lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100271 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LAFITTE-HAZA SERIZIER GRIMAUD MOULET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 février 2021 et le 7 juillet 2021, Mme B D, représentée par Me Savary-Goumi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2020 par laquelle le centre hospitalier de Mont-de-Marsan a refusé de renouveler son contrat de travail, ainsi que la décision implicite de refus née le 31 décembre 2020 du silence gardé par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan sur son recours gracieux et sa demande indemnitaire préalable ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au centre hospitalier de Mont-de-Marsan de la réintégrer en contrat à durée indéterminée en qualité d'aide-soignante au sein du pôle gériatrique dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Mont-de-Marsan de lui communiquer les motifs ayant fondé la décision de non-renouvellement de son contrat à durée déterminée au-delà du 9 novembre 2020 ;
4°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan au paiement d'une somme de 3 163,70 euros nets à titre d'indemnité de licenciement ;
5°) en tout état de cause, de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à lui verser la somme totale de 5 500,30 euros en réparation de son préjudice ;
6°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier n'a pas tenu sa promesse de la recruter en contrat à durée indéterminée à compter du 1er juillet 2019, ce qui est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ; il n'apporte aucune preuve que le courrier du 17 juin 2019 serait un faux, et aucune procédure pour faux n'est en cours ;
- le non-renouvellement de son contrat n'est justifié par aucun motif ; cette décision n'est pas fondée sur les besoins du service ; elle ne peut davantage être fondée sur des considérations liées à sa personne dès lors qu'aucune procédure disciplinaire n'a été engagée à son encontre et qu'elle n'a pas été invitée à présenter des observations ;
- le changement d'affectation qui lui a été imposé est constitutif d'une sanction déguisée infondée ; il est intervenu immédiatement après sa convocation à un entretien motivé par un dépôt de plainte ; elle n'a été blanchie qu'après son changement d'affectation ;
- elle a été privée des garanties essentielles de la procédure contradictoire ;
- l'annulation de la décision de non-renouvellement de son contrat doit conduire à condamner le centre hospitalier à la réintégrer en contrat à durée indéterminée au sein du pôle gériatrique ;
- le préjudice lié au non-renouvellement de son contrat doit être évalué à hauteur de 3 163,70 euros nets correspondant à une indemnité de licenciement ; le préjudice financier lié au changement de service doit être indemnisé à hauteur de 500,30 euros ;
- elle a été victime de harcèlement moral ; le préjudice qui en découle doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2021, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan, représenté par Me Grimaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le courrier du 17 juin 2019 produit par la requérante, par lequel un contrat à durée indéterminée lui aurait été promis, est un faux ;
- le non-renouvellement du contrat est motivé par l'attitude et les insuffisances professionnelles de la requérante ;
- le changement d'affectation de Mme D n'a été motivé que par ses difficultés relationnelles avec ses collègues et l'encadrement, et n'est pas constitutif d'une sanction ; il n'est pas lié à la plainte d'une patiente, en date du 26 mars 2020 ;
- sa demande tendant au versement d'une indemnité de fin de contrat est dépourvue d'objet ;
- les congés dus à la requérante lui ont été payés en janvier 2021 ;
- Mme D n'a pas été victime de harcèlement et ne peut prétendre à l'indemnisation d'aucun préjudice à ce titre.
Par ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été recrutée par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan en qualité d'aide-soignante à compter du 3 juillet 2017, par un premier contrat courant jusqu'au 30 septembre 2017, prolongé par des avenants successifs portant sur des périodes de deux, trois ou six mois, jusqu'au 9 novembre 2020. Par décision du 2 septembre 2020, l'intéressée a été informée du non-renouvellement de son engagement. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision implicite de refus née le 31 décembre 2020 du silence gardé par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan sur le recours gracieux et la demande indemnitaire qu'elle a formés le 29 octobre 2020 et dont l'établissement a accusé réception le 31 octobre 2020, d'enjoindre au centre hospitalier de Mont-de-Marsan de la réintégrer en contrat à durée indéterminée en qualité d'aide-soignante au sein du pôle gériatrique et de lui communiquer les motifs ayant fondé la décision du 2 septembre 2020, à titre subsidiaire, de condamner l'établissement au paiement d'une somme de 3 163,70 euros nets à titre d'indemnité de licenciement, et enfin, de le condamner à lui verser la somme totale de 5 500,30 euros en réparation de son préjudice.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
En ce qui concerne la motivation des décisions en litige :
3. D'une part, un agent dont l'engagement est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci, ainsi qu'il a été dit au point 2. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler cet engagement est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, elle n'est, sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire, pas au nombre des mesures qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Si, en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité, ces dispositions ne trouvent toutefois à s'appliquer que lorsque la décision explicite aurait elle-même dû être motivée.
5. Il est constant que la décision du 2 septembre 2020 informant la requérante du non-renouvellement de son contrat ne revêt pas le caractère d'une mesure disciplinaire. Au surplus, il ressort des écritures de Mme D qu'elle n'invoque le caractère de sanction déguisée qu'à l'encontre de la décision de changement d'affectation. Par suite, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan n'était pas tenu de lui communiquer les motifs fondant cette décision.
En ce qui concerne l'intérêt du service :
6. Mme D soutient que le non-renouvellement de son contrat n'est pas justifié par les besoins du service et qu'il ne peut davantage être fondé sur des considérations liées à sa personne dès lors qu'aucune procédure disciplinaire n'a été engagée à son encontre. En défense, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan fait valoir que le non-renouvellement du contrat est motivé par l'attitude et les insuffisances professionnelles de la requérante.
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des fiches d'appréciation rédigées au cours des contrats successifs de Mme D, que pour la première période du 3 juillet 2017 au 30 septembre 2017, sa ponctualité est qualifiée d'excellente, la discrétion dans sa tenue, son sens de l'intérêt collectif et la communication avec la hiérarchie et les collègues sont appréciées comme " très bien ", tandis que les autres items de la fiche sont renseignés en " bien ". Son évaluateur souligne alors qu'elle fait preuve de " beaucoup de motivation ", qu'elle est " impliquée et volontaire ". La fiche rédigée pour la période du 1er janvier au 30 juin 2019 comporte davantage d'items qualifiés en " très bien ", à savoir sa curiosité intellectuelle, le sens de l'intérêt collectif et l'ensemble des items relatifs à la communication. L'appréciation littérale souligne qu'elle a sollicité des formations, qu'elle est soucieuse du confort de la personne, qu'elle est investie dans le service en tant que référente hygiène et blanchisserie, qu'elle sait travailler en collaboration avec l'infirmière, tout en notant qu'elle " doit veiller à travailler en trinôme au maximum ". La fiche renseignée pour la période du 1er avril au 31 mai 2020, alors qu'elle était affectée au pôle gériatrique, ne comporte plus que deux items qualifiés de " très bien ", la ponctualité et la discrétion dans la tenue, tandis que les deux items relatifs à la communication avec la hiérarchie et avec les collègues sont " améliorables ". L'appréciation de l'évaluateur met en évidence que " les relations et la communication entre Mme D, ses collègues et son encadrement se sont dégradées, entraînant une perte de confiance de part et d'autre ", et mentionne que " face à cette ambiance de travail dommageable pour la cohésion d'équipe et aux impacts possibles pour la prise en soins des patients ", il a été " envisagé de permettre à Mme D de changer de service et de pôle ". Enfin, la fiche renseignée au terme du contrat courant du 1er juin au 31 août 2020, alors que Mme D était affectée au service de chirurgie vasculaire et viscérale, ne comporte aucun item qualifié de " très bien ", et que sont qualifiés d'" améliorables " à la fois sa curiosité intellectuelle, son sens des priorités et de la décision, son sens de l'équipe et la communication avec les collègues. L'évaluateur mentionne que depuis l'intégration dans le service de chirurgie au 1er juin, Mme D a " présenté des difficultés dans l'application des protocoles (hygiène, alimentaire) qui sont encore à parfaire ". Il est précisé que pour " faire suite aux entretiens de suivi, il a été proposé à Mme D un accompagnement supplémentaire pour améliorer ses connaissances ", lequel " ne lui a pas semblé nécessaire ".
8. Par ailleurs, un échange de courriers électroniques, produit par la requérante, daté du 5 août 2019, révèle qu'à cette date, sa supérieure hiérarchique a fait état de son " comportement inadapté auprès d'une famille : elle s'est permis d'élever le ton alors qu'elle était en tort ". L'entretien d'évaluation mené le 25 septembre suivant ne comporte que des items classés en C ou en D, les deux catégories les plus basses, à l'exception des items relatifs aux règles d'hygiène et d'asepsie, à la ponctualité et à la tenue vestimentaire, classés en A. La synthèse de l'entretien énonce des " insuffisances ou défaillances " sur plusieurs critères, " auxquelles il faut ajouter les soucis d'attitude et de comportement ". L'évaluateur, soulignant que la deuxième partie de l'entretien s'est mal passée, Mme D contestant tous les arguments et " estimant qu'elle travaille bien et mieux que ses collègues ", conclut à la nécessité de réévaluer l'intéressée dans un autre service, " car l'ambiance ici est trop alourdie ".
9. Il ressort ainsi de ces évaluations successives qu'après une progression, jusqu'au premier semestre 2019, les appréciations portées sur les aptitudes de Mme D se sont dégradées. Malgré un changement d'affectation décidé au 1er juin 2020, motivé par la détérioration des relations de travail avec ses collègues et avec sa hiérarchie, et par la volonté d'éviter un impact sur la prise en soins des patients, les appréciations portées, dans son nouveau poste, sur son savoir-être et ses compétences, ont encore régressé. En outre, Mme D n'a pas accepté la proposition qui lui était faite d'un accompagnement supplémentaire pour pallier les lacunes relevées dans ses connaissances. Par suite, si, comme le soutient la requérante, la décision de non-renouvellement de son contrat n'a pas pu être motivée par les besoins du service, dès lors que l'établissement avait publié une annonce, à la date de la décision en litige, pour recruter des aides-soignantes, et s'il est constant qu'aucune procédure disciplinaire n'a été engagée à son encontre, le centre hospitalier de Mont-de-Marsan a pu légalement se fonder sur des considérations tenant à la personne de l'agent pour prendre, dans l'intérêt du service, la décision de non-renouvellement du contrat de Mme D.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme D à fin d'annulation de la décision du 2 septembre 2020 par laquelle le centre hospitalier de Mont-de-Marsan a refusé de renouveler son contrat de travail, ainsi que de la décision implicite de refus née le 31 décembre 2020 du silence gardé par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan sur son recours gracieux doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le préjudice lié au non-renouvellement du contrat :
11. Il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, que la décision du centre hospitalier de Mont-de-Marsan de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de Mme D constituerait une décision de licenciement ou serait entachée d'illégalité et revête, pour cette raison, un caractère fautif. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions indemnitaires tendant à la condamnation du centre hospitalier de Mont-de-Marsan au paiement d'une indemnité de licenciement.
En ce qui concerne le changement d'affectation :
12. Une mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.
13. Si Mme D soutient que son changement d'affectation, du pôle gériatrique au service de chirurgie, à compter du 1er juin 2020, constitue une sanction disciplinaire déguisée, il résulte de l'instruction que ce changement d'affectation a été motivé par le constat d'une dégradation des relations entre l'intéressée, ses collègues et sa hiérarchie, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 8. La circonstance que cette décision soit intervenue après la survenue d'un accident de service ayant entraîné, le 1er février 2020, le décès d'une patiente, et après la plainte d'une autre patiente, datée du 12 mars 2020, pour des faits de maltraitance, ne suffit pas à établir que ces faits auraient motivé le changement d'affectation en litige alors que, d'une part, l'auteure de la plainte a signifié ultérieurement que Mme D n'était pas en cause et que, d'autre part, malgré la convocation de Mme D à un entretien préalable à la prononciation d'une sanction, prévu le 13 mai 2020, aucune procédure disciplinaire n'a, ensuite, été ouverte à son encontre, compte tenu, notamment, du rapport circonstancié du 3 février 2020 du cadre de santé relatif au décès par fausse route d'une patiente. Par suite, le changement d'affectation doit être regardé comme n'ayant été motivé que par la nécessité de mettre fin à la situation conflictuelle qui s'était installée au sein de l'équipe à laquelle appartenait alors l'intéressée. En outre, cette décision n'a pas porté atteinte à la situation professionnelle de Mme D, toujours affectée à des fonctions correspondant au grade d'aide-soignante. Dans ces conditions, alors même que ce changement d'affectation a eu pour conséquence de mettre fin au versement de la prime de grand âge servie à l'intéressée à raison de ses fonctions au pôle gériatrique, cette décision ne peut être regardée comme une sanction disciplinaire déguisée, et n'avait pas à être prise dans les formes d'une procédure disciplinaire.
14. Il résulte de ce qui précède que le changement d'affectation de Mme D ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée et ne présente de ce fait aucun caractère fautif. Par suite, ses conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice financier qui en découle doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'allégation d'une promesse de recrutement en contrat à durée indéterminée :
15. Une promesse non tenue, constituée par un engagement ferme, précis et inconditionnel, fut-il illégal, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la personne publique qui l'a commise, pour autant que cette faute ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain. Si la responsabilité de l'administration est susceptible d'être retenue en cas de promesse non tenue, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.
16. Mme D soutient que le centre hospitalier n'a pas tenu sa promesse de la recruter en contrat à durée indéterminée à compter du 1er juillet 2019, ce qui est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité. Elle produit à l'appui de cette affirmation un courrier daté du 17 juin 2019. Le centre hospitalier fait valoir en défense que ce courrier, non signé, est un faux.
17. Il résulte de l'instruction qu'au cours de l'année 2019, le centre hospitalier a envisagé de proposer à Mme D un contrat à durée indéterminée (CDI). Toutefois, le 5 août 2019, la cadre de santé de son service a demandé que son passage en CDI soit reporté. Lors de l'entretien réalisé en septembre suivant, la même cadre de santé se déclarait " défavorable pour le moment " au passage en CDI. Par ailleurs, des échanges de courriers électroniques entre la directrice des soins et la cellule effectifs de la direction des ressources humaines, datés du 24 mars 2020, mettent en évidence qu'à cette date, seul le renouvellement de contrat à durée déterminée de l'intéressée était envisagé.
18. De plus, alors que tous les courriers à l'en-tête du centre hospitalier produits à l'instance comportent la signature manuscrite de leur auteur accompagnée d'un tampon de l'établissement, seul celui daté du 17 juin 2019, présenté par Mme D comme une promesse de recrutement en CDI, ne comporte la mention ni du nom, ni de la qualité du signataire et n'est revêtu d'aucune signature. Ces circonstances ne permettent pas de lui reconnaître une quelconque force probante. En outre, les échanges relevés en août et septembre 2019 puis en mars 2020 établissent qu'aucune proposition ferme et définitive de contrat à durée indéterminée n'a été faite à Mme D, quand bien même cela a été envisagé. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme établissant l'existence d'un engagement ferme, précis et inconditionnel qui n'aurait pas été tenu. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation du préjudice qui résulterait du comportement fautif du centre hospitalier de Mont-de-Marsan à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'existence d'une situation de harcèlement moral :
19. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements (). Les dispositions du présent article sont applicables aux agents non titulaires de droit public ".
20. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
21. Mme D soutient qu'elle a subi, à deux reprises, des accusations extrêmement graves et infondées. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 13, elle n'a pas été sanctionnée pour les faits en cause, qui n'ont pas motivé son changement d'affectation. Par ailleurs, si elle allègue faire l'objet d'accusations de la part de ses collègues et de sa hiérarchie, il résulte de l'instruction, et notamment de l'entretien mené le 25 septembre 2019, qu'elle " n'accepte pas les conseils/remarques de ses pairs " et " ne se remet pas en question ". À cette date, elle se plaignait déjà de l'attitude de ses collègues à son encontre, tout en revendiquant d'être " indépendante et autonome ", ce qui lui est reproché. Ces divers éléments ne suffisent pas à établir que les reproches faits à Mme D seraient constitutifs d'une attitude discriminatoire et d'un harcèlement moral. Par suite, elle n'apporte pas de preuves susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral et d'un traitement vexatoire de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à la réparation d'un préjudice résultant d'un harcèlement moral doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier de Mont-de-Marsan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre de ces dispositions. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Mont-de-Marsan et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Mme D versera au centre hospitalier de Mont-de-Marsan une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au centre hospitalier de Mont-de-Marsan.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
A. CLa présidente,
Signé
M. A
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026