vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2001539 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHAPON ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2020, la société par actions simplifiée Béton contrôlé du Béarn et la société par actions simplifiée Dragages du Pont de Lescar, représentées par Me Chapon, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 19 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées, ensemble les décisions du 11 juin 2020 par lesquelles le président de cet établissement public de coopération intercommunale a rejeté leurs recours gracieux formés contre cette délibération ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées une somme de 1500 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la convocation du conseil communautaire à la séance au cours de laquelle s'est tenu le débat sur le projet d'aménagement et de développement durables a été reçue tardivement ;
- le rapport de présentation est insuffisant ;
- l'enquête publique s'est déroulée en méconnaissance de l'article R. 123-10 du code de l'environnement ;
- les modifications apportées au projet arrêté de plan local d'urbanisme ne procèdent pas toutes de l'enquête publique ;
- la délibération attaquée méconnaît l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;
- le règlement de la zone Ngs n'est pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables et l'orientation d'aménagement et de programmation n° 5 ;
- le règlement de la zone Ngsy n'est pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables et l'orientation d'aménagement et de programmation " Berges du
gave " ;
- l'orientation d'aménagement et de programmation " Rives du gave " devait exclure la partie intitulée " rives du gave plan d'eau ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées, représentée par Me Dunyach, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés requérantes une somme de 3000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Béton contrôlé du Béarn et autre ne sont pas fondés.
Des mémoires présentés pour la société Béton contrôlé du Béarn et autre ont été enregistrés le 11 juin 2021 et le 9 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chapon, représentant la société Dragages du Pont de Lescar et autre, et de Me Dunyach, représentant la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 19 décembre 2019, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal de cet établissement public de coopération intercommunale. Par décisions du 11 juin 2020, le président de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées a rejeté les recours gracieux formés respectivement par la société Béton contrôlé du Béarn et par la société Dragages du Pont de Lescar contre cette délibération. Ces sociétés demandent l'annulation de cette délibération et de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l' article L. 153-12 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme. ".
3. Il résulte notamment de ces dispositions que les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable doivent faire l'objet d'une inscription à l'ordre du jour d'une séance du conseil communautaire de la communauté d'agglomération et que les membres de cette assemblée doivent être mis à même discuter utilement, à cette occasion, des orientations générales envisagées.
4. Il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées ont été convoqués le 25 mai 2018 à une séance de cette assemblée prévue le 31 mai 2018 en vue de débattre sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables. S'il est établi que le document sur la base duquel les membres du conseil communautaire étaient appelés à débattre l'ont reçu postérieurement au 27 mai 2018, date à laquelle le conseil municipal de Pau a délibéré sur ce document, il résulte toutefois du procès-verbal de cette séance du 31 mai 2018 que les élus ont été mis à même de prendre la parole sur ces orientations générales. Par suite, la délibération attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ". Aux termes de l'article L. 123-12 du code de l'environnement : " Le dossier d'enquête publique est mis en ligne pendant toute la durée de l'enquête. Il reste consultable, pendant cette même durée, sur support papier en un ou plusieurs lieux déterminés dès l'ouverture de l'enquête publique. Un accès gratuit au dossier est également garanti par un ou plusieurs postes informatiques dans un lieu ouvert au public. () ". L'article R. 123-10 du même code rajoute : " Les jours et heures, ouvrables ou non, où le public pourra consulter gratuitement l'exemplaire du dossier et présenter ses observations et propositions sont fixés de manière à permettre la participation de la plus grande partie de la population, compte tenu notamment de ses horaires normaux de travail. Ils comprennent au minimum les jours et heures habituels d'ouverture au public de chacun des lieux où est déposé le dossier ; ils peuvent en outre comprendre des heures en soirée ainsi que plusieurs demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés. / Lorsqu'un registre dématérialisé est mis en place, il est accessible sur internet durant toute la durée de l'enquête. ".
6. La méconnaissance de ces dispositions n'est de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la délibération adoptée à l'issue de l'enquête publique que lorsqu'elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information des personnes intéressées ou lorsqu'elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur cette délibération.
7. Si les sociétés requérantes soutiennent tout d'abord que la consultation du dossier soumis à enquête publique n'était pas compatible avec les horaires de travail et qu'elle n'était pas prévue les samedis et dimanches, les dispositions précitées n'imposent pas que les jours et horaires de consultation comprennent des heures de soirée ou des demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés, mais ouvrent seulement à l'autorité chargée de l'organisation de l'enquête la faculté de le prévoir. Il ressort des pièces du dossier qu'en tout état de cause, 35 permanences ont été organisées au cours de l'enquête publique qui a eu lieu de 2 septembre au 4 octobre 2019, à raison de sept demi-journées, dont une un samedi, par lieu de permanence, et que le dossier pouvait être consulté en semaine dans les lieux de permanence, ainsi que sur un site internet dédié. Si les sociétés requérantes rajoutent que ces permanences ne se sont tenues que dans les communes de Pau, Lescar, Gan, Poey de Lescar et Artigueloutan alors que les communes de Lons, Billère et Jurançon ont chacune une population nettement plus importante que ces trois dernières, ces lieux de permanence ont été déterminés en fonction de leur situation géographique sur le territoire de la communauté d'agglomération. Par ailleurs, l'enquête publique a permis de recueillir 594 observations formulées sur les registres mis à disposition dans ces communes, 280 ont été formulées sur le registre électronique et 79 ont été adressées au président de la communauté d'agglomération. Par suite, eu égard au nombre d'observations émises ainsi qu'à celui des personnes, estimé à 1000, qui se sont entretenues avec les membres de la commission d'enquête, l'insuffisance relevée par les sociétés requérantes, à la supposer avérée, n'a pas eu pour effet de nuire à l'information du public et n'a pas été non plus de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête publique.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale () ".
9. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
10. Si les sociétés requérantes indiquent, par référence au contenu de la délibération attaquée, qu'il a été ajouté dans le rapport de présentation, au titre du diagnostic intercommunal, des informations concernant le projet de liaison routière entre Pau et Oloron-Sainte-Marie, les lignes ferroviaires, et la politique de l'habitat pour la revitalisation des centres anciens et la lutte contre la vacance, il ressort des pièces du dossier que ces modifications résultent d'observations émises respectivement par la communauté de communes du Haut Béarn, par les services de la direction départementale des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques et par la mission d'autorité environnementale de Nouvelle Aquitaine sur le projet arrêté de plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de ce que ces modifications ne procéderaient pas de l'enquête publique manque en fait.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Il résulte de ces dispositions que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est un document d'ordre général qui, à partir de l'exposé de la situation existante, analyse les perspectives d'évolution de l'urbanisation et justifie de la compatibilité du plan avec les dispositions législatives et réglementaires qui lui sont applicables./ Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements notamment sportifs, et de services. () ". Il résulte de ces dispositions que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est un document d'ordre général qui, à partir de l'exposé de la situation existante, analyse les perspectives d'évolution de l'urbanisation et justifie de la compatibilité du plan avec les dispositions législatives et réglementaires qui lui sont applicables.
12. S'il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation, dans sa partie relative à l'état initial de l'environnement, ne mentionne ni la centrale à béton exploitée par la société Béton contrôlé du Béarn sur un terrain situé à l'extrémité des territoires des communes de Pau, de Bizanos et de Gelos, ni l'ancienne gravière dénommée Arcaute qui était exploitée sur le site de cette centrale à béton, le caractère général de ce document n'exigeait pas une description exhaustive de l'ensemble des activités économiques existantes dans le périmètre de la communauté d'agglomération. Par ailleurs, s'il ressort du rapport de présentation, dans sa partie relative à la justification des choix page 28, qu'une carte mentionne la trame verte et bleue qui suit le lit du gave de Pau et ses abords, il résulte également d'une autre carte, page 85, sur les continuités écologiques - zoom est - que, contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes, le terrain d'assiette de l'exploitation de cette société est exclu du réservoir de biodiversité et du corridor écologique qui prennent place à proximité immédiate de ce terrain. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de ce rapport de présentation doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes d'habitat, d'activités économiques, touristiques, sportives, culturelles et d'intérêt général ainsi que d'équipements publics et d'équipement commercial, en tenant compte en particulier des objectifs de répartition géographiquement équilibrée entre emploi, habitat, commerces et services, d'amélioration des performances énergétiques, de développement des communications électroniques, de diminution des obligations de déplacements motorisés et de développement des transports alternatifs à l'usage individuel de l'automobile ; () ".
14. Ces dispositions imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. En conséquence, le juge administratif exerce un simple contrôle de compatibilité entre les règles fixées par ces documents et les dispositions précitées de l'article L. 101-2 du code l'urbanisme en se plaçant au niveau de l'ensemble du territoire de la communauté d'agglomération.
15. Le premier axe du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal, intitulé " des modes d'occupation et d'utilisation des sols rationalisés ", comporte notamment un objectif relatif aux centralités et à l'intensification, lequel prévoit que les zones d'activités économiques " seront recentrées, concentrées et réduites afin de favoriser leur dynamisme et de réduire l'impact des risques de détente ou de moindre attractivité. La géographie de ces zones est équilibrée sur le territoire nord, sud, est, ouest. Les actions de reconversion de zones de moindre attractivité et de renouvellement et d'intensification des zones existantes accompagneront toute forme d'extension. Une intervention lourde foncière, financière et opérationnelle permettra de résorber les friches et de redynamiser les zones existantes, en particulier le cœur d'Induslons. () ". S'agissant des zones commerciales, " l'attractivité commerciale du centre-ville de Pau sera renforcée. La modernisation et la requalification des zones commerciales périphériques est identifiée au schéma de cohérence territoriale comme ZACOM seront soutenues. () ". Le second axe intitulé " des valeurs fondatrices " comporte notamment un objectif relatif au dynamisme du territoire, qui prévoit que, s'agissant des parcours économiques, le territoire apportera des réponses en matière de locaux ou de fonciers (incubateur, pépinière, offre locative, offre foncière) selon les besoins et le cycle de vie des entreprises. Incubateurs et pépinières d'entreprises se développeront prioritairement dans le centre d'agglomération dans les secteurs développement université technopole, les quartiers rives des gaves et Saragosse. Incubateur et pépinière agricoles seront maintenus et pourront se développer sur le site du parkway. Toute nouvelle offre en immobilier d'entreprise se développera prioritairement dans le centre d'agglomération. L'offre en foncier économique pour le développement d'activités industrielles, artisanales ou logistiques permettra de répondre aux nouveaux rythmes de croissance. Cette offre sera recentrée dans le cœur de pays et concentrée pour redynamiser prioritairement les zones existantes et reconquérir les friches, de périmètre réduit pour être plus résiliente face aux retournements de conjoncture, équilibrée territorialement et compétitive. " Il ressort du rapport de présentation, dans sa partie relative à la justification des choix, page 89, que la communauté d'agglomération compte à ce jour 22 zones d'activités économiques réparties de façon équilibrée sur son territoire, à savoir les zones d'activités commerciales et les zones d'activités économiques structurantes, les zones d'activités économiques de proximité et les zones économiques qui soutiennent l'extension et la fortification des entreprises existantes. Au regard de la dynamique récente de commercialisation du foncier public et du constat que les zones d'activités économiques historiques sont moins attractives pour les entreprises qui privilégient le nord de l'agglomération près des axes autoroutiers, le projet de plan local d'urbanisme intercommunal prévoit d'ouvrir 32 ha de nouvelles zones économiques. La circonstance que certains élus ont estimé au cours du débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables, lors de la séance du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées du 31 mai 2018, que le développement économique n'était pas suffisamment pris en compte dans ces orientations, ne démontre pas que le plan local d'urbanisme intercommunal n'a pas prévu de capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction des besoins présents et futurs des modes d'activités économiques. Si les sociétés requérantes rajoutent que les besoins futurs de la société Dragages du Pont de Lescar, qui exploite un site d'extraction de graves alluvionnaires et gère une installation de recyclage de matériaux de démolition dans le territoire de la commune d'Artiguelouve, ne sont pas satisfaits par référence à l'article N.2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal qui impose, dans le secteur Ngs, de limiter la profondeur d'extraction afin de ne pas atteindre le niveau d'étiage historique, dans un objectif de réaménagement, et que cette circonstance imposera à cette société de rechercher d'autres sites d'exploitation plus éloignés qui favoriseront un allongement des déplacements motorisés, ce même règlement prévoit également des secteurs Ngsy, qui correspondent au secteur naturel de saligues destiné à l'implantation des bâtiments nécessaires aux activités d'extraction et de valorisation des matériaux des carrières, dans lequel prend place le site d'exploitation de cette société dans la commune de Lescar. Par suite, les sociétés requérantes sont pas fondées à soutenir que le plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées ne serait pas compatible avec les dispositions précitées de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : () 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; () ". Aux termes de l'article L. 151-5 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ". Aux termes de l'article L. 151-4 du même code : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. () ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
17. D'une part, si le rapport de présentation explique les choix retenus par les auteurs d'un plan local d'urbanisme pour établir le règlement de ce document, il ne résulte d'aucune disposition que ce règlement fixe les règles générales d'urbanisme en cohérence avec le rapport de présentation. D'autre part, pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
18. Aux termes de l'article N.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées : " Dispositions particulières au secteur indicés : En complément des occupations et installations autorisées dans l'ensemble de la zone N à l'article N.2.1.1, sont autorisées les occupations et utilisations du sol suivantes. () Article N.2.2.3 : Dans le secteur Ngs : pour tous les projets ne résultant pas des modalités des arrêtés préfectoraux déjà attribués, l'exploitation du gisement, les installations nécessaires à l'extraction de matériaux et l'exploitation du gisement, à condition de respecter les mesures édictées dans l'orientation d'aménagement et de programmation prévue à cet effet, et notamment : - que les remises en état effectuées assurent le fonctionnement écologique des lieux ; - de limiter la profondeur d'extraction afin de ne pas atteindre le niveau d'étiage historique, dans un objectif de réaménagement ; de ne pas créer de zone d'extraction fosse profonde ; - de restituer après extraction, un espace naturel de milieux humides en lien avec le gave de Pau, qui permettent la réinstallation de la saligue et le développement d'espaces agricoles ; - de restituer après extraction, un espace qui s'inscrive dans l'orientation d'aménagement de l'ensemble du secteur d'étude repérée au PLUI ; - de limiter le périmètre des zones d'extraction et les travaux de réaménagement aux secteurs indiqués sur l'orientation de programmation et d'aménagement. () ".
19. Le premier axe du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal, intitulé " des modes d'occupation et d'utilisation des sols rationalisés ", comporte notamment un objectif relatif à la projection, ou socle territorial et à la polarisation, lequel prévoit que l'infrastructure verte est à préserver, valoriser et restaurer. " Le gave de Pau constitue une continuité écologique majeure de l'agglomération dont la préservation et la valorisation trouvent leur traduction dans le projet de parc naturel des rives du gave, couvrant 800 ha. Comme composante emblématique du territoire, cet espace fera l'objet d'orientations d'aménagement et de règles spécifiques en vue de : - rendre les aménagements cohérents tout en préservant les équilibres écologiques du site ; () - concilier une exploitation durable des zones de carrières avec un retour à l'équilibre écologique du site ; () La trame verte et bleue est un ensemble de continuités écologiques terrestres et aquatiques constituées de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques qui les relient. () Plusieurs réservoirs de biodiversité des milieux ouverts et humides ont été identifiés comme présentant un fort intérêt écologique. On peut citer en particulier () les saligues du gave de Pau () ". Si les sociétés requérantes soutiennent que la restauration des secteurs de saligues, des zones de marais, des chenaux fluviaux et des zones agricoles humides sur le site d'exploitation de l'extraction des graves alluvionnaires impose que celui-ci reste en permanence au contact de l'eau afin d'assurer la pérennité des écosystèmes, il résulte des dispositions précitées de l'article N.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées que dans les secteurs Ngs, la profondeur d'extraction ne doit pas atteindre le niveau d'étiage historique. Il en résulte qu'à l'exception de périodes exceptionnelles, le niveau d'eau du gave de Pau atteint le site d'exploitation de l'extraction des graves alluvionnaires. Par suite, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à soutenir que ces dispositions du règlement n'ont pas été fixées en cohérence avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables.
20. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'orientation d'aménagement et de programmation thématique dénommée " Berges du gave " comporte notamment une orientation intitulée " permettre une cohabitation entre le gave et les activités humaines " qui est assortie en particulier d'un objectif consistant à " assurer la compatibilité des activités économiques, notamment des activités d'extraction, avec des objectifs de préservation du site. " Cet objectif se traduit par la nécessité d'assurer " la compatibilité des gravières avec une requalification de l'espace post exploitation " en préférant " une exploitation à faible profondeur qui permet une reconstitution de la saligue " et en évitant " la formation de lacs déjà très présents dans le parc naturel urbain. " Eu égard à la prescription fixée par les dispositions précitées de l'article N.2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de limiter la profondeur d'extraction afin de ne pas atteindre le niveau d'étiage historique, dans un objectif de réaménagement, il n'est pas démontré en tout état de cause que cette règle n'aurait pas été édictée en cohérence avec l'orientation d'aménagement et de programmation rappelée précédemment.
21. En huitième lieu, aux termes de l'article N 7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées : " Hauteur maximale des constructions. () Dans le secteur Ngsy : la hauteur des constructions est limitée à 6,00 m pour les locaux et à 15,00 m pour les installations techniques. ".
22. Il ressort des pièces du dossier que l'orientation d'aménagement et de programmation thématique dénommée " Berges du gave " comporte également une orientation intitulée " changer le regard que les utilisateurs posent sur le gave, recréer une appropriation en révélant son fonctionnement, sa richesse et son rôle au cœur de l'agglomération ", laquelle est assortie d'un objectif consistant à " valoriser les rapports agréables au gave : vues remarquables, () ". Si les sociétés requérantes soutiennent que les installations de traitement des matériaux utilisés par la société Dragages du Pont de Lescar ont une hauteur proche de 30 m, que la centrale à béton atteint une hauteur de plus de 20 m, et que les installations de traitement et de valorisation des matériaux issues de l'exploitation des gravières ont une hauteur supérieure à 15 m, ces hauteurs sont contestées par la communauté d'agglomération et elles ne produisent aucune pièce justifiant de l'exactitude de leurs allégations. En tout état de cause, eu égard à l'imprécision de l'objectif rappelé précédemment, il n'est pas non plus démontré que les dispositions précitées de l'article N7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées, qui ne sont pas applicables aux installations techniques existantes à la date de la délibération attaquée, n'aurait pas été édictée en cohérence avec l'orientation d'aménagement et de programmation " Berges du gave ".
23. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements () ". Aux termes de l'article L. 151-7 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; () 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; () ".
24. Il ressort des pièces du dossier que la partie du terrain d'assiette des installations exploitées par la société Béton contrôlé du Béarn qui se situe dans l'emprise du territoire de la commune de Pau est classée en zone 1AUcm, qui correspond aux secteurs des communes du cœur de pays destinés à être ouvert à l'urbanisation à l'occasion de la réalisation d'opérations d'aménagement d'ensemble à dominante d'habitat, compatibles avec un aménagement cohérent de la zone. Le secteur cm correspond au secteur du cœur de pays affichant une mixité fonctionnelle à dominante d'équipements publics et/ou d'activités artisanales, tertiaires, culturelles. La partie de ce même terrain qui se situe dans l'emprise du territoire de la commune de Bizanos est classée en zone 2 AUrev, qui correspond aux secteurs à caractère naturel ou aux friches urbaines des communes, destinés à être ouverts à l'urbanisation. Les secteurs indicés rev correspondent à une zone d'urbanisation future qui n'a pas vocation à être urbanisée avant 2030 et après une procédure de révision du plan local d'urbanisme. Enfin, la partie de ce terrain qui se situe dans l'emprise du territoire de la commune de Gelos est classée en zone UE qui correspond aux sites accueillant les équipements collectifs et activités associées. Elle est destinée à accueillir les constructions, installations et aménagements liés aux équipements d'intérêt collectif structurants pour les communes ou l'agglomération. Seules y sont autorisées les activités connexes liées au fonctionnement et au développement du rayonnement de ces équipements majeurs. Il résulte du document relatif à l'orientation d'aménagement et de programmation dénommée " cœur de pays - secteurs de revitalisation du centre d'agglomération " qu'elle comporte un secteur dénommé " Pau - rives du gave - plan d'eau ". Si les sociétés requérantes soutiennent que le terrain en cause ne constitue pas un réservoir de biodiversité compte tenu de l'activité industrielle qui y est exercée, et si ce document mentionne que ce secteur se situe à proximité des grands paysages du gave de Pau, et que la trame verte et bleue devrait être mise en valeur au sein des différentes opérations de ce site, lequel est constitué de grands espaces naturels ou paysagers qui ont vocation à rester non construits, il précise toutefois que sont autorisées les extensions et les annexes nécessaires à l'évolution des activités existantes, sous réserve de leur insertion paysagère, ainsi que les constructions à destination d'artisanat, d'industrie et de bureau sous réserve qu'elles soient compatibles avec la sécurité et la salubrité. Enfin, il n'est ni allégué ni établi que les installations de la société Béton contrôlé du Béarn ne seraient pas compatibles avec la sécurité et la salubrité. Par suite, la délibération attaquée portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal, en tant qu'il englobe le site d'exploitation de cette société dans le périmètre de l'orientation d'aménagement et de programmation cœur de pays - secteurs de revitalisation du centre d'agglomération - Pau - rives du gave - plan d'eau, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Dragages du Pont de Lescar et autre doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
27. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les sociétés requérantes doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ces dernières une somme globale de 1000 € au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Béton contrôlé du Béarn et autre est rejetée.
Article 2 : La société Béton contrôlé du Béarn et autre verseront à la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées la somme globale de 1000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Béton contrôlé du Béarn et à la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le président rapporteur,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON
L'assesseure,
Signé
F. GENTYLa greffière,
Signé
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026