Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand, statuant en référé-suspension, rejette la demande de Mme A... visant à suspendre sa sanction d'exclusion d'un mois. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas établie, malgré la situation financière et de santé de la requérante, et qu'aucun doute sérieux n'existe quant à la légalité de la sanction disciplinaire prononcée pour des manquements liés à des échanges sur un réseau social privé. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2026, Mme B... A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 6 mars 2026 par laquelle le président du centre communal d’action sociale de Clermont-Ferrand a prononcé une sanction d’exclusion de fonctions pour une durée d’un mois à compter du 16 avril 2026.
Elle soutient que :
S’agissant de la condition tenant à l’urgence :
- la décision attaquée la prive de toute rémunération pendant la durée de l’exclusion ; elle vit seule et se trouve dans une situation financière difficile ; ses charges financières s’élèvent à la somme de 1 105,16 euros pour un revenu net compris entre 1950 et 2000 euros ; elle doit également faire face à des frais d’avocats importants de l’ordre de 600 euros tous les 3 à 4 mois ;
- son état de santé est fragile en raison d’une grossesse dite gériatrique à risque qui engendre des dépenses non prises en charge par la sécurité sociale ou sa mutuelle ; elle doit accoucher en juillet 2026 et devra faire face à des dépenses liées à l’enfant à naître ; l’exécution de la sanction la place dans une situation de grande précarité financière pouvant la priver de soins et altérer son état de santé et celui de son fœtus ;
S’agissant de la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux :
la discrimination en raison d’une opinion syndicale est caractérisée ; l’autorité territoriale a motivé la sanction disciplinaire en raison de son statut syndical ; l’expression de revendications syndicales d’un représentant, en particulier dans le cadre d’une conversation privée et fermée, ne peut être qualifiée de manquements au devoir de respect envers la hiérarchie ;
ses collègues se sont vues infliger des sanctions moins lourdes pour des faits identiques ; la sanction est disproportionnée ;
la simple consultation passive ou participation passive à des échanges sur un espace de communication privé ne peut fonder un manquement à des obligations statutaires des fonctionnaires dès lors que ces faits n’ont pas de traduction dans la sphère publique ; en l’espèce, il n’y a aucune diffusion externe des messages ; elle a seulement consulté le réseau social et sa participation limitée à un émoticône est passive ;
l’obligation de signalement sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale ne s’applique que lorsqu’un crime ou un délit est constaté, ce qui n’est pas le cas en l’espèce ; la saisine du procureur de la République n’a pas donné lieu à l’engagement d’une procédure à son encontre ; le bénéficiaire des services qui a été pris en photographie nu n’a jamais été en situation de maltraitance ou d’abus de faiblesse ; elle n’est ni l’auteur ni le diffuseur des photographies et des vidéos de ce bénéficiaire ;
le quantum de la sanction est motivé par la circonstance qu’elle n’aurait pas pris la mesure des faits qui lui sont reprochés ; cette motivation ne repose sur aucun fait avéré ; exiger un acte de contrition à des fins disciplinaires relève d’un jugement moral inapproprié sans rapport avec le cadre juridique ; la sanction porte une atteinte grave et manifestement illégale au respect des droits de la défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2026, le centre communal d’action sociale de Clermont-Ferrand, représenté par Me Eyraud, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
S’agissant de la condition tenant à l’urgence, celle-ci n’est pas remplie dès lors que Mme A... ne sera pas en difficulté financière compte tenu notamment de l’échelonnement de la retenue correspondant à la sanction ;
S’agissant de la condition tenant au doute sérieux :
l’article 40 du code de procédure pénale impose à l’autorité publique de signaler tout crime ou délit dont elle a connaissance et la circonstance que le procureur de la République ne se serait pas prononcé à ce jour est sans incidence sur cette obligation ;
la décision de sanction ne repose pas sur l’appartenance de Mme A... à un syndicat mais sur des motifs objectifs tirés du comportement de l’intéressée ; aucun élément du dossier ne permet d’établir que la procédure disciplinaire aurait été engagée ou la sanction prononcée en considération de l’engagement syndical de l’agent ;
la circonstance qu’un autre agent aurait fait l’objet d’une sanction moins sévère voire d’aucune sanction est sans incidence sur la légalité de la décision ;
la sanction apparait strictement adaptée à la nature, à la gravité et à la répétition des faits reprochés ainsi qu’aux exigences particulières attachées aux fonctions exercées dès lors que l’intéressée a eu connaissance de contenus inappropriés concernant des bénéficiaires du service, dont l’un est atteint de troubles cognitifs, diffusés via un groupe de discussion privée d’un réseau social, n’a procédé à aucun signalement auprès de sa hiérarchie, n’a exprimé aucune réserve et a, au contraire, participé activement à ces échanges ;
l’autorité disciplinaire n’est pas tenue par l’avis du conseil de discipline et la circonstance que la sanction finalement retenue corresponde à celle proposée par le conseil de discipline ne l’entache pas d’irrégularité.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 24 mars 2026 sous le n°2601150 par laquelle la requérante demande l’annulation de la décision en litige ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Caraës, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 2 avril 2026 à 11h00 en présence de Mme Llorach, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Caraës, juge des référés ;
- Mme A... reprend ses écritures et précise que la sanction est disproportionnée alors que ses collègues ont eu une sanction moindre, que son état de grossesse la fragilise et qu’elle reconnaît avoir commis une erreur ;
- et Me Eyraud, représentant le centre communal d’action sociale de Clermont-Ferrand, qui reprend les écritures du mémoire en défense et souligne qu’il n’y a eu aucune discrimination en raison de l’appartenance de Mme A... à un syndicat.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A... exerce des fonctions d’aide-soignante territoriale au sein du service de soins à domicile du centre communal d’action sociale de la ville de Clermont-Ferrand. Par une décision du 6 mars 2026, le président du centre communal d’action sociale de Clermont-Ferrand a prononcé à l’encontre de Mme A... une sanction d’exclusion de fonctions pour une durée d’un mois à compter du 16 avril 2026 aux motifs de manquements au devoir d’alerte, de manquements au devoir de discrétion professionnelle et au devoir de dignité des usagers du service public, de manquements au devoir de respect envers ses collègues et sa hiérarchie et d’exercice d’intimidations et de pressions sur des membres de l’équipe. Par la présente requête, Mme A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
Aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (…) 3° Troisième groupe : (…) b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. »
En l’état de l’instruction et eu égard à l’office du juge des référés, aucun des moyens invoqués par Mme A... n’apparaît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 6 mars 2026 par laquelle le président du centre communal d’action sociale de Clermont-Ferrand a prononcé à son encontre une sanction d’exclusion de fonctions pour une durée d’un mois à compter du 16 avril 2026.
Dans ces conditions, et sans qu’il soit besoin d’examiner la condition d’urgence, la requête de Mme A... doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au centre communal d’action sociale de Clermont-Ferrand.
Fait à Clermont-Ferrand, le 3 avril 2026.
La juge des référés,
R. CARAËS
La République mande et ordonne à la préfète du Puy-de-Dôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.