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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100780

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100780

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAZIRE-BOULOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 mars 2021 et le 22 février 2022, la Copropriété de navire La Cangue, représentée par Me Boulouard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle Aquitaine (CRPMEM NA) a rejeté sa demande d'attribution d'une licence céphalopodes aux arts traînants pour la campagne de pêche 2021, ensemble la décision du 2 février 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du CRPMEM NA la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- concernant les fins de non-recevoir opposées en défense, elle ne sollicite l'annulation que de la décision du CRPMEM NA lui ayant refusé la délivrance de la licence en litige, à titre principal, par la voie de l'exception d'illégalité des délibérations du CRPMEM NA et des arrêtés préfectoraux les rendant obligatoires, exception d'illégalité parfaitement recevable puisque fondée sur des moyens de légalité interne et de vices de compétence, ceci en conformité avec la décision de principe du Conseil d'Etat du 18 mai 2018 sur cette question ; elle ne sollicite l'annulation ni des délibérations du CRPMEM NA, ni des arrêtés préfectoraux correspondants ; les fins de non-recevoir sont, dès lors, inopérantes ;

- la décision attaquée manque de base légale dans la mesure où les deux décisions dont elle porte application, à savoir la délibération du CRPMEM NA du 26 juin 2018 n° 2018-B27 rendue obligatoire par l'arrêté du préfet de région Nouvelle Aquitaine du 28 août 2018, sont illégales ;

- la délibération du CRPMEM NA n° 2018-B27 est illégale pour incompétence de l'auteur de l'acte, détournement de pouvoir et erreurs de droit ;

- sauf à justifier d'une délégation spécifique et régulière, la délibération du CRPMEM NA n° 2018-B27, adoptée par le bureau du CRPMEM NA, l'a nécessairement été par un organe incompétent dans la mesure où le pouvoir de délibération dans les domaines en litige appartient en principe au conseil du CRPMEM NA en application de l'article R. 912-31 du code rural et de la pêche maritime ; le conseil du CRPMEM NA n'a pas délégué à son bureau la possibilité de prendre des mesures d'ordre et de précaution destinées à organiser la cohabitation entre métiers mais seulement la possibilité d'adopter des délibérations relatives à la gestion de la ressource, incluant l'attribution des licences ; or, la délibération n° 2018-B27 porte ce double objectif de gestion de la ressource et d'organisation de la cohabitation entre arts dormants et arts traînants ;

- en mettant en œuvre, de façon détournée, le principe jugé illégal d'interdiction de la pratique de la senne danoise et écossaise dans les eaux du CRPMEM NA, et par transposition de la solution apportée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2019, la délibération du CRPMEM NA n° 2018-B27 est entachée d'illégalité pour erreur de droit et détournement de pouvoir, entraînant dès lors la nullité de la décision de refus de licence pour la campagne 2021 qui lui a été opposée ; cette délibération exclut, tout comme la délibération n° 2013-19 jugée illégale, la senne danoise et écossaise de la définition des arts traînants autorisés et pris en compte pour les antériorités, alors même qu'aucune interdiction de ces modes de pêche n'est en vigueur pour la campagne de pêche 2021 en conséquence des jugements du tribunal administratif de Poitiers du 12 mai 2016 et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 27 octobre 2017 ; les délibérations relatives aux attributions de licence ne font que décliner le principe d'interdiction de l'usage de la senne danoise et écossaise dans les eaux du CRPMEM NA définie par la délibération n° 2018-B27 et c'est bien en ce sens qu'elles sont interdépendantes ; ainsi, les délibérations relatives à l'attribution de licences perdent leur légalité du fait de l'illégalité de la délibération " mère " n° 2018-B27 ;

- la délibération du CRPMEM NA n° 2018-B27 méconnaît les dispositions de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime en ne prenant pas en compte les trois critères cumulatifs posés par cet article dans l'établissement des règles d'attribution et de délivrance des autorisations de pêche aux céphalopodes ; un simple rappel en préambule d'une délibération de la nécessité de gérer durablement la ressource et d'une organisation collégiale, équitable et durable ne permet pas d'estimer que les critères d'orientation du marché et des équilibres économiques ont été pris en considération ainsi que l'a jugé la cour administrative d'appel de Nantes dans ses deux arrêts du 10 janvier 2020 ;

- l'arrêté du préfet de région du 28 août 2018 est illégal pour vice d'incompétence ; l'arrêté est signé par subdélégation par le directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique alors que l'arrêté de délégation de signature du directeur interrégional de la mer Sud-Atlantique réserve expressément à sa signature l'approbation des délibérations ; le directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique n'était donc pas compétent pour signer l'arrêté du 28 août 2018 au nom du préfet de région ; il n'est en outre pas justifié de la publication au recueil des actes administratifs de la préfecture de région Nouvelle Aquitaine de l'arrêté de subdélégation ; l'illégalité de l'arrêté du préfet de région Nouvelle Aquitaine fait ainsi perdre toute force obligatoire à la délibération n° 2018-B27 et rend illégale la décision attaquée de refus de licence prise sur son fondement ; dans son mémoire en défense, le CRPMEM NA ne répond pas au moyen tiré du fait que le directeur interrégional de la mer Sud-Atlantique s'est expressément réservé l'approbation des délibérations des comités régionaux des pêches et n'a donc pas délégué celle-ci au signataire de l'arrêté litigieux ;

- à titre subsidiaire, la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence et de procédure ; aux termes des dispositions de l'article L. 912-4 II du code rural et de la pêche maritime, le conseil du CRPMEM NA est le seul organe ayant la capacité de prendre des décisions et c'est à lui qu'il appartenait de se prononcer sur sa demande ; en l'absence de délibération du bureau du CRPMEM NA décidant du refus d'octroi de licences à la Copropriété de navire La Cangue, la procédure ne peut qu'être irrégulière ; en réponse à ce moyen, le CRPMEM NA ne produit pas la délibération de son bureau ayant statué sur la demande de licence de la Copropriété de navire La Cangue mais uniquement une délibération en date du 11 décembre 2020 approuvant la liste des détenteurs des licences 2021 ; cette seule approbation de la liste des détenteurs de licence est insuffisante à justifier de l'examen de sa demande de licences et des raisons de ce rejet ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'absence de justificatif d'antériorités de captures, sur une prétendue nouvelle demande en diversification et sur une prétendue atteinte du contingent de licences ; sa demande de licence aux céphalopodes devait s'analyser en une demande de première installation et non de diversification dans la mesure où la Copropriété de navire La Cangue, constituée le 31 décembre 2019 et qui exploite le navire en son nom depuis janvier 2020, est bien la personne morale armateur du navire ; le CRPMEM NA fait une mauvaise lecture de la licence de pêche communautaire du navire La Cangue qui mentionne en premier lieu M. B comme copropriétaire gérant puis l'ACAV ; le CRPMEM NA confond en outre la notion d'armateur pour le compte de qui la licence est demandée et servant à qualifier la nature de sa demande (première installation - diversification - renouvellement) et la notion de titulaire de la licence une fois celle-ci accordée ; elle n'est en aucun cas dans une situation de diversifier son activité puisqu'il s'agit au contraire de commencer celle-ci ; s'agissant d'une copropriété nouvellement constituée, elle ne pouvait évidemment pas justifier d'antériorités de captures dans la zone de pêche concernée si bien que le fait de lui opposer une absence d'antériorité pour refuser l'octroi de la licence de pêche crée à son encontre une rupture d'égalité totalement injustifiée alors même qu'il est établi qu'au moins trois nouvelles licences ont été attribuées en 2020 à des navires sans aucune antériorité.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 17 janvier, 14 juin et 1er juillet 2022, le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle Aquitaine, représenté par Me Labarthette, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il oppose deux fins de non-recevoir des conclusions en annulation de l'arrêté du 26 août 2018 rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27 tirées d'une part, de la tardiveté de ces conclusions présentées après l'expiration du délai de recours contre cet arrêté par la voie d'action et d'autre part, de l'absence de motifs fondés à remettre en cause par, la voie de l'exception d'illégalité, cet arrêté et de la forclusion en découlant.

Il fait valoir que :

- l'article R. 912-31 du code rural et de la pêche maritime lui permet de déléguer des compétences à son bureau ; en se fondant sur cet article, il a, le 28 avril 2017, par le biais d'une délibération n° 2017-01, délégué à son bureau les compétences d'adoption de délibérations relatives à la gestion de la ressource, y compris l'attribution des licences ; en application de la délibération n° 2017-01, son bureau était compétent pour adopter la délibération n° 2018-B27, laquelle concerne l'attribution des licences et contribue à la gestion de la ressource halieutique via des mesures techniques et l'attribution de licences ; son bureau était également compétent, sur le même fondement, pour rejeter la demande de licences de la requérante ; il produit la délibération par laquelle son bureau a décidé du refus des licences sollicitées par la Copropriété de navire La Cangue ;

- l'arrêté préfectoral du 28 août 2018 a été pris par une autorité compétente ;

- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2019 ne justifie aucunement l'annulation de sa décision du 16 décembre 2020 ayant refusé à la Copropriété de navire La Cangue l'attribution de la licence demandée dans la mesure où dans cet arrêt, la Cour a annulé une décision du CRPMEM du 10 décembre 2014 de refus d'octroi de la licence en question pour défaut de justificatif d'antériorité de capture avec des engins autorisés, c'est-à-dire hors sennes danoise et écossaise, alors qu'en l'espèce le refus d'octroi des licences est également justifié par le défaut de demande en diversification de l'armateur personne morale, à savoir l'ACAV ;

- la demanderesse opère une mauvaise lecture de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 décembre 2019, lequel relève l'interdépendance qui unissait deux délibérations dès lors qu'il était opéré un renvoi entre elles alors que les délibérations n° 2013-21 et n° 2018-B27 ne sont aucunement interdépendantes ;

- la délibération n° 2018-B27 ne conduit pas à l'exclusion totale de cet engin de pêche que sont les sennes danoises et écossaises dans la mesure où les navires armés à la senne danoise ou écossaise, dès lors qu'ils capturent moins de 500 kg de céphalopodes par marée, ne sont pas soumis à l'obligation de détention de ladite licence et peuvent donc accéder librement à la zone ; le moyen tiré de l'erreur de droit et celui du détournement de pouvoir doivent être écartés ;

- comme l'a relevé le tribunal administratif de Bordeaux le 22 septembre 2021, la délibération n° 2018-B28 qui est une délibération différente de celle attaquée dans le cadre du présent recours, à savoir la délibération n° 2018-B27, qui annule et remplace la délibération n° 2013-19 du 13 septembre 2013 et qui ne renvoie pas à la délibération n° 2013-21 du 13 septembre 2013, se borne à préciser en ses articles 2 et 5 que les arts traînants autorisés, limitativement énumérés, pour les navires de plus de 25 mètres hors tout et ceux, quelle que soit leur longueur, d'une puissance motrice supérieure ou égale à 400 kW, sont soumis à la détention d'une licence par année civile pour pêcher dans les eaux maritimes du ressort du CRPMEM NA ; le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté ;

- la délibération n° 2018-B27 tient compte des trois critères posés par les dispositions de l'article L.921-2 du code rural et de la pêche maritime ;

- l'armateur est défini comme le ou les propriétaires du navire par l'article R. 5411-1 du code des transports et comme l'exploitant du navire par ses délibérations ; c'est donc à raison qu'il a considéré l'ACAV comme armateur du navire au regard de ces dispositions ; l'ACAV étant déjà l'armateur d'autres navires, sa demande est bien une nouvelle demande de diversification et non une première demande ; l'article 3 de la délibération n° 2018-B27 prévoit que la licence est attribuée à l'armateur pour l'exploitation d'un navire donné et qu'en cas de co-exploitation du navire à égalité des parts, les co-exploitants devront désigner le titulaire de la licence ; M. B a été désigné en qualité de titulaire de la licence et il ne pouvait être considéré comme primo installant au vu de son activité ;

- il était fondé à demander à la requérante de présenter des justificatifs d'antériorité ; l'absence de fourniture de ces justificatifs légitime le refus opposé par le CRPMEM NA ;

- il verse aux débats deux délibérations permettant de justifier de l'atteinte du contingent ;

- la Copropriété de navire de La Cangue soutient que le refus d'attribution des licences entraînerait une rupture d'égalité, sans démontrer que sa situation était strictement identique à celle des autres demandeurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2022, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle oppose deux fins de non-recevoir des conclusions en annulation de l'arrêté du 26 août 2018 rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27 tirées d'une part, de la tardiveté de ces conclusions présentées après l'expiration du délai de recours contre cet arrêté par la voie d'action et d'autre part, de l'absence de motifs fondés à remettre en cause, par la voie de l'exception d'illégalité, cet arrêté et de la forclusion en découlant.

Elle fait valoir que :

- en tirant sa compétence de la délibération n° 2017-01 du CRPMEM NA, son bureau était compétent à adopter la délibération n° 2018-B27 ;

- la délibération n° 2018-B27 n'est aucunement interdépendante avec la délibération n° 2013-21 du 13 septembre 2013 du CRPMEM portant réglementation de l'usage de la senne danoise et de la senne écossaise dans les eaux de son ressort, dont l'arrêté du préfet de la région Aquitaine du 18 septembre 2013 rendant cette délibération obligatoire a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux ; la requérante n'est pas fondée non plus à se prévaloir de cet arrêt pour demander l'annulation de la décision de rejet de sa demande de licence dans la mesure où la cour a annulé une décision du CRPMEM NA de refus d'octroi d'une licence 25 mètres " hors tout " et 400 kw fondée sur le défaut de justificatifs d'antériorité de captures avec des engins autorisés, c'est-à-dire hors sennes danoise et écossaise alors que le refus d'octroi de la licence en litige est justifié par le défaut de demande en diversification de l'armateur ;

- la délibération n° 2018-B27 ne conduit pas à une exclusion totale de la senne danoise ou écossaise dans la mesure où dès lors qu'un navire, armé ou pas à la senne danoise ou écossaise, conserve à bord, transborde ou débarque moins de 500 kg de céphalopodes ou s'il est d'une longueur inférieure à douze mètres et armé en petite pêche, il n'est pas soumis à l'obligation de détention de la licence de céphalopodes aux arts traînants ; il en va de même de la délibération n° 2018-B28 puisque dès lors qu'un navire, armé ou pas à la senne danoise ou écossaise, a une longueur inférieure à vingt-mètres " hors tout " ou a une puissance motrice inférieure à 40 kw, quelle que soit sa longueur, il n'est pas soumis à l'obligation de détention de licence dite 25 mètres hors tout et 400 kw ; le détournement de pouvoir invoqué par la requérante n'est pas fondé ;

- la requérante ne justifie pas de la soi-disant non-application de l'article L. 921-1 du code rural et de la pêche maritime autrement qu'en affirmant sa violation au regard des critères énoncés par cet article ; en l'absence d'éléments montrant la non-application de cet article, ce moyen sera écarté ;

- l'arrêté préfectoral du 28 août 2018 a été pris par une autorité compétente.

Par ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le CRPMEM NA a adopté, le 29 juin 2018, d'une part, la délibération n° 2018-B27 relative à la création d'une licence de pêche des céphalopodes aux arts traînants et fixant les conditions de son attribution, et d'autre part, la délibération n° 2018-B28 relative à la fixation des modalités d'attribution de la licence encadrant la longueur et la puissance des navires pratiquant la pêche aux arts traînants dite " 25m hors-tout et 400 kW ". Ces deux délibérations ont été rendues obligatoires respectivement par deux arrêtés du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine du 28 août 2018. La Copropriété de navire La Cangue, constituée par l'Armement Coopératif Artisanal Vendéen (ACAV) et par M. A B, exploitante du navire La Cangue, chalutier construit en 1989, a sollicité auprès du CRPMEM NA la délivrance de la licence de pêche des céphalopodes aux arts traînants pour la campagne de pêche 2021. Par décision du 16 décembre 2020, le CRPMEM NA a rejeté sa demande. Par courrier du 5 janvier 2021, l'ACAV a présenté un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par décision du 2 février 2021 du CRPMEM NA. Cette décision a été contestée par courrier du 11 février 2021 de l'ACAV, resté sans réponse. La Copropriété de navire La Cangue demande au tribunal d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle le CRPMEM NA a rejeté sa demande de licence, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Il ne ressort pas des conclusions de la Copropriété de navire La Cangue que la requérante demande l'annulation de l'arrêté préfectoral rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir les fins de non-recevoir opposées en défense tirées de la tardiveté des conclusions en annulation de l'arrêté du 26 août 2018 rendant obligatoire la délibération n° 2018-B27.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les exceptions d'illégalités soulevées :

3. Si, dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

4. La Copropriété de navire La Cangue critique, par la voie de l'exception d'illégalité, la délibération n° 2018-B27 et l'arrêté préfectoral du 28 août 2018 l'ayant rendu obligatoire, sur le fondement desquels la décision de refus de licence lui a été opposée, en soulevant des moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'erreurs de droit et de détournement de pouvoir.

S'agissant de la délibération n° 2018-B27 :

Quant à la compétence de l'auteur de l'acte

5. Aux termes de l'article R. 912-27 du code rural et de la pêche maritime : " Le conseil du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins peut, par délibération adoptée à la majorité de ses membres, déléguer au bureau les pouvoirs qui relèvent de sa compétence, à l'exception des délibérations relatives au budget, à l'approbation des comptes annuels, aux cotisations professionnelles obligatoires, à la création des antennes locales et aux actes qui engagent le patrimoine immobilier du comité. ". Aux termes de l'article R. 912-33 du même code : " Les délibérations d'un comité régional des pêches maritimes et des élevages marins fixant le montant des cotisations professionnelles prévues à l'article L. 912-16 font l'objet d'un avis publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région dans laquelle le comité a son siège. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération n° 2017-01 du 28 avril 2017, le conseil du CRPMEM NA a délégué au bureau " l'adoption des délibérations relatives à la gestion de la ressource y compris l'attribution des licences ". Dès lors, la délibération n° 2018-B27, laquelle soumet l'exercice de la pêche maritime professionnelle à la détention d'une licence dans les conditions qu'elle définit, entre dans le champ de la délégation consentie au bureau du CRPMEM NA, elle-même conforme aux dispositions précitées de l'article R. 912-27 du code rural et de la pêche maritime. En outre, il ne ressort pas des dispositions du code rural et de la pêche maritime, ni de celles du code des relations entre le public et l'administration ou de tout autre texte, qu'une délibération d'un CRPMEM ayant pour objet une délégation de compétence doive être publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région dans laquelle le comité a son siège, contrairement aux délibérations mentionnées par l'article R. 912-33 du code rural et de la pêche maritime précité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la délibération n° 2018-B27, alors même qu'elle peut également poursuivre un objectif de cohabitation entre les différents types de pêche, doit être écarté.

Quant à l'exclusion des navires armés à la senne danoise ou écossaise

7. D'une part, si la Copropriété de navire La Cangue soutient que la délibération contestée interdit illégalement la délivrance de licences aux navires armés à la senne danoise ou écossaise, ainsi qu'il ressort de son article 5 qui définit la liste des arts traînants autorisés, cette illégalité, à la supposer établie, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité du refus opposé à la demande de la requérante, qui n'est pas fondé sur la nature des arts traînants autorisés.

8. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération n° 2018- B27 ait été inspirée par la volonté du CRPMEM NA d'exclure de sa zone maritime les navires armés à la senne danoise ou écossaise. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

Quant à la méconnaissance de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime

9. Aux termes de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime : " Les autorisations mentionnées à l'article L. 921-1 sont délivrées par l'autorité administrative ou sous son contrôle, pour une durée déterminée, en tenant compte des trois critères suivants : l'antériorité des producteurs ; les orientations du marché ; les équilibres économiques. () ".

10. Aux termes de l'article 4 de la délibération n° 2018-B27 : " contingent de licence : 4.1 Le nombre maximal de licences " céphalopodes aux arts traînants " est égal au nombre de licences attribuées pour la campagne de pêche 2012 au 31 décembre 2012. 4.2 Une délibération relative au contingent fixe le nombre de licence chaque année. 4.3 Le contingent ne pourra pas être supérieur au nombre de licences attribuées lors de la campagne de pêche de l'année civile précédente. ". Aux termes de l'article 6 de la même délibération : " conditions d'éligibilité () 6.2 Pour les nouvelles demandes : avoir capturé 1000 kg de céphalopodes, au cours de l'une de des quatre années 2007, 2008, 2009 ou 2010, dans au moins un des rectangles statistiques suivants : 15 E8, 16 E8, 17 E8, 18 E8 et 19 E8 aux arts traînants cités à l'article 5 () ".

11. Il ressort des termes de la délibération n° 2018-B27 qu'elle vise à " disposer de tous les outils adaptés à une gestion rationnelle, durable et responsable des stocks de céphalopodes () et pour permettre la cohabitation entre arts dormants et arts traînants dans les douze miles ". A cet effet, ses articles 4 et 6, cités au point précédent, définissent respectivement un contingentement de licences et parmi les conditions d'éligibilité, des conditions d'antériorité de captures. Ainsi, il ne ressort pas des termes de cette délibération qu'elle ne prendrait pas en compte les critères fixés par l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime précité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette délibération méconnaitrait cet article.

S'agissant de l'arrêté du préfet de région du 28 août 2018 :

12. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 12 décembre 2017 portant délégation de signature du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine au directeur interrégional de la mer Sud-Atlantique, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la région Nouvelle-Aquitaine du 13 décembre 2017, délégation de signature est donnée à M. C pour signer l'approbation des délibérations du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins, en vue de les rendre obligatoires par arrêté préfectoral. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 20 décembre 2017 portant subdélégation de signature de M. C aux chefs de service de la direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique : " Il est donné subdélégation de signature à M. A D, directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique pour l'ensemble de la direction, lorsque le directeur est empêché. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. D, directeur interrégional adjoint de la mer Sud-Atlantique, signataire de l'arrêté du 28 août 2018, bénéficiait d'une délégation de signature régulière en vertu des dispositions de l'article précité de l'arrêté du 20 décembre 2017 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la région Nouvelle-Aquitaine. Dès lors qu'il est constant que M. C était en congés à la date de signature de l'arrêté le 28 août 2018, M. D, directeur interrégional adjoint était compétent pour signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délivrer la licence de pêche sollicitée au titre de la campagne de pêche 2021 :

S'agissant de la compétence de l'auteur de l'acte :

14. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le bureau du CRPMEM NA était compétent en matière d'attribution des licences, le moyen tiré de ce que la demande de licence en litige aurait été incompétemment examinée par le bureau du CRPMEM NA et non par son conseil, ne peut qu'être écarté.

S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation :

15. Il ressort des termes de la décision attaquée du 16 décembre 2020 que la licence céphalopodes aux arts traînants a été refusée en l'absence de justificatif d'antériorité de capture en application de l'article 6 de la délibération n° 2018-B27, au motif que la nouvelle demande était injustifiée en méconnaissance des articles 8 et 9 de la délibération n° 2018-B27 et en raison de l'atteinte du contingent en application des délibérations n° 2020-B34 et n° 2018-B27.

Quant à la nature de la demande

16. Aux termes de l'article premier de la délibération n° 2018-B27 : " 1.1. Armateurs. Entendre : personne physique ou morale qui exploite le navire en son nom, qu'il soit ou non le propriétaire. ". Aux termes de l'article 3 de la même délibération : " Titulaire de la licence " Céphalopodes aux arts traînants ". La licence est attribuée à un armateur pour l'exploitation d'un navire donné. En cas de co-exploitation d'un navire donné, sous forme sociétale ou pas, le titulaire de la licence est celui qui détient le nombre de parts le plus important. / En cas de co-exploitation du navire à égalité de parts ou de société, les co-exploitants devront désigner le titulaire de la licence. ". Aux termes de l'article 8.1 de la même délibération : " Est considérée comme une première installation, la demande présentée par un nouvel armateur qui exploite pour la première fois un navire dont il a fait l'acquisition entre la date de validité de licence de la campagne précédente et celle de la campagne suivante. / Est considérée comme nouvelle demande, la demande de licence présentée par un armateur souhaitant diversifier son activité durant la campagne de pêche pour laquelle il fait une demande. Cette demande doit être dûment justifiée par des éléments chiffrés. ".

17. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la convention de Copropriété de navire La Cangue, que les parts dans la copropriété sont partagées entre l'ACAV et M. B à hauteur de 50 % chacun. Il ressort également des pièces du dossier que le détenteur de la licence de pêche communautaire du 1er janvier 2020 est la " copropriété La Cangue (B A 50 % - ACAV 50 %) ". Cependant, la copropriété de navire La Cangue ayant été constituée le 30 novembre 2019, la demande présentée par la requérante au titre de la campagne de pêche 2021 ne pouvait être, dès lors, regardée comme une première installation au sens de l'article 8.1 de la délibération n° 2018-B27. En outre, l'ACAV, armateur d'autres navires, n'est pas un nouvel armateur au sens des dispositions précitées de l'article 8.1 de la même délibération. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le CRPMEM NA a considéré sa demande comme une nouvelle demande au titre de la diversification d'un armateur existant, et non comme une demande de première installation.

18. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 921-2 du code rural et de la pêche maritime que le CRPMEM NA pouvait, y compris pour toute nouvelle demande de licence, prendre en compte l'antériorité des captures dans les zones réglementées par la délibération n° 2018-B27. Dès lors, la Copropriété de navire La Cangue, dont la demande pouvait être considérée comme une nouvelle demande au titre de la diversification, ainsi qu'il a été dit au point précédent, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le CRPMEM NA a rejeté sa demande au motif qu'il n'était pas justifié de l'antériorité de captures.

19. En troisième lieu, le CRPMEM NA produit la délibération n° 2020- B34 qui fixe le contingent de licence des céphalopodes aux arts traînants de la campagne de pêche 2021 à quarante-sept ainsi que la délibération n° 2020-B41 qui dresse la liste des détenteurs de licences céphalopodes aux arts traînants pour cette campagne. Par suite, la Copropriété de navire La Cangue n'est pas fondée à soutenir que le CRPMEM NA ne justifie pas de l'atteinte des quotas de licence ou que la procédure serait viciée.

20. En quatrième et dernier lieu, la copropriété requérante produit un message électronique du 4 mai 2020, émanant du COREPEM - Antenne de La Turballe, qui indique que trois nouvelles licences céphalopodes ont été accordées à trois navires Carla Eglantine, Cintharth et Marilude et précise " Sébastien Viaud et Ludovic demandent tous les ans depuis la création de la licence et jusqu'à aujourd'hui elles étaient refusées pour absence d'antériorité. ". Toutefois, la circonstance que des licences aient pu être irrégulièrement délivrées à d'autres navires est sans incidence sur la légalité du refus opposé à la copropriété requérante, dont la demande pouvait être rejetée, ainsi qu'il a été dit précédemment, au motif qu'elle ne justifiait pas de l'antériorité de captures sur les zones en cause.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la copropriété de navire La Cangue tendant à l'annulation de la décision du 16 décembre 2020, par laquelle le CRPMEM NA a rejeté sa demande d'attribution d'une licence de pêche céphalopodes aux arts traînants pour la campagne de pêche 2021, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CRPMEM NA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la Copropriété de navire La Cangue demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la Copropriété de navire La Cangue une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CRPMEM NA et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la Copropriété de navire La Cangue est rejetée.

Article 2 : La Copropriété de navire La Cangue versera au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Copropriété de navire La Cangue, au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Nouvelle-Aquitaine, et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. CORTHIER

La présidente,

Signé

M. SELLES

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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