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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000723

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000723

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET CAMBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 30 et 31 mars 2020, Mme E F épouse C et Mme A B épouse F, représentées par Me Cambot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 22 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Pays Basque a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz en tant qu'elle classe en zone naturelle - coupure d'urbanisation (Ncu) les parcelles cadastrées section BW n° 75 et BW n° 92 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Pays Basque la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la délibération a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, les conseillers communautaires n'ont pas été informés de la modification du zonage des parcelles en litige intervenue après l'enquête publique, le document listant les modifications ne la mentionnant pas ; si le plan joint à ce document mentionne cette modification de zonage, aucune justification ni explication de ce changement n'est donnée ;

- le rapport de présentation méconnait les exigences de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dès lors qu'il indique s'être inspiré du schéma de cohérence territoriale (SCoT) pour identifier les coupures d'urbanisation mais ne contient aucune justification du changement de zonage en litige, le document issu de la révision du SCoT n'identifiant pas davantage de coupure d'urbanisation dans ce secteur ;

- la modification du classement de ces parcelles, postérieurement à l'enquête publique, est illégale dès lors qu'elle ne procède pas de cette enquête publique : elle ne trouve son origine ni dans les avis des personnes publiques ni dans les observations du public, et pas davantage dans le rapport du commissaire enquêteur ;

- par ailleurs, les parcelles classées en zone Ncu n'entrent pas dans les prévisions de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme ; les parcelles avaient toutes les caractéristiques requises pour être classées en zone UCa.

Par une lettre enregistrée le 8 septembre 2020, Me Cambot informe le tribunal que Mmes F épouse C et B épouse F le déchargent de la défense de leurs intérêts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, la communauté d'agglomération Pays Basque et la commune de Saint-Jean-de-Luz, représentées par Me Dunyach, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge des requérantes une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 17 décembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perdu, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dunyach pour la communauté d'agglomération Pays Basque et la commune de Saint-Jean-de-Luz .

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 22 février 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Pays Basque (CAPB) a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz. Par la présente requête, Mmes F épouse C et B épouse F, demandent au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe en zone Ncu les parcelles cadastrées section BW n° 75 et n° 92.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme : " Les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à modifier le zonage ou les activités autorisées dans une zone déterminée. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section BW 75 et BW 92 d'une superficie totale de 1 000 m2, se situent dans le secteur Acotz-Nord, et constituent le lot n° 4, viabilisé, d'un ancien lotissement familial (Haurrentzat) autorisé par un permis d'aménager délivré en 2012, qui comprend des aménagements consistant en une voie centrale permettant d'accéder, depuis la voie publique, aux cinq lots composant ce lotissement, dont l'un est déjà construit, ainsi que des places de stationnement. Ces parcelles herbacées et entretenues, sont desservies par l'ensemble des réseaux publics et, si elles ne sont pas construites, la parcelle BW 75 étant de superficie très réduite, leur environnement immédiat est composé d'un ensemble de logements collectifs (le domaine d'Antxeta) visible depuis le parking de ce lotissement, de maisons individuelles situées le long du chemin Marimiquelenia et, en direction de l'océan, de campings comprenant un nombre important de résidences mobiles de loisir. Par suite, l'environnement immédiat des parcelles est urbanisé. Elles ne constituent pas des espaces naturels. Enfin, si les parcelles BW 92 et 75, jouxtent la parcelle BW 32 et surtout la parcelle BW 33 qui est en contact direct avec une zone Ncu composée, au sud-est, de vastes espaces naturels et boisés, eu égard à leur aménagement et à leur localisation, les parcelles litigieuses ne présentent pas d'homogénéité physique ni de lien fonctionnel avec cette zone Ncu. Elles ne pouvaient donc être regardées comme un espace naturel présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation.

5. Ainsi, et sans que ne puisse être utilement opposée en défense la circonstance que dans son jugement n° 1700594-1700704 du 13 mars 2018 le présent tribunal a annulé un permis de construire déposé en vue de réaliser, dans ce secteur, un ensemble immobilier de 85 logements en se fondant sur une urbanisation qualifiée de diffuse, au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en classant et en incluant dans la vaste zone Ncu située plus à l'est, le lot non bâti du lotissement ici en cause, correspondant aux parcelles BW 75 et BW 92, les auteurs du plan local d'urbanisme de Saint-Jean-de-Luz ont fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 121-22 du code de l'urbanisme.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens présentés à l'appui de la requête tendant à obtenir l'annulation partielle demandée de la délibération attaquée de la communauté d'agglomération Pays Basque n'est, en l'état, susceptible de fonder l'annulation demandée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F épouse C et Mme B épouse F sont fondées à demander l'annulation de la délibération du 22 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Pays Basque a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz, en tant qu'elle classe en zone Ncu les parcelles cadastrées section BW n° 92 et BW n° 75.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par la communauté d'agglomération Pays Basque et la commune de Saint-Jean-de-Luz, qui ont la qualité de partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à leur charge une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme F épouse C et Mme B épouse F, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Pays Basque du 22 février 2020 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Jean-de-Luz est annulée en tant qu'elle classe en zone Ncu les parcelles cadastrées section BW n° 92 et BW n° 75.

Article 2 : La communauté d'agglomération Pays Basque et la commune de Saint-Jean-de-Luz verseront à Mme F épouse C et à Mme B épouse F une somme globale de 1 000 euros (mille euros), au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse C et Mme A B épouse F, à la communauté d'agglomération Pays Basque et à la commune de Saint-Jean-de-Luz.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé : S. PERDUL'assesseure la plus ancienne,

Signé : M. D

La greffière,

Signé : P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : P. SANTERRE

N° 20000723

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