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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000775

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000775

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mars 2020 et le 23 avril 2020, M. A B et Mme E D, représentés par Me Desfarges, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 28 janvier 2020 du directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques en tant qu'elle rejette leur recours dirigé contre une décision de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques du 18 novembre 2019 leur notifiant un trop perçu de prime d'activité d'un montant de 1 628,80 euros;

2°) à titre subsidiaire, de leur accorder une remise de dette d'un montant de 1 628,80 euros ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée, qui a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues par les articles R. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, et cette omission les ont privés d'une garantie ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 845-2 et R. 142-4 du code de la sécurité sociale qui prévoient la saisine préalable de la commission de recours amiable, et cette omission les a privés d'une garantie de collégialité dans la prise de décision ;

- la décision est entachée d'une motivation irrégulière, dès lors qu'elle ne leur permet pas de connaitre le montant et la base du calcul opéré par l'administration pour prendre sa décision ;

- la décision a été prise en violation du principe du contradictoire, dès lors qu'ils n'ont pas reçu communication des pièces sur la base desquelles l'administration a pris sa décision ;

- ils n'ont pas eu l'intention de frauder ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les requérants ont adressé une demande de remise de dette, mais n'ont pas contesté le bien-fondé de l'indu de sorte qu'ils ne peuvent le contester dans le cadre de la présente instance à l'appui de la décision refusant de leur accorder la remise gracieuse ;

- une notification de fraude leur a été notifiée de sorte que c'est à bon droit que leur demande de remise gracieuse a été rejetée comme non recevable ;

- les requérants ont reconnu vivre maritalement ensemble depuis le mois de mai 2018 lors du contrôle de leur situation ;

- ils n'ont toutefois jamais informé la caisse de leur situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme F a été entendu, puis les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 novembre 2019, le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Pyrénées-Atlantiques a mis à la charge de M. B et Mme D un indu de prime d'activité et un indu d'aide au logement à hauteur d'un montant total de 4 501,88 euros. Par la présente requête, M. B et Mme D demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures d'annuler la décision du 28 janvier 2020 en tant qu'elle rejette le recours qu'ils ont formé à l'encontre de cette décision en tant qu'elle porte sur le trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 1 628,80 euros et de les décharger du paiement de cette somme.

Sur la nature du litige :

2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par une décision du 18 novembre 2019 le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis à la charge des requérants un indu d'aide personnalisée au logement (IN4 001) d'un montant de 2 873,08 euros et un indu de prime d'activité (IM3 001) d'un montant de 1 628,80 euros. Par un courrier du 19 décembre 2019, ils ont sollicité l'annulation de leur dette en faisant valoir que leur situation financière ne leur permettait pas de la rembourser et en se prévalant de leur bonne foi. Ce faisant, ils doivent être regardé, non comme ayant formé un recours administratif préalable obligatoire en vue de contester le bien-fondé des indus mis à leur charge, mais comme en ayant sollicité la seule remise gracieuse. Par une décision du 28 janvier 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Pyrénées-Atlantiques a rejeté leur demande au motif que les dettes présentaient un caractère frauduleux. Par le présent recours, les requérants qui contestent la décision du 28 janvier 2020 en tant qu'elle porte sur l'indu de prime d'activité d'un montant de 1 628,80 euros doivent ainsi être regardés comme contestant le refus de leur accorder la remise gracieuse de cette dette.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ou de la prime d'activité ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu de ces allocations et prestations, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité dont M. B et Mme D sollicitent la remise gracieuse a pour origine l'absence de déclaration par les intéressés de ce qu'ils vivent maritalement à la même adresse depuis le 1er mai 2018, situation révélée par le contrôle réalisé le 9 septembre 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales. Les intéressés ne contestent ni être effectivement domiciliés ensemble à la même adresse depuis le 1er mai 2018, ni avoir néanmoins continué à se déclarer comme célibataire, et non comme vivant en couple, alors même que les mentions du document Cerfa relatives à la situation familiale du demandeur permettent sans ambiguïté de déclarer une telle situation. Il parait ainsi peu vraisemblable, qu'ils aient pu légitimement ignorer que leur situation, devait être déclarée aux services de cet organisme. Dans ces conditions, et alors qu'ils se bornent à invoquer leur bonne foi et la circonstance que leur vie commune ne serait pas stable, sans apporter d'autre élément permettant d'expliquer cette absence de déclaration, les requérants doivent donc être regardés comme n'ayant pas satisfait à leurs obligations déclaratives, cette circonstance faisant obstacle à l'obtention d'une remise gracieuse de leur dette.

7. Enfin compte tenu de ce qui a été exposé au point 2, les autres moyens invoqués par les requérants sont inopérants à l'encontre de la décision attaquée portant refus de leur accorder une remise gracieuse.

8. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête, que M. B et Mme D doivent être rejetées.

Sur la demande de décharge :

9. Compte tenu du rejet des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 janvier 2020, les conclusions à fin de décharge de la requête de M. B et Mme D doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme que M. B et Mme D demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D au ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes Handicapées et à la caisse d'allocation familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La présidente

Signé : V. QUEMENERLa greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne au ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes Handicapées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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