribue à l’entretien et à l’éducation de son enfant, né le 17 octobre 2024, la relation dont se prévaut M. B... présente un caractère récent à la date de la décision attaquée. Si M. B... se prévaut par ailleurs de la présence de membres de sa famille en France, il ressort également des termes de l’arrêté attaqué qu’il n’est pas dépourvu d’attaches personnelles et familiales en Tunisie où vivent ses parents et ses sœurs et où il a vécu jusqu’à l’âge de 19 ans. En outre, si le requérant fait valoir qu’il dispose d’une promesse d’embauche pour exercer la profession de coiffeur, cette circonstance ne saurait attester à elle seule d’une particulière insertion de l’intéressé au sein de la société française. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B... s’est maintenu sur le territoire français en dépit de la mesure d’éloignement prononcée par arrêté du 23 juin 2022 du préfet du Finistère. Dans ces conditions, au vu de l’ensemble des éléments exposés, et eu égard à la menace qu’il présente pour l’ordre public, M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il n’est pas davantage fondé à soutenir que l’arrêté contesté porte atteinte à l’intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, M. B... ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l’article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que ces stipulations ne créent que des obligations entre Etats membres, sans ouvrir de droits aux personnes.

10. En cinquième lieu, M. B... n’est pas fondé, compte tenu de ce qui précède, à soutenir que cette décision est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l’ordre public ». Aux termes de l’article
L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

12. M. B... soutient que l’interdiction qui lui est fait de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans est disproportionnée dès lors que le préfet de l’Allier n’a pas tenu compte de sa situation familiale et de son insertion. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet a bien pris en compte l’ensemble des critères prévus par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour notamment fixer la durée de l’interdiction de retour. Enfin, compte tenu de ce qui a été exposé au point 8, le préfet de l’Allier n’a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant M. B... de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, compte tenu, en particulier, de la menace qu’il présente pour l’ordre public.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 15 janvier 2026 du préfet de l’Allier. Par suite, les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction présentées par M. B....


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de l’Allier.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.



Le magistrat désigné,

L. PANIGHEL
La greffière,

F. LLORACH


La République mande et ordonne au préfet de l’Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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