Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 29 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Drobniak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler les décisions du 11 mars 2026 par lesquelles la préfète du Puy-de-Dôme a prolongé la durée de son interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les modalités d’application de son assignation à résidence pour la durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B..., dans le dernier état de ses écritures, soutient que :
- la prolongation de la durée de son interdiction de retour méconnaît les dispositions de l’article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l’édiction de cette mesure demeure une simple faculté pour l’autorité préfectorale, que la circonstance qu’il se soit maintenu en France alors qu’il était obligé de quitter le territoire français ne constitue pas, à elle seule, un motif suffisant pour justifier une prolongation d’une durée d’un an et que la préfète du Puy-de-Dôme ne justifie d’aucun élément aggravant ou d’une menace à l’ordre public qui aurait pu justifier la nécessité d’une telle mesure depuis l’édiction de l’interdiction de retour du 11 juillet 2024 ;
- l’obligation de présentation aux services de police une fois par jour, tous les jours est disproportionnée au regard du but que la mesure d’assignation à résidence poursuit.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, à la préfète du Puy-de-Dôme, qui a produit des pièces enregistrées le 27 mars 2026, sans présenter d’observation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l’article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Drobniak, représentant M. B..., qui a repris les moyens de la requête.
Considérant ce qui suit :
Par des décisions en date du 11 mars 2026, la préfète du Puy-de-Dôme a prolongé l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l’encontre de M. B... et a fixé les modalités d’application de son assignation à résidence. Le requérant demande l’annulation de ces décisions.
Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : « La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : / (…) / 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté (…) ». L’article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 dispose que : « Par exception, l’avocat commis ou désigné d’office en matière d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat dans le cadre d’une procédure mentionnée à l’article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d’aide ».
Il résulte des dispositions citées au point 2 que la rétribution d’un avocat désigné d’office pour représenter devant le tribunal un étranger assigné à résidence dans une instance relative à sa procédure d’éloignement n’est pas subordonnée au dépôt d’une demande d’aide juridictionnelle. En l’espèce Me Drobniak a été désignée d’office pour représenter M. B.... Par suite, il n’y a pas lieu d’admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur la légalité de la prolongation de la durée de l’interdiction de retour :
Aux termes de l’article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai (…) ».
M. B... expose que la décision de prolonger une interdiction de retour est une simple faculté pour l’autorité préfectorale. Toutefois, par la décision attaquée, la préfète du Puy-de-Dôme s’est bornée, d’une part, à constater que l’intéressé remplissait les conditions fixées par les dispositions précitées de l’article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour voir prolonger la durée de son interdiction de retour sur le territoire français et, d’autre part, à faire usage de la prérogative qui lui était dévolue en pareille situation par les dispositions susmentionnées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Le requérant fait valoir que la circonstance qu’il se soit maintenu en France alors qu’il était obligé de quitter le territoire français ne constitue pas, à elle seule, un motif suffisant pour justifier une prolongation d’une durée d’un an et que la préfète du Puy-de-Dôme ne justifie d’aucun élément aggravant ou d’une menace à l’ordre public qui aurait pu justifier la nécessité d’une telle prolongation depuis l’édiction de l’interdiction de retour du 11 juillet 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai édictée le 11 juillet 2024 par le préfet des Pyrénées-Orientales. En outre, l’intéressé ne conteste pas les motifs de la décision en litige selon lesquels il s’est abstenu d’exécuter cette décision d’éloignement et s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Il ressort également des mêmes motifs, qui ne sont pas davantage contestés, que M. B... est dépourvu d’attache familiale en France. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces circonstances étaient de nature à justifier la prolongation d’un an de la durée de l’interdiction de retour à laquelle il est soumise. Il suit de là qu’en édictant cette mesure la préfète du Puy-de-Dôme a fait une exacte application des dispositions précitées du 1° de l’article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la légalité de l’obligation de présentation aux services de police :
Aux termes de l’article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / (…) / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés (…) ».
Le requérant soutient que l’obligation de présentation aux services de police une fois par jour, tous les jours est disproportionnée au regard du but que la mesure d’assignation à résidence poursuit. Toutefois, M. B... ne fait état d’aucun élément tenant à sa situation personnelle faisant obstacle à ce qu’il puisse se présenter aux services de police tous les lundis, mardis, mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 8 heures 30 ainsi que les dimanches et jours fériés à 9 heures 00. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’obligation de présentation à laquelle est soumise M. B... serait disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la préfète du Puy-de-Dôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.