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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001276

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001276

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2020, Mme C J, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 30 octobre 2019 par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Landes en vue du recouvrement d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active d'un montant de 6 120 euros, augmenté de frais accessoires pour un montant de 178,14 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de rembourser l'indu réclamé ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au département des Landes de lui rembourser les sommes retenues dans le cadre de la procédure de recouvrement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la contrainte est signée par une personne incompétente ;

- elle est irrégulière faute d'indiquer " la nature, la cause et l'étendue de l'obligation " ;

- elle est insuffisamment motivée faute de présenter la ventilation de la somme de 825,12 euros en fonction des prestations concernées ;

- elle ne comporte pas l'exposé des bases de liquidation de la créance ;

- elle n'a pas été précédée d'une mise en demeure conformément aux dispositions des articles R. 244-1 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale ;

- la créance dont le recouvrement est poursuivi est prescrite en application des dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ;

- la créance n'est pas établie ni dans son principe ni dans son montant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme J ne sont pas fondés.

Mme J a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme I a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 20 octobre 2022, à 15 heures, en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme J a notamment bénéficié de l'allocation de revenu de solidarité active depuis juin 2009, en qualité de personne isolée. A la suite d'un contrôle sur place effectué le 17 février 2015, ses droits ont été révisés en tenant compte de l'existence d'une vie de couple. La caisse d'allocations familiales des Landes lui a notifié, en conséquence, plusieurs indus à rembourser, dont un relatif à l'allocation de revenu de solidarité active, par des décisions du 28 mai 2015 et du 21 juillet 2015 couvrant la période de juillet 2012 à mai 2015. Par une décision du 10 juillet 2019, n° 415427, le Conseil d'Etat a rejeté le pourvoi dirigé contre le jugement de rejet du tribunal administratif de Pau du 18 octobre 2017 relatif à l'ensemble de ces indus. La caisse d'allocations familiales des Landes a ensuite émis plusieurs mises en demeure en vue du remboursement de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active de 6 120 euros pour les mois de juin 2013 à mai 2015, qui sont restées infructueuses. C'est dans ces conditions que le directeur de cet organisme payeur a délivré une contrainte en paiement à l'encontre de Mme J le 30 octobre 2019 aux fins de recouvrer cet indu, augmenté de frais divers, et à laquelle par la présente requête, celle-ci forme opposition.

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / () / L'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale est applicable pour le recouvrement des sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active. () ". L'article L. 262-47 du même code dispose que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

3. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement de revenu de solidarité active n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision citées au point 3 ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 2.

Sur la régularité de la contrainte en paiement :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que par un acte du 1er juillet 2016, M. F A, directeur de la caisse d'allocations familiales des Landes a donné mandat à Mme B G, agent comptable de la caisse, ainsi qu'à ses délégataires pour procéder aux actes en lien avec le processus de recouvrement des prestations servies par la caisse d'allocations familiales des Landes, d'autre part que M. E D, signataire de la contrainte en paiement en litige, disposait lui-même d'un mandat de délégation consenti par Mme G. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la contrainte en litige a été signée par une personne incompétente manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme J, la contrainte en paiement en litige a été précédée d'une mise en demeure du 13 septembre 2018 en vue du remboursement de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active de 6 120 euros dont elle a accusé réception le 19 septembre 2018 et qui est restée sans effet durant le mois qui a suivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, la contrainte adressée à Mme J mentionne les textes qui la fondent, notamment les articles L. 161-1-5 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale et les articles L. 262-46 et R. 262-94-1 du code de l'action sociale et des familles. Cette contrainte indique ensuite que la somme dont le recouvrement est poursuivi concerne un indu d'allocation de revenu de solidarité active, versé à tort au cours des mois de juin 2013 à mai 2015 à la suite d'un changement de sa situation familiale. Elle comporte bien ainsi, conformément aux dispositions citées au point 3 de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, les mentions de la nature et du motif de la somme réclamée ainsi que son montant et la période des allocations versées indument. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit également être écarté comme manquant en fait.

Sur le bien-fondé de la créance :

8. Comme l'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision précitée du 10 juillet 2019, la décision mettant à la charge de Mme J l'indu d'allocation de revenu de solidarité active, que la contrainte en paiement tend à recouvrer n'a pas fait l'objet du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, la requérante n'est donc plus recevable à contester le bien-fondé de la créance de la caisse d'allocations familiales des Landes. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que l'indu d'allocation de revenu de solidarité active de 6 120 euros serait prescrit et de ce qu'il ne serait pas fondé ne peuvent être qu'écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'opposition formée par Mme J à la contrainte en paiement d'une somme totale de 6 298,14 euros émise par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Landes le 30 octobre 2019 ne peut être que rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer cette somme et les conclusions accessoires à fin d'injonction tendant à ce qu'il soit prescrit à la caisse d'allocations familiales des Landes de rembourser les sommes déjà retenues.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de la caisse d'allocations familiales des Landes qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C J et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Landes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. H

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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