Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (OQTF, interdiction de retour, refus de délai de départ volontaire, assignation à résidence). Le tribunal a jugé légal le refus de délai de départ volontaire, au motif que le comportement de l'intéressé, caractérisé par un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, constituait une menace pour l'ordre public au sens des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les autres moyens, notamment ceux tirés de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été abandonnés par le requérant.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 et le 29 mars 2026, M. A... se disant Mohamed Ferroukhi, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler les décisions du 10 mars 2026 par lesquelles la préfète du Puy-de-Dôme l’a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de trois ans, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Puy-de-Dôme de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information « Schengen » ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A... se disant Ferroukhi soutient, dans le dernier état de ses écritures, que,
les décisions attaquées :
- sont entachées d’incompétence ;
- méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision de refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, à la préfète du Puy-de-Dôme, qui a produit des pièces enregistrées le 27 mars 2026, sans présenter d’observation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l’article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Drobniak, représentant M. A... se disant Ferroukhi, qui a abandonné les moyens soulevés dans la requête sommaire.
Considérant ce qui suit :
Par des décisions en date du 10 mars 2026, la préfète du Puy-de-Dôme a obligé M. A... se disant Ferroukhi, ressortissant algérien, à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de trois ans, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’a assigné à résidence pour la durée de 45 jours. Le requérant demande l’annulation de ces décisions.
Dans ses écritures initiales présentées à l’appui de sa requête sommaire enregistrée le 17 mars 2026, M. A... se disant Ferroukhi a soutenu que les décisions du 10 mars 2026, l’obligeant à quitter le territoire français, y interdisant son retour pour la durée de trois ans, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’assignant à résidence pour la durée de 45 jours sont entachées d’incompétence et méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ses observations lors de l’audience publique le requérant a expressément abandonné ces moyens, de sorte qu’il n’y a plus lieu de se prononcer sur ces derniers.
Sur la légalité de la décision de refus de délai de départ volontaire :
Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (…) ».
M. A... se disant Ferroukhi fait valoir que les faits pour lesquels il serait défavorablement connu des services de police sont anciens et n’ont pas fait l’objet de poursuites pénales ; que le délit de maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence d’un étranger ayant fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire est inhérent à sa situation administrative ; que les faits qu’il lui est reproché d’avoir commis le 10 mars 2026 n’ont pas à ce jour fait l’objet de poursuites pénales ; que les faits qui lui sont imputés concernent principalement des infractions routières qu’il a spontanément reconnu lors de son audition et que les faits qui lui sont reprochés ne permettent pas de justifier la réalité, l’actualité et la gravité de la menace à l’ordre public relevée par l’autorité préfectorale. Toutefois, le requérant ne conteste pas les motifs de la décision en litige desquels il ressort qu’il ne justifie ni être entré régulièrement sur le territoire français, ni avoir entrepris des démarches en vue de régulariser sa situation. Il ressort également des mêmes motifs, qui ne sont pas davantage contestés par M. A... se disant Ferroukhi, qu’il s’est soustrait à l’exécution de deux précédentes mesures d’éloignement prises à son encontre le 1er août 2021 ainsi que le 6 août 2022. Dans ces conditions, l’intéressé entrait dans le champ d’application des dispositions précitées du 3° de l’article L. 612-2 ainsi que des 1° et 5° de l’article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que quand bien même le comportement de M. A... se disant Ferroukhi ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Puy-de-Dôme a pu, sur le fondement desdites dispositions, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (…) ».
Le requérant soutient que l’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. Toutefois, ainsi qu’il a été précédemment relevé M. A... se disant Ferroukhi a légalement fait l’objet d’un refus de délai de départ volontaire. En outre, l’intéressé ne se prévaut pas de circonstances humanitaires justifiant qu’une interdiction de retour ne soit pas édictée. Par suite, c’est sans méconnaître les dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Puy-de-Dôme a pu interdire le retour de M. A... se disant Ferroukhi sur le territoire français.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... se disant Ferroukhi doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... se disant Ferroukhi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... se disant Mohamed Ferroukhi et à la préfète du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la préfète du Puy-de-Dôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.