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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100187

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100187

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021 sous le n° 2100187, M. E G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Landes lui a notifié un indu de revenu de solidarité active, sur la période du 1er janvier 2018 au 28 février 2019, d'un montant de 6908,58 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 6 756,13 euros ;

3°) et de mettre à la charge du département des Landes la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée, qui a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, et cette omission l'a privée d'une garantie ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code l'action sociale et de la famille qui prévoient la saisine préalable de la commission de recours amiable, et cette omission l'a privée d'une garantie de collégialité dans la prise de décision ;

- la décision est entachée d'une motivation irrégulière, dès lors qu'elle ne lui permet pas de connaitre le montant et la base du calcul opéré par l'administration pour prendre sa décision ;

- la décision attaquée ne respecte pas le principe des droits de la défense garanti par l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et de la famille dès lors que le requérant n'a pas perdu sa résidence stable et effective en France ;

- il n'avait pas eu l'intention de frauder ;

- à titre subsidiaire, il est demandé à la juridiction de lui accorder une remise totale de dette dès lors qu'il est de bonne foi et dans une situation de précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le département des Landes conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision du 21 octobre 2020, qui n'a qu'une portée informative, ne fait pas grief et que le département des Landes n'a été destinataire d'aucun recours administratif préalable ;

- les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

M. E G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2020.

II°) Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021 sous le n° 2100188, M. E G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Landes lui a notifié un indu de revenu de solidarité active, pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017, d'un montant de 5 670,11 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 5 670,11 euros ;

3°) et de mettre à la charge du département des Landes une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée, qui a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, et cette omission l'a privé d'une garantie ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code l'action sociale et de la famille qui prévoient la saisine préalable de la commission de recours amiable, et cette omission l'a privée d'une garantie de collégialité dans la prise de décision ;

- la décision est entachée d'une motivation irrégulière, dès lors qu'elle ne lui permet pas de connaitre le montant et la base du calcul opéré par l'administration pour prendre sa décision ;

- la décision a été prise en violation du principe du contradictoire, dès lors qu'il n'a pas reçu communication des pièces sur la base desquelles l'administration a pris sa décision ;

- la décision attaquée ne respecte pas le principe des droits de la défense garanti par l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et de la famille dès lors que le requérant n'a pas perdu sa résidence stable et effective en France ;

- il n'avait pas eu l'intention de frauder ;

- à titre subsidiaire, il est demandé à la juridiction de lui accorder une remise totale de dette dès lors qu'il est de bonne foi et dans une situation de précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le conseil départemental des Landes conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision du 2 novembre 2020, qui n'a qu'une portée informative, ne fait pas grief et que le département des Landes n'a été destinataire d'aucun recours administratif préalable ;

- les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

M. E G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2020.

III°) Par une requête, enregistrée le 17 février 2021 sous le n° 2100365, M. E G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n° 40000-2021-34 émis et rendu exécutoire le 7 janvier 2021 par le président du conseil départemental des Landes en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 756,13 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 28 février 2019 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 6 756,13 euros ;

3°) et de mettre à la charge du département des Landes une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le département des Landes devra produire le bordereau de titre de recette, afin de s'assurer qu'il comporte la signature de l'ordonnateur en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre est entaché d'un défaut de motivation ;

- la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnue ;

- le titre n'indiquant pas sa base de liquidation, le requérant ne peut contester utilement son bien-fondé ; en tout état de cause, il n'a perçu aucune somme indue, la dette alléguée est donc inexistante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le département des Landes conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le département des Landes n'a été destinataire d'aucun recours administratif préalable ;

- les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

M. E G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 janvier 2021.

IV°). Par une requête, enregistrée le 1er juin 2021 sous le n° 2101436, M. E G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 25 mai 2021 par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Landes en vue du recouvrement d'un indu de prime de Noël d'un montant de 304,90 euros ;

3°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 304,90 euros ;

4°) et de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Landes la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la contrainte est entachée d'incompétence ;

- la contrainte n'a pas été précédée de la mise en demeure prévue par les dispositions des articles L. 114-17 et R. 114-11 du code de la sécurité sociale ;

- la contrainte est entachée d'un défaut de motivation ;

- la contrainte n'indiquant pas sa base de liquidation, le requérant ne peut contester utilement son bien-fondé ; en tout état de cause, il n'a perçu aucune somme indue, la dette alléguée est donc inexistante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la caisse d'allocations familiales des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. G n'est fondé.

M. E G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.

V°). Par une requête, enregistrée le 19 juin 2021 sous le n° 2101633, M. E G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le titre de recette n° 40000-2021-4050 émis et rendu exécutoire le 20 mai 2021 par le président du conseil départemental des Landes en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 670,11 euros pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017 ;

3°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 5 670,11 euros ;

4°) et de mettre à la charge du département des Landes la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le caractère suspensif des recours administratifs et contentieux prévu par l'article L. 262-46 alinéa 2 a été, probablement, méconnu par l'émission du titre exécutoire litigieux ;

- le département des Landes devra produire le bordereau de titres de recette, afin de s'assurer qu'il comporte la signature de l'ordonnateur en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le titre est entaché d'un défaut de motivation ;

- la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnue ;

- le titre n'indiquant pas sa base de liquidation, le requérant ne peut contester utilement son bien-fondé ; en tout état de cause, il n'a perçu aucune somme indue, la dette alléguée est donc inexistante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le département des Landes conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le département des Landes n'a été destinataire d'aucun recours administratif préalable ;

- les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

M. E G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 20 juillet 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarder des droits de l'homme et des libertés ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriale ;

- le code de l'action sociale et de la famille ;

- le code de la sécurité sociale ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 9 mars 2023 à 14 heures, en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une enquête réalisée en août 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Landes, cet organisme a réexaminé les droits de M. G et lui a notifié par une décision du 15 janvier 2020 un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2018 au 28 février 2019 d'un montant de 6 908,58 euros, puis par une décision du 11 mars 2020, un indu complémentaire de revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017, d'un montant de 5 670,11 euros, et enfin un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour le mois de décembre 2017, d'un montant de 304,90 euros. Après saisine de l'équipe pluridisciplinaire départementale, le département des Landes a informé M. G, par une décision du 13 octobre 2020, de la récupération de l'indu de revenu de solidarité active, ainsi que l'application d'une pénalité de 300 euros. Par un courrier du 21 octobre 2020, le président du conseil départemental des Landes a signifié à M. G la reprise du traitement de l'indu par le département et les modalités de remboursement de l'indu de 6 756,13 euros, puis par un courrier identique du 2 novembre 2020, la reprise du traitement de l'indu par le département et les modalités de remboursement de l'indu de 5 670,11 euros. Le centre des finances publiques a émis le 7 janvier 2021 un titre exécutoire en vue de la récupération d'un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période 1er janvier 2018 au 28 février 2019 d'un montant de 6 756,13 euros. Il a émis le 20 mai 2021 un titre exécutoire en vue de la récupération d'un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017 d'un montant de 5 670, 11 euros. La caisse d'allocations familiales des Landes a émis une contrainte pour le recouvrement de la somme de 304,90 euros résultant de deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année pour la période de novembre à décembre 2017 et de novembre à décembre 2018.

2. Par les requêtes n° 2100187 et n° 2100188, M. G demande au tribunal d'annuler les courriers des 21 octobre 2020 et 2 novembre 2020 du président du conseil départemental des Landes. Par sa requête n° 2101436, M. G demande au tribunal d'annuler la contrainte émise à son encontre le 25 mai 2021 par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Landes en vue du recouvrement d'un indu de prime de Noël d'un montant de 304,90 euros. Par les requêtes n° 2100365 et n° 2101366, M. G demande au tribunal d'annuler les titres exécutoires émis le 7 janvier 2021 et le 20 mai 2021.

Sur la jonction :

3. Les requêtes susvisées n° 2100187, n° 2100188, n° 2100365, n° 2101436, et n° 2101366, présentées par M. G présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Dans les instances nos 2101436 et 2101633, M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 8 juin 2021 et du 20 juillet 2021. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à être admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense aux conclusions aux fins d'annulation des requêtes n° 2100187 et n° 2100188 dirigées contre les courriers du 21 octobre 2020 et du 2 novembre 2020 :

5. Il résulte de l'instruction que les courriers contestés du président du conseil départemental des Landes du 21 octobre 2020 et du 2 novembre 2020 informent respectivement M. G, du montant de deux indus de revenu de solidarité active, à savoir 6 756,13 euros et 5 670,11 euros, lui précisent que le remboursement de ces sommes se fera désormais au profit du conseil départemental des Landes et qu'il dispose d'un délai de deux mois pour procéder à ce remboursement auquel cas un titre exécutoire pourra être émis à son encontre en vue de leur recouvrement. Bien que comportant la mention des voies et des délais de recours, ces courriers informatifs ne revêtent pas le caractère de décisions faisant grief susceptibles de faire l'objet d'un recours objectif de plein contentieux. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces deux actes sont irrecevables. Les fins de non-recevoir opposées en défense tirées de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les courriers des 21 octobre 2020 et 2 novembre 2020 doivent, par suite, être accueillies.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n°2100365 dirigées contre le titre exécutoire émis le 7 janvier 2021 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " (). En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

7. D'une part, le titre exécutoire émis le 7 janvier 2021 comporte les nom, prénom et qualité de la personne qui les a émis, à savoir " M. Xavier Fortinon, Président du conseil départemental des Landes " et les bordereaux de recettes versés à l'instance sont signés par les ordonnateurs. Les titres de perception en litige satisfont donc aux exigences des dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, par suite le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publie : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

9. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer en litige est pris au visa notamment des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et mentionne l'identité du débiteur, la nature de l'indu mis en recouvrement ainsi que la période concernée et le montant à payer. Il résulte par ailleurs de l'instruction, d'une part, que M. G a eu connaissance au plus le 19 novembre 2020, date de ses demandes d'aide juridictionnelle, du courrier du 21 octobre 2020 du président du conseil départemental lui confirmant la nature et le montant de cet indu. D'autre part, que celui-ci a également été informé, par un courrier du 13 octobre 2020, lui notifiant la décision de lui infliger une pénalité administrative, du motif de cet indu tenant à l'absence d'éléments attestant de sa présence en France depuis le mois d'avril 2016 et de la période de calcul de celui-ci. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant été préalablement informé de l'ensemble des bases de liquidation de sa créance. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du titre en litige doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale (), sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction. () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat () ".

11. Il résulte des dispositions précitées que les décisions par lesquelles les organismes de sécurité sociale mettent un indu à la charge d'un allocataire ne sont pas soumises à la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration. Le recours administratif préalable obligatoire institué par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles est destiné à remédier à l'absence de cette procédure contradictoire en permettant à l'administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée. Si M. G soutient qu'il n'a jamais été placé en mesure de présenter ses observations avant l'émission du titre exécutoire en litige, d'une part, aucune autre disposition applicable au présent litige n'exige qu'une telle procédure soit suivie avant l'émission du titre de recette destiné à recouvrer l'indu. D'autre part, et ainsi qu'il vient d'être dit, il lui était loisible de présenter ses observations en exerçant à l'encontre de la décision initiale d'indu le recours préalable obligatoire prévu par les dispositions du code de l'action sociale et des familles, ce qu'au demeurant il ne justifie pas avoir fait. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que le caractère contradictoire de la procédure dont il a fait l'objet aurait été méconnu, dès lors le moyen doit être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, si M. G affirme n'avoir perçu aucune somme indue, il résulte de l'instruction que le titre exécutoire en litige a été mis en vue du recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge par la décision du 15 janvier 2020 du directeur de la caisse d'allocations familiales des Landes. Ainsi qu'il a été exposé au point 9 cet indu résulte pour l'essentiel de l'absence de déclaration par l'intéressé de ce qu'il résidait hors du territoire national sur la période en litige. Par ailleurs, le requérant ne pouvait ignorer qu'il était dans l'obligation de déclarer tout changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales des Landes. Par suite, le moyen tiré de l'inexistence de la dette doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre le 7 janvier 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2101633 dirigées contre le titre exécutoire émis le 20 mai 2021 :

14. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet () les créances du département au président du conseil départemental. () Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement () ".

15. D'autre part, aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur () ".

16. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, citées au point 14, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, cité au point précédent.

17.En l'espèce, il résulte de l'instruction que par sa requête enregistrée le 26 janvier 2021 sous le n° 2100188, M. G a contesté l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge par une décision initiale du 15 janvier 2020. Dans ces conditions, et compte tenu de son effet suspensif, l'introduction d'un tel recours faisait obstacle à l'émission par le département des Landes du titre exécutoire en litige. La circonstance que ce recours soit en l'espèce irrecevable étant sans incidence sur le caractère suspensif qui s'y attachait dès son introduction. Il s'ensuit que M. G est fondé à obtenir pour ce motif l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre le 20 mai 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2101436 dirigées contre la contrainte émise le 25 mai 2021 :

18. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par un acte du 16 septembre 2016, Mme A D, agent comptable de la caisse d'allocations familiales des Landes a consenti à un mandat de délégation à M. C B, signataire de la contrainte en paiement en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la contrainte en litige a été signée par une personne incompétente manque en fait et en droit et doit être écarté.

19. En deuxième lieu, M. G soutient que les articles L. 114-17 et R. 114-11 du code de la sécurité sociale ont été méconnus. Toutefois, ces articles sont relatifs aux contraintes émises pour le recouvrement des pénalités administratives, alors que la contrainte en litige est relative à deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année. Le moyen est donc inopérant. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'une mise en demeure préalable en date du 13 août 2020 avec accusé de réception n° 2C15338663506 a été présenté au domicile du requérant puis retourné à la caisse d'allocations familiales avec la mention " pli avisé, non réclamé ". Par suite, le moyen doit en tout état de cause être écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3° () imposent des sujétions ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

21. Il résulte de l'instruction que la contrainte adressée à M. G mentionne les textes qui la fondent, notamment les articles L. 161-1-5 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale. Cette contrainte indique par ailleurs la somme dont le recouvrement est poursuivi, en précisant qu'il s'agit de deux indus de prime exceptionnelle, versés à tort au cours des mois de décembre 2017 et 2018. Elle comporte bien, conformément aux dispositions de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, les mentions de la nature et du motif de la somme réclamée ainsi que son montant et la période des allocations versées indument. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

22. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'indu de prime exceptionnelle en cause a pour origine la qualification frauduleuse de ces créances. Dans ces conditions, M. G, qui se borne à affirmer qu'il n'a perçu aucune somme indue, n'est pas fondé à soutenir que l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année dont le remboursement lui est demandé est inexistant. Par suite, le moyen doit être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la contrainte adressée le 25 mai 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de décharge :

24. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

25. En l'absence de moyens soutenus par M. G susceptibles de remettre en cause le bien-fondé du titre de recette émis le 20 mai 2021 de nature à justifier le prononcé d'une décharge, les conclusions à fin de décharge présentées par l'intéressé ne peuvent qu'être rejetées.

26. Par ailleurs compte tenu du rejet des conclusions tendant à l'annulation du titre de recette émis le 7 janvier 2021 et de la contrainte adressée le 25 mai 2021, les conclusions à fin de décharge des requêtes nos 2100365 et 2101436 de M. G doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Landes et du département des Landes, qui n'ont pas dans la présente instance la qualité de partie perdante pour l'essentiel, les sommes que M. G demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sur le fondement combiné desdites dispositions et de celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recette émis et rendu exécutoire le 20 mai 2021 par le département des Landes pour avoir paiement de la somme de 5 670,11 euros (cinq mille six cent soixante-dix euros et onze centimes) correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période courant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2101633 et les requêtes nos 2100187, 2100188, 2100365 et 2101436 sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, au département des Landes et à la caisse d'allocations familiales des Landes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La présidente

Signé : V. QUEMENERLa greffière,

Signé : M. DANGENG

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Nos 2100187

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