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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100256

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100256

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAGARDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 février 2021 et le 6 octobre 2022, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) Arberet et la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) Ekip, en sa qualité de mandataire liquidateur du GAEC Arberet, représentés par Me Marcel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020, par laquelle la commission syndicale de la vallée du Barège a rejeté la demande de transhumance du GAEC Arberet pour la campagne estivale 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commission syndicale de la vallée du Barège la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les écritures en défense doivent être écartées des débats en l'absence d'habilitation régulière du président de la commission syndicale de la vallée du Barège à défendre dans le cadre de la présente instance ;

- la demande du GAEC Arberet, présentée à la commission syndicale de la vallée du Barège, de transmission du tableau de chargement prévisionnel constitue une demande de transhumance dans la mesure où sans cette transmission, aucune transhumance n'est possible sur le territoire syndical ; la décision du 4 décembre 2020 de la commission syndicale de la vallée du Barège de refus de transmettre ce tableau doit donc être regardée comme un refus de transhumance pour la campagne estivale 2021 ; la décision attaquée est décisoire ;

- la décision attaquée a eu des conséquences très graves sur la santé économique du GAEC Arberet ; ce dernier n'a pas pu exploiter convenablement son troupeau, ce qui l'a conduit à un redressement judiciaire puis à une liquidation ;

- la commission syndicale de la vallée du Barège n'est pas entièrement libre s'agissant de l'accès aux estives dans la mesure où, d'une part, les règles d'accès ont été encadrées par la commission syndicale elle-même par l'édition d'un règlement pastoral et d'autre part, les décisions prises constituent des actes de gestion d'un service public ; lors d'un précédent recours concernant la contestation d'un refus d'estive pour la compagne 2020, le tribunal s'est considéré compétent pour apprécier la légalité d'un tel refus ; la décision attaquée faisant grief au GAEC Arberetet, le recours dirigé contre cette dernière est recevable ;

- la décision attaquée est illégale car non motivée en droit et en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se fonde sur la réforme en cours de l'accès aux estives sur le territoire de la commission syndicale de la vallée du Barège, laquelle n'était pas encore applicable ; sa demande devait donc être appréciée au regard du règlement applicable au moment de sa demande ; il remplit les conditions posées par le règlement pastoral 2020 pour pouvoir transhumer, comme précédemment pour les années 2017, 2018 et 2019 ; en tout état de cause, la commission syndicale de la vallée du Barège n'indique pas les raisons pour lesquelles il ne remplirait pas les conditions posées par la future réforme d'accès aux estives ;

- la commission syndicale n'établit pas que son règlement pastoral a été réformé et qu'il a fait l'objet d'une délibération du conseil syndical et d'un affichage le rendant exécutoire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 2 avril 2021 et le 20 décembre 2022, la commission syndicale de la vallée du Barège, représentée par Me Lagarde, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du GAEC Arberet la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient d'une part, que la requête est irrecevable, dès lors que la décision en litige ne fait pas grief et d'autre part, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés

Par ordonnance du 28 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 février 2023.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par courrier du 23 mai 2023, que la solution du litige était susceptible d'être fondée, en partie, sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 décembre 2020, par laquelle la commission syndicale de la vallée du Barège a rejeté la demande du GAEC Arberet portant sur la transmission du tableau prévisionnel pour lui permettre de transhumer sur le territoire syndical pendant la campagne estivale 2021, à défaut de saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs.

Par un mémoire enregistré le 1er juin 2023, le GAEC Arberet a produit des observations en réponse à la communication de ce moyen d'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 3 juin 2023, la commission syndicale de la vallée du Barège a produit des observations en réponse à la communication de ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le GAEC Arberet, créé le 6 février 2017 par M. A B et Mme C D, associés à hauteur de 50 % et co-gérants, exploite un atelier de maraîchage et de plants de légumes ainsi qu'un atelier d'ovins, de lait et de fromage dans le département des Hautes-Pyrénées. Il a, par courrier du 28 novembre 2020, sollicité, auprès de la commission syndicale de la vallée du Barège, la communication du tableau de chargement prévisionnel de la transhumance de la campagne estivale de l'année 2021. Par un courrier du 4 décembre 2020, la commission syndicale de la vallée du Barège a rejeté cette demande. Par la présente requête, le GAEC Arberet demande l'annulation de cette décision.

Sur la recevabilité des écritures en défense de la commission syndicale de la vallée du Barège :

2. Aux termes de l'article L. 5222-1 du code général des collectivités territoriales : " Lorsque plusieurs communes possèdent des biens ou des droits indivis, il est créé, pour leur gestion et pour la gestion des services publics qui s'y rattachent, une personne morale de droit public administrée, selon les modalités prévues à l'article L. 5222-2, par une commission syndicale composée des délégués des conseils municipaux des communes intéressées et par les conseils municipaux de ces communes. () / La commission syndicale est présidée par un syndic élu par les délégués et pris parmi eux. Elle est renouvelée après chaque renouvellement général des conseils municipaux. / Les délibérations de la commission syndicale et les décisions du syndic sont soumises à toutes les règles établies pour les délibérations des conseils municipaux et les décisions des maires. ". Aux termes de l'article L. 5222-2 du même code : " La commission syndicale et le syndic assurent l'administration et la mise en valeur des biens et droits indivis. Leurs attributions sont les mêmes que celles des conseils municipaux et des maires en pareille matière. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 3 février 2021, la commission syndicale de la vallée du Barège a habilité son président à défendre ses intérêts, en demande ou en défense, devant toutes les juridictions. La circonstance que cette délibération ne présenterait pas un caractère exécutoire faute d'avoir été transmise au contrôle de légalité, est, en tout état de cause, sans incidence sur la solution du présent litige, dès lors que le président de la commission syndicale n'a formulé d'autres conclusions que celles tendant au rejet de la demande présentée par le GAEC Arberet. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le requérant, tirée de ce que le président de la commission syndicale ne serait pas régulièrement habilité à défendre les intérêts de la commission syndicale dans le cadre de la présente instance, doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Par son courrier du 28 novembre 2020, adressé à la commission syndicale de la vallée du Barèges par l'intermédiaire de son conseil, le GAEC Arberet a sollicité la transmission, dans les meilleurs délais, du tableau prévisionnel de chargement pour la transhumance de la campagne estivale de l'année 2021, au motif que, contrairement aux campagnes précédentes, il n'avait pas été destinataire d'un tel document au début du mois de novembre 2020. Le GAEC requérant soutient que cette demande doit être analysée comme une demande de transhumance, présentée au titre de la campagne 2021, en se prévalant de ce que c'est la transmission du tableau qui matérialise concrètement le droit de transhumance. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le courrier du 28 novembre 2020 diffère substantiellement, tant dans sa forme, que dans son contenu, de la demande adressée le 30 novembre 2020, au titre de la campagne 2021, laquelle précisait, sous la forme d'un tableau, la race et le nombre d'animaux concernés, ainsi que la période sollicitée pour la montée aux estives. Dans ces conditions, le courrier du 28 novembre 2020 doit être regardé, non comme une demande de transhumance comparable à celle de l'année précédente, mais comme une simple demande de communication d'un document de nature administrative et, partant, la décision attaquée du 4 décembre 2020, qui rejette cette demande, comme un refus de communiquer un tel document. Par ailleurs, en l'absence, ainsi qu'il vient d'être dit, de l'existence d'une demande formalisée de transhumance, comportant les informations relatives aux animaux concernés et à la période sollicitée, la décision du 4 décembre 2020, malgré ses termes, ne peut être regardée comme comportant également une décision implicite de refus d'une telle demande de transhumance. Il résulte de ce qui précède que la décision dont le GAEC sollicite l'annulation doit être regardée en l'espèce comme portant exclusivement refus de communiquer un document administratif, à savoir le " tableau de chargement prévisionnel " des animaux pour la campagne d'estive de l'année 2021.

5. Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier () / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ".

6. Il résulte des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration que lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir. L'intéressé doit avoir au préalable saisi de ce refus, dans le délai du recours contentieux, la commission d'accès aux documents administratifs.

7. En l'espèce, il est constant que le GAEC Arberet n'a pas, préalablement à l'introduction de la présente requête, saisi la Commission d'accès aux documents administratifs du recours préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ses conclusions tendant à ce que le tribunal annule la décision du 4 décembre 2020, par laquelle la commission syndicale de la vallée du Barège a rejeté sa demande de communication du tableau prévisionnel pour lui permettre de transhumer sur le territoire syndical pendant la campagne estivale 2021, sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commission syndicale de la vallée de Barège, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la Selarl Ekip, mandataire judiciaire du GAEC Arberet, demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commission syndicale de la vallée de Barège sur ce même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête du GAEC Arberet, désormais représenté par la Selarl Ekip, en sa qualité de mandataire liquidateur, est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commission syndicale de la vallée de Barège sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Selarl Ekip, mandataire judiciaire du GAEC Arberet et à la commission syndicale de la vallée de Barège.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Quemener, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

V. QUEMENER

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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