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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100308

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100308

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLARROUY-CASTERA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 10 février 2021, 16 avril 2021, 22 juin 2021, 17 août 2021 et 28 octobre 2021, l'association France nature environnement Hautes-Pyrénées (FNE-65), l'association pour la protection de Trie et ses environs, Mme B A et Mme D C, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2020 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a annulé et remplacé les prescriptions contenues dans l'arrêté du 28 novembre 2017 par lequel cette même autorité a délivré à la société Agrogaz des pays de Trie une autorisation unique de construire et d'exploiter une installation de méthanisation au lieu-dit Manas, dans la commune de Fontrailles, ensemble la décision du 23 décembre 2020 par laquelle le recours gracieux formé par l'association contre cet arrêté a été rejeté ;

2°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elles soutiennent que :

- elles justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- leur requête n'est pas tardive dès lors qu'elles ont formé un recours gracieux le 8 décembre 2020, par lettre recommandée avec accusé de réception ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 122-1, R. 181-46 I°, R. 122-2 et L. 122-4 du code de l'environnement dès lors qu'il n'a été précédé ni d'une étude d'impact ni d'une évaluation environnementale ;

- en outre, l'avis de l'office français de la biodiversité n'a pas été recueilli ;

- le dossier soumis à enquête publique était incomplet ;

- il a méconnu la directive 2001/42/CE dès lors que le public n'a pas été suffisamment informé du projet ;

- l'arrêté attaqué est, par ailleurs, insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué aurait dû être pris conjointement par le préfet des Hautes-Pyrénées et par le préfet du Gers dès lors qu'il implique la création et l'enfouissement d'une canalisation d'une longueur de trente kilomètres pour l'injection du biométhane et que cette canalisation se trouve à la fois dans le département du Gers et dans celui des Hautes-Pyrénées ;

- il est illégal du fait de l'illégalité de la délibération du 15 janvier 2016 du conseil communautaire de la CCPT relative à la cession du terrain d'assiette du projet qui fait l'objet d'une enquête pénale ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 155-1 et R. 122-2 du code de l'environnement dès lors que la distribution du biométhane via la canalisation aurait dû faire l'objet d'une convention spécifique ;

- il est illégal dès lors qu'il ne prévoit pas de prescriptions relatives à l'hygiénisation des sous-produits animaux ni d'agrément sanitaire ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 255-1 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'il ne prévoit pas de plan d'épandage conforme à la législation en vigueur dans le cadre de l'enquête publique et de documents cartographiques relatifs au plan d'épandage de substitution ; le plan d'épandage de substitution n'est pas conforme à l'arrêté ministériel du 10 novembre 2009 portant sur les installations de méthanisation soumises à autorisation ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 181-3 du code de l'environnement dès lors qu'il ne comporte pas de mesures propres à assurer la prévention des dangers présentés par la méconnaissance des sols et l'assiette du projet ;

- le bilan carbone du projet est inexact ;

- enfin, l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 211-1 du code de l'environnement et l'article 30 de l'arrêté ministériel du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, en l'absence de prescriptions et de dispositions interdépartementales pour la protection de la Baïse.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 18 mai 2021, 20 juillet 2021 et 21 septembre 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il précise que :

- la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 17 septembre 2021 et 21 décembre 2021, la société Agrogaz des pays de Trie, représentée par Me Larrouy-Castéra, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et demande au tribunal de mettre à la charge des requérantes une somme de 4 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle précise que :

- les requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- leur requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 11 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Larrouy-Castéra, représentant la société Agrogaz des pays de Trie.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 28 novembre 2017, le préfet des Hautes-Pyrénées a délivré à la société Agrogaz des pays de Trie une autorisation unique de construire et d'exploiter une installation de méthanisation au lieu-dit Manas, dans la commune de Fontrailles. Par un arrêté du 11 août 2020, le préfet des Hautes-Pyrénées a modifié cette autorisation d'exploitation. Le recours gracieux formé contre cet arrêté par l'association FNE-65 a été rejeté par une décision du 23 décembre 2020 et, par leur requête, les requérantes demandent au tribunal d'annuler ces décisions du 11 août et du 23 décembre 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 181-12 du code de l'environnement : " L'autorisation environnementale fixe les prescriptions nécessaires au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4. ". Aux termes de celles de l'article R. 181-50 du même code : " Les décisions mentionnées aux articles L. 181-12 à L. 181-15-1 peuvent être déférées à la juridiction administrative : () 2° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3, dans un délai de quatre mois à compter de : a) L'affichage en mairie dans les conditions prévues au 2° de l'article R. 181-44 ; b) La publication de la décision sur le site internet de la préfecture prévue au 4° du même article. Le délai court à compter de la dernière formalité accomplie. Si l'affichage constitue cette dernière formalité, le délai court à compter du premier jour d'affichage de la décision. Les décisions mentionnées au premier alinéa peuvent faire l'objet d'un recours gracieux ou hiérarchique dans le délai de deux mois. Ce recours administratif prolonge de deux mois les délais mentionnés aux 1° et 2°. " Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 181-44 de ce code : " En vue de l'information des tiers :1° Une copie de l'arrêté d'autorisation environnementale ou de l'arrêté de refus est déposée à la mairie de la commune d'implantation du projet et peut y être consultée ; 2° Un extrait de ces arrêtés est affiché à la mairie de la commune d'implantation du projet pendant une durée minimum d'un mois ; procès-verbal de l'accomplissement de cette formalité est dressé par les soins du maire ; 3° L'arrêté est adressé à chaque conseil municipal et aux autres autorités locales ayant été consultées en application de l'article R. 181-38 ; 4° L'arrêté est publié sur le site internet des services de l'Etat dans le département où il a été délivré, pendant une durée minimale de quatre mois. L'information des tiers s'effectue dans le respect du secret de la défense nationale, du secret industriel et de tout secret protégé par la loi. "

3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 11 août 2020 en litige, qui mentionne les voies et délais de recours, a été affiché en mairie de Fontrailles le 19 août 2020 pendant une durée minimum d'un mois, et publié sur le site internet de la préfecture des Hautes-Pyrénées à compter du 11 septembre 2020 et pendant une durée minimale de quatre mois. Ainsi, un délai de recours contentieux de quatre mois était ouvert aux tiers, en application des dispositions précitées de l'article R. 181-50 du code de l'environnement, à compter de la dernière formalité accomplie soit, le 11 septembre 2020.

4. Si les requérantes ont formé, par courrier en date du 8 décembre 2020, un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté en litige, contrairement à ce qu'elles soutiennent, ce recours administratif n'a pas pu proroger le délai de recours contentieux d'une durée de deux mois, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions précitées du code de l'environnement, ce recours gracieux n'a pas été introduit dans le délai de deux mois mentionné par ces mêmes dispositions. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le préfet des Hautes-Pyrénées et par la société Agrogaz des pays de Trie, doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de l'association FNE-65 et autres, doivent être rejetées.

Sur les dépens :

6. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par les requérantes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État et la société Agrogaz des pays de Trie, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent aux requérantes une somme au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces dernières une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Agrogaz des pays de Trie et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association France nature environnement Hautes-Pyrénées et autres est rejetée.

Article 2 : L'association France nature environnement Hautes-Pyrénées, l'association pour la protection de Trie et ses environs, Mme B A et Mme D C verseront à la société Agrogaz des pays de Trie une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association France nature environnement Hautes-Pyrénées, à l'association pour la protection de Trie et ses environs, à Mme B A, à Mme D C, à la société Agrogaz des pays de Trie, à la commune de Fontrailles et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller.

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. PORTES

La présidente,

signé

S. PERDU La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

P. SANTERRE

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