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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002464

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002464

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLE CORNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2020, M. B D, représenté par Me Le Corno, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques a prononcé sa mutation le 1er septembre 2020, ensemble la décision du 23 octobre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques une somme de 3 528 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure substantiel en raison de l'absence de consultation de la commission administrative paritaire compétente ;

- elle a méconnu les droits de la défense ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à un chef d'agrès de détenir les spécialités " risques technologiques " ni le permis de conduire les poids lourds ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que le comportement du requérant ne portait pas atteinte aux capacités opérationnelles du centre d'incendie et de secours de Mourenx-Artix et en ce qu'il n'existait pas d'emploi vacant au service des matériels ;

- elle constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2021, le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D une somme de 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté pour M. D, a été enregistré le 4 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 90-850 du 25 septembre 1990 ;

- le décret n° 2012-521 du 20 avril 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Marcel, représentant M. D, et de Mme A, représentant le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, sergent du cadre d'emploi des sapeurs-pompiers professionnels, a été recruté le 1er avril 2018 par le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques et affecté au centre d'incendie et de secours de Mourenx-Artix dans l'emploi de chef d'agrès d'un engin comprenant une équipe. Par décision du 24 juillet 2020, le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques a prononcé la mutation de l'intéressé, à compter du 1er septembre 2020, au service des matériels d'incendie et des équipements, dans l'emploi d'assistant technique. Par décision du 23 octobre 2020, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par M. D contre celle du 24 juillet 2020. M. D demande l'annulation des décisions du 24 juillet 2020 et du 23 octobre 2020 prononçant sa mutation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 24 juillet 2020 :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 septembre 1990 portant dispositions communes à l'ensemble des sapeurs-pompiers professionnels : " Les sapeurs-pompiers professionnels sont des fonctionnaires territoriaux chargés de l'exécution des missions définies à l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales. / Les sapeurs-pompiers professionnels ont vocation à occuper les emplois définis par le statut particulier dont ils relèvent. Sans préjudice des missions qui leur sont confiées par leur statut particulier en fonction de leur grade, ils ont vocation à occuper les emplois opérationnels et d'encadrement mentionnés dans le tableau de concordance annexé au présent décret. () ". En application du tableau de concordance annexé au décret précité, un sergent des sapeurs-pompiers professionnels a vocation à occuper les emplois opérationnels et d'encadrement de " chef d'agrès une équipe " et " adjoint au chef de salle opérationnelle ".

3. La décision attaquée se fonde sur ce que M. D a refusé de mettre à jour ses spécialités " risque chimique ", " risque radiologique " et " conducteur de véhicule pompe " et de renouveler son aptitude à la conduite de poids lourds en 2019. S'il est constant que le motif de cette décision n'est pas entaché d'inexactitude matérielle, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne justifiât pas détenir les autres compétences du tronc commun opérationnel ni d'autres spécialités qui lui permissent d'exercer les fonctions de chef d'agrès dans une autre unité du département ou d'adjoint au chef de salle opérationnelle. Par ailleurs, il n'est pas établi que le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques ne disposait pas d'un emploi opérationnel ou d'encadrement de sergent des sapeurs-pompiers professionnels vacant, alors que la mise en œuvre, à compter de 2019, d'un nouveau régime de garde de 12 h par jour pour les sapeurs-pompiers du service a créé un besoin supplémentaire en effectifs évalué à 42 sapeurs-pompiers professionnels entre 2020 et 2023. Or, l'affectation de M. D à un emploi d'assistant technique au service des matériels d'incendie et des équipements s'est accompagnée de la perte des responsabilités d'encadrement de chef d'agrès et de la mise à l'écart des fonctions opérationnelles. Dès lors, en décidant d'affecter le requérant à un emploi à caractère administratif dont, au demeurant, il n'établit pas la vacance à la date de la décision attaquée, le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques a prononcé une mutation d'office qui n'était pas justifiée par l'intérêt du service et qui, par suite, doit être regardée comme visant à sanctionner le comportement de M. D.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 23 octobre 2020 :

4. La décision attaquée ne peut être regardée comme exempte du vice relevé au point 3, dont est entachée la décision du président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques du 24 juillet 2020.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions du président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques du 24 juillet 2020 et du 23 octobre 2020 doivent être annulées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques du 24 juillet 2020 et du 23 octobre 2020 sont annulées.

Article 2 : Le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques versera à M. D la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B D et au service départemental d'incendie et de secours des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. C

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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