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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2000937

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2000937

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2000937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGAUTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 mai 2020 et le 28 février 2022, M. A C, représenté par Me Gautier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2020 par laquelle le proviseur du Lycée Pierre Mendes France de Vic en Bigorre a prononcé à son encontre la sanction du licenciement ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de le réintégrer dans ses fonctions d'accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH) au sein du lycée Pierre Mendès France de Vic en Bigorre dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la sanction est insuffisamment motivée ;

- l'avis du conseil de discipline ne lui a pas été communiqué préalablement à la décision attaquée ;

- la procédure est viciée du fait de l'absence d'audition par le conseil de discipline de certains témoins ; par suite, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues ;

- la procédure est viciée en raison de l'irrégularité de la présence de trois des membres du conseil de discipline ;

- la procédure est viciée dès lors que deux des membres du conseil de discipline sont rattachés au Pôle inclusif d'accompagnement personnalisé (PIAL) de Vic en Bigorre qui est à l'initiative de la procédure disciplinaire engagée à son encontre ; leur défaut d'impartialité entache d'illégalité la décision attaquée ;

- la procédure est viciée en raison du caractère incomplet de son dossier administratif ; lorsqu'il a consulté son dossier, le 7 janvier 2020, il a constaté que manquaient, d'une part, le courrier que l'inspectrice de circonscription a adressé au directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) après avoir eu connaissance du rapport de la coordinatrice du PIAL de Vic en Bigorre et, d'autre part, le signalement que le DASEN a adressé au procureur de la République à raison d'une suspicion d'attouchements sur les enfants dont il s'occupe ; par ailleurs, les pièces 7 et 8 de son dossier ne devaient pas y figurer sauf à méconnaitre la liberté d'opinion qui est garantie à tout agent public en vertu de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- les faits retenus à son encontre pour fonder la décision sont matériellement inexacts ; ils reposent essentiellement sur des témoignages d'enseignants, établis sans respecter les règles formelles requises, et postérieurement à la décision prononçant sa suspension à titre conservatoire ; ces documents ont été établis à dessein et à charge tandis que les éléments favorables n'ont pas été pris en compte, notamment les bonnes appréciations formulées à son égard à la suite de l'exercice de fonctions comparables en Haute-Savoie ;

- par voie de conséquence, les faits non établis ne constituent pas une faute disciplinaire et la sanction prononcée est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 novembre 2021 et le 4 avril 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à ce que le tribunal prononce la réintégration du requérant dans ses fonctions sont irrecevables ;

- les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat au versement d'une somme de 1 000 euros au titre du préjudice d'anxiété sont irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté par M. C, représenté par Me Gautier, a été enregistré le 23 mai 2022.

Un mémoire, présenté par le recteur de l'académie de Toulouse, a été enregistré le 29 juin 2022 à 8h 40.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-637 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2014-724 du 27 juin 2014 ;

- l'arrêté du 27 juin 2011 ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gautier, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été recruté par le proviseur du lycée Pierre Mendes France de Vic en Bigorre en vertu d'un contrat signé le 2 janvier 2019 pour exercer les fonctions d'accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) au sein de l'école primaire de Saint-Laurent-de-Neste du 7 janvier au 31 août 2019. Ce contrat a été renouvelé le 1er septembre 2019 pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 9 mars 2020 par laquelle le proviseur du lycée Pierre Mendes France lui a infligé la sanction du licenciement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation, dans la version applicable, dispose que : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap peuvent être recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. Ils sont recrutés par l'Etat, par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV de la deuxième partie ou par les établissements mentionnés à l'article L. 442-1. Lorsqu'ils sont recrutés par ces établissements, leur recrutement intervient après accord du directeur académique des services de l'éducation nationale. / () / Les accompagnants des élèves en situation de handicap sont régis par les dispositions réglementaires générales applicables aux agents contractuels de l'Etat prises pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, sous réserve de dérogations prévues par le décret mentionné au dernier alinéa du présent article. () / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret, pris après avis du comité technique ministériel du ministère chargé de l'éducation nationale. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43-1 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent non titulaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ". L'article 43-2 du décret du 17 janvier 1986 précité : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. / La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. ".

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été sanctionné à raison de son positionnement insuffisamment distancié avec les élèves, dans diverses circonstances, notamment avec l'enfant qu'il accompagnait dans l'exercice de ses fonctions, à raison de l'initiative qu'il a prise en organisant, en dehors de l'établissement scolaire tout en se prévalant de ses fonctions, une sortie avec quelques enfants pour ramasser des pommes et fabriquer du jus de pomme, enfin, pour ne pas respecter les consignes des enseignants et pour avoir manifester ses opinions personnelles durant le service en installant une banderole à l'entrée de l'établissement pendant quelques minutes lors de la journée pour le climat. L'autorité disciplinaire a considéré que ces faits caractérisaient des manquements à l'obligation de dignité et de respect des élèves, aux obligations de probité et de loyauté à l'égard de l'institution scolaire, constitutifs de fautes de nature à justifier la sanction du licenciement sans préavis ni indemnité.

6. En premier lieu, pour contester la matérialité de ces griefs, M. C fait valoir que les témoignages versés par l'administration au soutien des faits n'ont pas été recueillis conformément aux dispositions de l'article 202 du code de procédure pénale et qu'ils ont tous été établis postérieurement à l'engagement de la procédure disciplinaire pour constituer un dossier " à charge ". Il ajoute que l'administration n'a pas tenu compte des appréciations particulièrement élogieuses dont il a fait l'objet en 2018 de la part de l'inspecteur d'académie lorsqu'il exerçait des fonctions analogues en Haute-Savoie, lequel a fait état de sa capacité à s'adapter à chacun des collégiens en situation de handicap avec professionnalisme et rigueur. Il précise encore qu'il n'a jamais fait l'objet d'un entretien d'évaluation professionnelle qui lui aurait permis de faire un point sur sa manière de servir. Enfin, il se prévaut de la circulaire du 3 mai 2017 relative aux missions et activités des personnels chargés de l'accompagnement en situation de handicap qui décrit les missions relevant de cet accompagnement et notamment celle consistant en " l'aide aux soins d'hygiène de façon générale, () " et à " veiller si nécessaire à l'hydratation et à l'élimination ".

7. D'une part, dans le cadre d'une procédure administrative disciplinaire, les témoignages sur le fondement desquels l'administration a établi le grief essentiel retenu à l'encontre de M. C ne peuvent être écartés du seul fait qu'ils n'ont pas été établis selon les formes prescrites par le code de procédure pénale. D'autre part, par les arguments qu'il soulève, le requérant ne conteste pas sérieusement l'exactitude des griefs en eux-mêmes que ce soit ceux qui concernent ses relations avec les enfants, avec les enseignants ou bien son attitude personnelle lors de la journée du climat. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits ne peut être accueilli.

8. En revanche, s'agissant de la qualification juridique des faits, l'attitude de M. C avec l'enfant handicapé qu'il accompagne, notamment dans l'aide pour les actes de la vie quotidienne ne peut lui être reprochée et ne constitue pas une faute en considération du vademecum décrit dans la circulaire visée au point 6. Il s'ensuit que ce grief doit être écarté.

9. Il n'en demeure pas moins que les difficultés relationnelles avec les enseignants de nature à troubler les conditions du service et la méconnaissance du devoir de probité pour avoir affiché ses opinions pendant le service et pour avoir organisé une sortie en dehors du cadre scolaire caractérisent une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Toutefois, eu égard à l'échelle des sanctions prévues à l'article 43-2 du décret du 17 janvier 1986, le licenciement sans préavis ni indemnité est disproportionné. Il s'ensuit que M. C est fondé à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution de la décision attaquée implique, dès lors que le contrat dont il bénéficie expire le 31 août 2022 qu'il soit enjoint au recteur de l'académie de Toulouse ou au proviseur du lycée Pierre Mendes France de réintégrer M. C dans un emploi équivalent, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette prescription d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Dans sa requête introductive d'instance, M. C, agissant seul, demandait au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros au titre d'un préjudice d'anxiété. Toutefois, ces conclusions ne sont pas reprises dans ses écritures ultérieures, présentées par son avocat. En tout état de cause, à supposer que le requérant ne puisse être regardé comme s'en étant désisté, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Toulouse, tirée de l'absence de liaison du contentieux dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. C a saisi son administration d'une réclamation préalable afin de faire naitre une décision sur une telle demande indemnitaire.

Sur les frais de procès :

12. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais de procès exposés par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 mars 2020 par laquelle le proviseur du lycée Pierre Mendès France a infligé la sanction du licenciement sans préavis ni indemnité à M. C est annulée.

Article 2 : Il est prescrit au recteur de l'académie de Toulouse ou au proviseur du lycée Pierre Mendès France de réintégrer M. C dans un emploi équivalent.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 € (mille deux cents euros) à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

Mme Réaut, première conseillère,

Mme Duchesne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. B

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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