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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002078

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002078

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2002078, des mémoires en production de pièces et des mémoires, enregistrés le 20 octobre 2020, le 12 novembre 2020, le 13 novembre 2020, le 17 novembre 2020, le 16 juillet 2021, le 26 novembre 2021, le 8 février 2022, le 13 mai 2022, le 12 juillet 2022, le 6 novembre 2022 et le 6 avril 2023, un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 13 mai 2023, et des mémoires, enregistrés le 28 juin 2023 et le 4 septembre 2023, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2019 par lequel le maire de Ciboure a accordé à la société à responsabilité limitée Serenitissimmo un permis de construire en vue de l'édification de deux bâtiments, l'arrêté du 20 avril 2020 par lequel cette même autorité a transféré ce permis de construire à la société civile de construction vente Villa Eder, l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel cette même autorité a accordé à ce dernier pétitionnaire un premier permis de construire modificatif et l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel la même autorité a accordé au même pétitionnaire un second permis de construire modificatif ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ciboure une somme totale de 794,20 euros au titre des dépens, ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 12 juin 2019 :

- il est entaché de fraudes ;

- plusieurs documents du dossier de demande de permis ne comportent pas la signature de l'architecte ;

- il méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 162-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- il méconnaît les articles 3.A.4, 3.B.3, 3.B.4 et 3.B.6 du règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de la commune de Ciboure ;

- il méconnaît l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation ;

En ce qui concerne l'arrêté du 28 septembre 2021 :

- le projet aurait dû faire l'objet d'un nouveau permis de construire au regard des modifications envisagées ;

- l'arrêté attaqué est entaché de fraudes ;

- le dossier de demande de permis n'indique pas la modification de l'avant toit et le remplacement des rondins dont l'implantation était prévue en limite séparative par des berlinoises ;

- plusieurs documents du dossier de demande de permis ne comportent pas les signatures de la commune et de l'architecte ;

- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 162-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- il méconnaît les articles 3.A.4, 3.A.6, 3.A.7, 3.B.4 et 3.D.2 du règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de la commune de Ciboure ;

- il méconnaît la Charte de l'environnement ;

- il méconnaît l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation ;

En ce qui concerne l'arrêté du 6 janvier 2023 :

- il est entaché de fraude ;

- le dossier de demande de permis méconnaît les articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît les prescriptions prévues par l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 111-15 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles 3.A.4 et 3.A.7 du règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de la commune de Ciboure ;

- il méconnaît l'article 29 bis de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d' habitation.

Par des mémoires en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 3 et 8 décembre 2020, le 29 novembre 2021, le 10 février 2022, le 21 avril 2022, le 9 juin 2022, le 12 septembre 2022, le 25 novembre 2022 et le 30 juin 2023, la société à responsabilité limitée Serenitissimmo et la société civile de construction vente Villa Eder, représentées par Me Delhaes, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requête est tardive ;

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- le requérant ne produit pas de titre de propriété ou une pièce équivalente, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 octobre 2021, le 9 février 2022, le 14 avril 2022, le 9 juin 2022, le 8 septembre 2022, le 24 novembre 2022, le 15 juin 2023 et le 5 septembre 2023, la commune de Ciboure, représentée par Me Sire, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les conclusions tendant à l'indemnisation des frais d'expertise sont irrecevables dès lors qu'elles relèvent d'une cause juridique nouvelle et qu'elles n'ont pas fait l'objet d'une réclamation préalable ;

- les moyens nouveaux soulevés par le requérant après l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication du premier mémoire en défense sont irrecevables, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- le requérant n'établit pas avoir effectivement supporté des frais d'expertise.

Par ordonnance du 11 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2023.

Des mémoires présentés par M. B A ont été enregistrés le 24 septembre 2023 et le 5 mars 2024.

Un mémoire en défense présenté pour la commune de Ciboure a été enregistré le 25 septembre 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 20 avril 2020, en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, faute de moyen soulevé à leur appui.

Des observations présentées pour M. B A ont été enregistrées le 7 mars 2024.

Des observations présentées pour la commune de Ciboure ont été enregistrées le 8 mars 2024 et le 11 mars 2024.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200228, des mémoires en production de pièces et des mémoires, enregistrés le 6 février 2022, le 28 février 2022, le 9 mars 2022, le 15 mars 2022, le 9 septembre 2022, le 14 novembre 2022, le 29 novembre 2022 et le 15 décembre 2022, et des mémoires récapitulatifs produits en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés le 8 janvier 2023 et le 17 mai 2023, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le maire de Ciboure a accordé à la société civile de construction vente Villa Eder un premier permis de construire modificatif et l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel la même autorité a accordé au même pétitionnaire un second permis de construire modificatif ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ciboure une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 28 septembre 2021 :

- il est entaché d'illégalité dès lors qu'il ne porte pas sur l'ensemble du projet et qu'il ne régularise pas les fraudes entachant le permis de construire initial ;

- le projet aurait dû faire l'objet d'un nouveau permis de construire au regard des modifications envisagées ;

- l'arrêté attaqué est entaché de fraude ;

- l'architecte des Bâtiments de France n'a pas émis un avis éclairé sur l'ensemble du projet ;

- le dossier de demande de permis n'indique pas la modification de l'avant toit d'une façade, le remplacement des rondins dont l'implantation était prévue en limite séparative par des berlinoises, l'excavation prévue et la modification de l'accès handicapé et est entaché d'insuffisances et d'inexactitude quant à la superficie totale du terrain et la surface de pleine terre ;

- plusieurs documents du dossier de demande de permis ne comportent pas les signatures de la commune, de l'architecte ou du géomètre ;

- le projet méconnaît les prescriptions prévues par l'arrêté attaqué ;

- le dimensionnement des bassins de rétention des eaux pluviales est insuffisant ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 111-17 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles L. 111-7 et R. 162-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- il méconnaît les articles 3.A.4, 3.A.6, 3.A.7, 3.B.3, 3.B.4 et 3.D.2 du règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de la commune de Ciboure ;

En ce qui concerne l'arrêté du 6 janvier 2023 :

- il est entaché d'illégalité dès lors qu'il ne porte pas sur l'ensemble du projet et qu'il ne régularise pas les fraudes entachant le permis de construire initial ;

- le projet aurait dû faire l'objet d'un nouveau permis de construire au regard des modifications envisagées ;

- l'arrêté attaqué est entaché de fraude ;

- l'architecte des Bâtiments de France n'a pas émis un avis éclairé sur l'ensemble du projet ;

- le dossier de demande de permis est entaché d'inexactitudes quant à la surface de pleine terre et la modification des débords de toit ;

- plusieurs documents du dossier de demande de permis ne comportent pas les signatures de la commune, de l'architecte ou du géomètre ;

- le projet méconnaît les prescriptions prévues par l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 111-15, R. 111-17 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles L. 111-7 et R. 162-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- il méconnaît les articles 3.A.4, 3.A.6, 3.A.7, 3.B.3, 3.B.4 et 3.D.1 du règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de la commune de Ciboure ;

- il méconnaît l'article 29 bis de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juin 2022, le 16 septembre 2022, le 14 novembre 2022, le 1er décembre 2022 et le 29 juin 2023, la société civile de construction vente Villa Eder, représentée par Me Delhaes, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'annulation du permis de construire modificatif délivré le 28 septembre 2021 aurait dû être demandée dans l'instance n° 2002078, en application de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme ;

- la requête est tardive ;

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Des mémoires présentés par M. C A ont été enregistrés le 27 mars 2023 et le 26 juillet 2023.

Un mémoire en défense présenté pour la société Villa Eder a été enregistré le 31 mars 2023.

Une mise en demeure a été adressée le 2 juin 2022 à la commune de Ciboure, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de M. B A, de Me Bonnel, substituant Me Sire, représentant la commune de Ciboure, et de Me Dauga, substituant Me Delhaes, représentant la société Serenitissimmo et la société Villa Eder.

Une note en délibéré présentée par M. B A a été enregistrée le 14 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 juin 2019, le maire de Ciboure a accordé à la société Serenitissimmo un permis de construire en vue de l'édification de deux bâtiments comportant un total de cinq logements. Par arrêté du 20 avril 2020, la même autorité a transféré ce permis de construire à la société Villa Eder. Par arrêté du 28 septembre 2021, la même autorité a accordé à la société Villa Eder un premier permis de construire modificatif. Par arrêté du 6 janvier 2023, la même autorité a accordé au même pétitionnaire un second permis de construire modificatif. Par la requête susvisée n° 2002078, M. B A demande l'annulation de ces quatre arrêtés. Par la requête susvisée n° 2200228, M. C A demande l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2021 et de l'arrêté du 6 janvier 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2002078 et 2200228, présentées par M. B A et M. C A, sont relatives au même projet de construction et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 12 juin 2019 :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de constat établi par un huissier de justice le 22 juin 2019, le 22 juillet 2019 et le 23 août 2019, que l'arrêté attaqué a fait l'objet d'un affichage sur le terrain d'assiette du projet à compter du 22 juin 2019 durant une période continue de deux mois. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que l'arrêté attaqué aurait été obtenu par fraude pour soutenir que le délai de recours contentieux a été prorogé à son égard, cette circonstance, à la supposer établie, ayant pour seul effet de permettre au maire de Ciboure de rapporter cet acte à tout moment. Dès lors, les conclusions de la requête de M. B A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué, présentées par un mémoire enregistré le 20 octobre 2020 au greffe du tribunal, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui a commencé à courir à compter du 22 juin 2019, sont tardives. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Ciboure, la société Serenitissimmo et la société Villa Eder doit être accueillie.

En ce qui concerne l'arrêté du 20 avril 2020 :

5. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

6. M. B A ne soulève aucun moyen au soutien des présentes conclusions. Par suite, ces conclusions sont irrecevables en application des dispositions précitées de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'arrêté du 28 septembre 2021 :

7. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

9. Les consorts A sont propriétaires et occupants d'une maison implantée sur une parcelle jouxtant le terrain d'assiette du projet. Si les requérants soutiennent que le projet de constructions autorisé par l'arrêté du maire de Ciboure du 12 juin 2019, devenu définitif, masquera la vue sur le massif de la Rhune dont ils bénéficient depuis leur parcelle, qu'il affectera l'ensoleillement de cette parcelle, qu'il dégradera la végétation existante sur son terrain d'assiette et qu'il diminuera la valeur vénale de leur bien, ils n'établissent pas que les seules modifications du projet autorisées par le premier permis de construire modificatif, qui ont notamment pour objet la modification des clôtures, des places de stationnement, des dispositifs de rétention des eaux pluviales et de certains percements des façades, seraient de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur maison. En outre, les consorts A ne peuvent utilement se prévaloir à ce titre, ni de ce que l'arrêté attaqué serait entaché de fraude ou d'illégalités, ni de ce que les travaux autorisés auraient causé des désordres à leur maison à l'occasion de leur exécution. Dès lors, les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Ciboure, la société Serenitissimmo et la société Villa Eder doit être accueillie.

En ce qui concerne l'arrêté du 6 janvier 2023 :

10. Les consorts A n'établissent pas que les seules modifications limitées apportées par le second permis de construire modificatif au projet de constructions initialement autorisé, qui ont notamment pour objet la modification de certains aménagements, des clôtures, des façades et du raccordement aux réseaux secs seraient de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur maison. Dès lors, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9, les requérants ne justifient pas non plus d'un intérêt leur donnant qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Ciboure, la société Serenitissimmo et la société Villa Eder doit également être accueillie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées par la commune de Ciboure, la société Serenitissimmo et la société Villa Eder, les conclusions aux fins d'annulation des requêtes de M. B A et de M. C A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ".

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B A au titre des dépens.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B A et M. C A doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B A des sommes globales de 600 euros au titre des frais exposés respectivement, d'une part, par la commune de Ciboure, d'autre part, par la société Serenitissimmo et la société Villa Eder, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2002078 de M. B A et la requête n° 2200228 de M. C A sont rejetées.

Article 2 : M. B A versera respectivement, d'une part, à la commune de Ciboure, d'autre part, à la société Serenitissimmo et à la société Villa Eder, des sommes globales de 600 (six cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M. C A, à la commune de Ciboure, à la société à responsabilité limitée Serenitissimmo et à la société civile de construction vente Villa Eder.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

F. DIARD

Le président,

signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLON

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Nos 2002078, 2200228

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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