vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002303 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CABINET PERSONNAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 novembre 2020, le 17 mai 2021,
le 1er juillet 2021, le 24 février 2022 et le 25 février 2022, M. B E, agissant en son nom et en qualité de curateur de son frère, M. D E, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de faire application des dispositions de l'article L. 113-1 du code de justice administrative en soumettant à l'examen du conseil d'Etat la question de savoir si seul le tribunal judiciaire est compétent pour se prononcer de façon impartiale sur l'inscription de faux relative à trois pièces du dossier de déclaration préalable produites par la société Free mobile pour l'implantation d'un pylône support d'un relais de téléphonie mobile dès lors que ces faux portent atteinte à l'ordre public et à la confiance publique ;
2°) de demander au Conseil d'Etat d'ordonner une médiation entre la société Free mobile et M. A C en application de l'article L. 114-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à ce dernier d'accueillir le projet en litige sur le terrain dont il est propriétaire dans la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle et de reverser au profit de cette commune la somme de
20 000 euros annuels versée par la société Free mobile ;
3°) de surseoir à statuer jusqu'à ce que le juge judiciaire se soit prononcé sur la procédure d'inscription de faux relative à trois pièces du dossier de déclaration préalable et de divers documents produits dans le cadre de la présente instance par les deux défendeurs en application de l'article R. 633-1 du code de justice administrative ;
4°) de se transporter sur les lieux, en application de l'article R. 622-1 du code de justice administrative, dans le cas où les défendeurs déclarent qu'ils entendent se servir des pièces arguées de faux ;
5°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du Conseil d'Etat statuant sur la demande d'annulation de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Pau du
28 décembre 2020 ;
6°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de la société Free mobile en vue de l'implantation d'un pylône support d'un relais de téléphonie mobile ;
7°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle d'ordonner le retrait du pylône implanté par la société Free mobile ; à défaut d'enjoindre à cette même autorité de faire procéder au camouflage de l'intégralité de ce dispositif ;
8°) de mettre respectivement à la charge de la société Free mobile et de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle une somme de 5 000 euros et une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de les condamner in solidum aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- le pétitionnaire n'apporte pas la preuve d'avoir obtenu un mandat de la part du propriétaire du terrain d'assiette du projet pour déposer la déclaration préalable ;
- les documents DP 6, DP 7 et DP 8 du dossier de déclaration préalable, correspondant au document graphique et aux photographies du terrain dans son environnement proche et lointain transmis au service instructeur en application du c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme sont des faux ;
- la décision attaquée a été obtenue par fraude en produisant trois faux documents dans le dossier de déclaration préalable ;
- ces faux documents, en occultant l'environnement et les paysages aux alentours du terrain d'assiette du projet et minorant la taille réelle de l'antenne, n'ont pas permis au service instructeur d'apprécier la réalité du site remarquable de Motxokoborda ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article A1 du règlement local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, dès lors que l'on peut douter de l'utilité pour le service public que revêt l'installation autorisée, lequel doit être lu en combinaison avec le principe de précaution, l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et le statut de " l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes " ;
- le projet méconnaît l'article A2 du règlement local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, dès lors que l'innocuité des installations de la cinquième génération sur les pratiques agricoles d'élevage et de culture n'est pas démontrée, cet article devant être apprécié au regard des articles 1er, 2 et 5 de la Charte de l'environnement, des articles L. 103-2, L. 114-1 et
R. 431-16 du code de l'urbanisme, des articles L. 122-1 et L. 414-4 du code de l'environnement, de l'article L. 1110-1 du code de la santé publique, et de la résolution n° 1815 du Conseil de l'Europe de 2011 ;
- le projet méconnaît l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme et l'article A11 du règlement local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle en raison de l'atteinte qu'il porte au caractère naturel et agricole des lieux, de la proximité d'un site Natura 2000 et du caractère architectural des fermes basques du Labourd.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 avril 2021 et le 7 juin 2022, la société Free mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de MM. E une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- elle n'entend pas renoncer au bénéfice des pièces à l'encontre desquelles les requérants ont déposé une demande d'inscription en faux ;
- les moyens soulevés par MM. E ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 8 juin 2022, la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, représentée par Me Jambon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de MM. E une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne démontrent pas avoir notifié le présent recours contentieux à l'auteur de la décision attaquée et au pétitionnaire, en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- elle n'entend pas renoncer au bénéfice des pièces à l'encontre desquelles les requérants ont déposé une demande d'inscription en faux ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par MM. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution ;
- la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ;
- la Charte de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de la santé publique ;
- la résolution n° 1815 du Conseil de l'Europe du 27 mai 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free mobile a déposé le 9 juin 2020 une déclaration préalable en vue de l'implantation d'une station de radiotéléphonie mobile dans la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle. Par un arrêté du 2 octobre 2020, le maire de cette commune ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. MM. E demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la demande d'avis au Conseil d'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'État, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'État ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".
3. Si les requérants se prévalent de l'absence de séparation des pouvoirs entre le pouvoir exécutif et le juge administratif qui ne dispose pas de statut constitutionnel pour demander que le Conseil d'Etat statue sur le point de savoir si seul le tribunal judiciaire est en mesure de se prononcer de façon impartiale sur les allégations d'inscription en faux, la faculté de transmettre une demande d'avis au Conseil d'Etat, en application de l'article L. 113-1 du code de justice administrative, constitue en tout état de cause un pouvoir propre du juge.
En ce qui concerne la demande tendant au sursis à statuer dans l'attente de la décision du Conseil d'Etat statuant sur le pourvoi en cassation formé contre l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Pau du 28 décembre 2020 :
4. En tout état de cause, par décision enregistrée du 24 février 2022, le Conseil d'Etat a rejeté le pourvoi en cassation formé par M. E contre l'ordonnance du 28 décembre 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne le fond du litige :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les () déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". Aux termes de l'article R. 431-35 du même code, dans sa version applicable au litige : " La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R.423-1 pour déposer une déclaration préalable. ".
6. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le demandeur qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées à l'article R. 423-1 du même code pour déposer une demande de permis d'aménager, doit être regardé comme ayant qualité pour présenter cette demande. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de déclaration préalable vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration pour ce motif.
7. Il ressort des pièces du dossier que la société Free mobile a attesté dans sa déclaration préalable avoir qualité pour la déposer. Si les requérants soutiennent que les riverains du quartier du lac de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle considèrent que le propriétaire de la parcelle d'assiette du projet en litige n'aurait pas donné son accord, ou aurait été à tout le moins mal informé et aurait subi des pressions pour donner cet accord, cette seule allégation n'établit pas le caractère frauduleux de l'attestation signée par la société Free mobile dans sa déclaration préalable, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le propriétaire du terrain en cause aurait contesté auprès de la commune avoir autorisé le pétitionnaire à déposer cette déclaration. Dès lors, la société Free mobile devait être regardée comme étant réputée autorisée à déposer la déclaration préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut de justification de cette autorisation manque en fait.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 633-1 du code de justice administrative : " Dans le cas d'une demande en inscription de faux contre une pièce produite, la juridiction fixe le délai dans lequel la partie qui l'a produite sera tenue de déclarer si elle entend s'en servir. / Si la partie déclare qu'elle n'entend pas se servir de la pièce ou ne fait pas de déclaration, la pièce est rejetée. Si la partie déclare qu'elle entend se servir de la pièce, la juridiction peut soit surseoir à statuer sur l'instance principale jusqu'après le jugement du faux rendu par le tribunal compétent, soit statuer au fond, si elle reconnaît que la décision ne dépend pas de la pièce arguée de faux. ".
9. D'une part, si les requérants soutiennent que le document graphique et les photographies du terrain d'assiette du projet dans son environnement proche et lointain qui accompagnent la déclaration préalable, en application du c) et du d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, sont des faux au motif qu'ils occultent l'environnement et les paysages aux alentours de ce terrain et qu'ils minorent la hauteur réelle du pylône, il ne résulte toutefois d'aucune disposition législative ou réglementaire que les documents graphiques produits par les pétitionnaires font foi jusqu'à inscription de faux. Au demeurant, les requérants ne justifient pas du dépôt, devant la juridiction civile, d'une demande en inscription de faux contre ces pièces. Enfin, à supposer même que ces trois documents puissent être regardés comme présentant avantageusement le projet, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne seraient pas représentatifs de la réalité de l'environnement et constitueraient ainsi un faux au sens des dispositions de l'article R. 633-1 du code de justice administrative justifiant qu'il soit sursis à statuer en application de ces mêmes dispositions.
10. D'autre part, si les requérants soutiennent que sont également faux les documents produits en défense par la société Free Mobile dans son mémoire du 17 décembre 2020 et du
21 avril 2021 pages 23 et 24, le photomontage page 17 de ce dernier mémoire correspond au document graphique mentionné au point précédent et la photographie aérienne en page 5, extraite du site Géoportail, tout comme la pièce n° 1 produite le 21 janvier 2022 par la commune, ne justifient pas davantage qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article
R. 633-1 du code de justice administrative.
11. En troisième lieu, la caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Pour les motifs développés au point 9, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la fraude n'est pas établie.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
13. L'autorisation d'urbanisme n'a d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire et l'autorité administrative n'a, par suite, pas à vérifier l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance de son projet, à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par le code de l'urbanisme, ou bien qu'elles soient constitutives d'une fraude. Ainsi qu'il a été dit au point 9, la production par le pétitionnaire du document graphique et des photographies du terrain d'assiette du projet dans son environnement proche et lointain qui accompagnaient la déclaration préalable n'est pas constitutive d'une fraude et il n'est pas démontré que le contenu de ces documents était contredit par d'autres pièces jointes à cette déclaration. Enfin, il n'est ni allégué ni établi que ce document graphique et ces photographies ne répondaient pas aux exigences du c) et du d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces documents auraient été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, dans sa version applicable au litige : " Toutes les occupations et utilisations du sol sont interdites à l'exception () des constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif ". Aux termes de l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen à laquelle renvoie le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 : " la Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. ". Aux termes de l'article 1er de la Charte de l'environnement : " Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. ". Aux termes de l'article 5 de la même charte : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ".
15. La déclaration préalable déposée par la société Free mobile est relative à un projet de station de radiotéléphonie mobile composée d'un pylône d'une hauteur de 30 mètres et d'équipements techniques implantés à sa base dans un enclos grillagé ayant une emprise totale au sol de 11,11 m². Si les requérants soutiennent, d'abord, que l'opérateur de téléphonie mobile poursuit des intérêts exclusivement financiers, le projet en litige qui participe à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, constitue, quand bien même sa mise en œuvre est confiée à une société privée laquelle se voit légalement imposer des obligations de service public, une installation nécessaire au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif au sens des dispositions précitées du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle. Ensuite, les requérants ne présentent aucun document circonstancié permettant d'établir qu'en l'état des connaissances scientifiques, des risques, même incertains, seraient de nature à faire obstacle au projet de la société Free Mobile alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la station litigieuse serait susceptible d'émettre des ondes excédant les seuils d'exposition fixés par la réglementation en vigueur. A supposer qu'ils évoquent les risques particuliers liés à la mise en œuvre de la technologique " 5G ", il ne ressort pas du dossier de déclaration préalable, en tout état de cause, que la station litigieuse sera équipée de cette technologie. Dès lors, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas le principe de précaution. Enfin, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet en litige ne peut être qualifié de service public. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, dans sa version applicable au litige, relatif à l'occupation et utilisation des sols soumises à des conditions particulières : " Les constructions nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif dans la mesure où elles ne compromettent pas le caractère agricole de la zone () ".
17. Si les requérants soutiennent d'abord que l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle doit être apprécié au regard des articles 1er, 2, et 5 de la Charte de l'environnement, des articles L. 103-2, L. 114-1 et R. 431-16 du code de l'urbanisme, des articles L. 122-1 et L. 414-4 du code de l'environnement, de l'article L. 1110-1 du code de la santé publique, et de la résolution n° 1815 du Conseil de l'Europe du 27 mai 2011, ils n'assortissent pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé, alors qu'au demeurant la résolution précédemment citée constitue un acte unilatéral d'une organisation internationale, dépourvu d'effet direct sur les personnes. S'ils soutiennent, ensuite, que le projet en litige présente un risque sanitaire dès lors qu'il prend place à proximité immédiate des habitations, des cultures et de secteurs d'élevage, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 15. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le projet attaqué, qui ne représente qu'une surface très limitée de 11,11 m², compromettrait la vocation de la zone agricole dans laquelle il prend place. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme: " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, dans sa version applicable au litige, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords : " () Tout projet de construction ou division en vue de l'implantation de bâtiments doit prendre en compte la sauvegarde des éléments topographiques et végétaux composant le paysage, en particulier en bordure des voies. / L'autorisation de construire, de lotir et l'édification d'une clôture peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions par leur situation, leur architecture, leur dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".
19. D'une part, dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par les requérants ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, la légalité de la décision attaquée doit être appréciée par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
20. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, que si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut s'opposer la déclaration préalable ou assortir sa décision de non-opposition à cette déclaration de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
21. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de station de radiotéléphonie mobile, dont le pylône servant de support aux antennes s'élève sur une hauteur de 30 mètres, est situé dans un secteur rural essentiellement composé de parcelles pâturées ou boisées prenant place sur des collines basses qui dominent la vallée de la Nivelle, et parcouru par une route étroite qui offre un large panorama, notamment sur la chaîne des Pyrénées. Dans ces conditions, ce secteur, pris dans sa globalité, offre un intérêt paysager. Toutefois, quand bien même cette superstructure sera visible depuis l'espace public, elle prendra place sur un terrain supportant un hangar agricole implanté à proximité immédiate, sera réalisée en forme de treillis et présentera une faible largeur qui contribueront à limiter son impact visuel. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article A11 du règlement local d'urbanisme de cette commune.
22. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle et par la société Free Mobile, ni de procéder à un transport sur les lieux, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de
MM. E doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
23. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de MM. E n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné une médiation :
24. Aux termes de l'article L. 114-1 du code de justice administrative : " Lorsque le Conseil d'Etat est saisi d'un litige en premier et dernier ressort, il peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci () ".
25. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article
L. 114-1 du code de justice administrative compte tenu que la requête n'entre pas dans le champ d'application de cet article. Dès lors, les conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné une médiation sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
27. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ces derniers les sommes de 1 200 euros au titre des frais exposés respectivement par la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle et par la société Free mobile et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. E est rejetée.
Article 2 : MM. E verseront solidairement une somme de 1 200 (mille deux cents) euros respectivement à la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle et à la société Free mobile.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle et à la société Free mobile.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
F. GENTY
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON La greffière,
Signé
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026