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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100864

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100864

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantARCAUTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2021, M. B F, représenté par Me Arcaute, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a suspendu le versement de son traitement, à compter du 28 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de l'affecter dans un emploi correspondant à son grade, compatible avec la mesure de contrôle judiciaire dont il fait l'objet, et de lui verser le traitement qui lui est dû depuis le 28 janvier 2021, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle procède de façon rétroactive à la suspension du versement de son traitement à compter du 28 janvier 2021, alors qu'elle ne lui est opposable qu'à compter de sa notification, soit le 12 février 2021 ;

- elle est, par ailleurs, entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il n'a pas été affecté sur un emploi ou des fonctions compatibles avec la mesure de contrôle judiciaire dont il faisait l'objet, l'interdisant de se livrer à l'activité de surveillant pénitentiaire, et alors qu'aucune mesure de suspension prévue par l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 n'a été prononcée à son encontre ; l'administration s'est crue, à tort, liée par la mesure de contrôle judiciaire prise par le juge des libertés et de la détention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il était en situation de compétence liée de sorte que tous les moyens soulevés sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, surveillant pénitentiaire, affecté à la maison d'arrêt de Pau depuis le 16 juillet 2018, a été placé sous contrôle judiciaire, par une ordonnance du 28 janvier 2021, du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Pau, pour des faits de violence commis à l'encontre de deux détenus, n'ayant entraîné aucune incapacité totale de travail, et a été astreint à ne pas se livrer à l'activité de surveillant pénitentiaire. Par une décision du 3 février 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a interrompu le versement de son traitement à compter du 28 janvier 2021. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'État et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense () ".

3. M. E C, qui a signé la décision attaquée a, par arrêté du 26 août 2020, été nommé sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales, au sein du service de la direction de l'administration pénitentiaire du ministère de la justice, pour une durée de deux ans, à compter du 23 septembre 2020. Cette décision a été publiée au Journal officiel du 28 août 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision du 3 février 2021 comporte, en tout état de cause, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'absence de service fait est concomitante à la décision du juge judiciaire interdisant à M. F de se livrer à l'activité de surveillant pénitentiaire, ce dernier s'étant vu notifier l'ordonnance précitée du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Pau l'informant qu'il ne pouvait plus exercer ses fonctions de surveillant. L'administration ne s'est pas estimée liée par l'engagement de poursuites pénales à l'encontre de celui-ci mais a simplement tiré les conséquences comptables de l'absence de service fait imposée par cette interdiction. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration ne peut donc qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version applicable au litige : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Par exception, l'article 30 de la même loi prévoit que : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation. () ".

7. Si l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 dispose que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut prononcer la suspension d'un fonctionnaire, en cas de faute grave, " qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun ", et que le fonctionnaire suspendu conserve son traitement jusqu'à la décision prise à son égard, qui doit intervenir dans les quatre mois, ces dispositions ne font pas obligation à l'administration de prononcer la suspension qu'elles prévoient à la suite d'une faute grave et ne l'empêchent pas d'interrompre, indépendamment de toute action disciplinaire, le versement du traitement d'un fonctionnaire pour absence de service fait, notamment en raison de l'interdiction d'exercer ses fonctions résultant d'une mesure de contrôle judiciaire.

8. M. F n'ayant pas été suspendu de ses fonctions mais était, ainsi que précisé, depuis le 28 janvier 2021, dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions professionnelles au sein des services de l'administration pénitentiaire, en raison de l'interdiction prononcée par le juge pénal en raison d'une procédure diligentée à son encontre. L'administration pouvait ainsi légalement, en application des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983, le priver de traitement pour service non fait, jusqu'à la mainlevée de cette mesure d'interdiction d'exercer ses fonctions ou jusqu'à son affectation éventuelle à un autre poste, dans un délai raisonnable et dans le respect de son statut. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. F demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

Signé : M. DLa présidente,

Signé : S. PERDU

La greffière,

Signé : M. A

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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