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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102431

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102431

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDARSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 septembre 2021 et 19 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Darson, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 8 juillet 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes des Terres de Chalosse a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal applicable sur le territoire de la communauté de communes ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette même délibération en tant qu'elle a classé en zone agricole les parcelles sises à Sort-en-Chalosse (Landes) cadastrées Section F nos 1160, 1162 et 628, et en zone naturelle une partie des parcelles sises même commune, cadastrées Section F nos 14, 15 et 17 ;

3°) et de mettre à la charge de la communauté de communes des Terres de Chalosse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que les dispositions de l'article L. 123-12 du code de l'environnement ont été méconnues du fait que la version papier du dossier d'enquête publique, mise à la disposition du public, n'était pas complète et ne comportait pas l'ensemble des pièces énumérées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement, en particulier les avis obligatoires émis par les personnes publiques consultées sur le projet ;

- la délibération a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-15 du code de l'environnement dès lors que le rapport d'enquête et les conclusions du commissaire enquêteur ont été rendus avec dix jours de retard, sans qu'il apparaisse qu'un délai supplémentaire ait été sollicité ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une nouvelle enquête publique alors que de nombreuses modifications ont été apportées au projet après l'enquête publique ;

- par ailleurs, le classement en zone agricole des parcelles cadastrées Section F nos 1160, 1162 et 628, alors que ces dernières ne présentent pas les caractéristiques d'une zone agricole au sens de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- enfin, le classement d'une partie des parcelles cadastrées Section F nos 14, 15 et 17 en zone naturelle, alors que ces dernières ne présentent pas les caractéristiques d'une zone naturelle au sens de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, est également entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, la communauté de communes des Terres de Chalosse, représentée par Me Lonné, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Darson, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 8 juillet 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes des Terres de Chalosse a approuvé le plan local d'urbanisme applicable sur le territoire de la communauté de communes. Par sa requête, M. B A demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 123-12 du code de l'environnement : " Le dossier d'enquête publique est mis en ligne pendant toute la durée de l'enquête. Il reste consultable, pendant cette même durée, sur support papier en un ou plusieurs lieux déterminés dès l'ouverture de l'enquête publique. Un accès gratuit au dossier est également garanti par un ou plusieurs postes informatiques dans un lieu ouvert au public. " Aux termes de celles de l'article R. 123-8 du même code, dans leur rédaction applicable au présent litige : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. " Selon l'article R. 123-9 dudit code : " () / II. - Un dossier d'enquête publique est disponible en support papier au minimum au siège de l'enquête publique. / Ce dossier est également disponible depuis le site internet mentionné au II de l'article R. 123-11. ".

3. S'il appartient à l'autorité administrative compétente de soumettre le projet de plan local d'urbanisme à enquête publique dans les conditions fixées par les dispositions du code de l'environnement, la méconnaissance de ces dispositions n'est de nature à vicier la procédure suivie et donc à entraîner l'illégalité de la décision administrative prise à l'issue de l'enquête publique, que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête publique et, par suite, sur le sens de la décision de l'autorité administrative.

4. Il n'est pas contesté que les avis des personnes publiques associées à la procédure de révision du plan local d'urbanisme n'ont pas été mis à disposition du public dans le dossier papier consultable en mairie, en méconnaissance des dispositions du code de l'environnement précitées. Néanmoins, il est constant que toutes les autres pièces du dossier d'enquête publique étaient disponibles dans ce dossier et que les avis des personnes publiques associées étaient présents sur le site internet de l'autorité compétente pour organiser l'enquête publique, à savoir le site de la communauté de communes des Terres de Chalosse accessible à l'adresse suivante : www.terresdechalosse.fr. En outre, le rapport d'enquête publique indique que la mobilisation du public a été importante et que l'enquête publique a donné lieu à 316 observations écrites. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence des avis litigieux au sein du seul dossier papier aurait été de nature à nuire à l'information suffisante de la population ou aurait exercé une influence sur le sens de la délibération en litige. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 213-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. Si ce délai ne peut être respecté, un délai supplémentaire peut être accordé à la demande du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête par l'autorité compétente pour organiser l'enquête, après avis du responsable du projet. () "

6. Il est constant que l'enquête publique s'est terminée le 1er octobre 2020 et que le rapport ainsi que les conclusions du commissaire enquêteur ont été rendus le 10 novembre 2020, soit au-delà du délai de trente jours prévu par les dispositions de l'article L. 213-15 du code de l'environnement précitées. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par courrier du 4 novembre 2020, le président de la communauté de communes des Terres de Chalosse a répondu favorablement à la demande du président de la commission d'enquête sollicitant, comme les dispositions précitées le lui permettaient, un délai supplémentaire de remise du rapport définitif à la date du 16 novembre 2020, notamment en raison du contexte de crise sanitaire. Dans ces conditions, aucune méconnaissance des dispositions précitées du code de l'environnement ne peut être retenue.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme: " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli () ".

8. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

9. Si le requérant soutient qu'il appartient à la communauté de communes d'apporter les éléments permettant de prendre connaissance des modifications apportées au projet de plan local d'urbanisme intercommunal et, qu'à défaut, la délibération attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme, et serait entachée d'illégalité faute d'avoir fait l'objet d'une nouvelle enquête publique, aucune modification substantielle des possibilités de construire et d'usage du sol sur le territoire intercommunal, par rapport aux choix et orientations définis par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal, n'est démontrée ni ne ressort des pièces du dossier. Par suite, tel que soulevé, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". L'article R. 151-23 du même code précise : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1°-Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. "

11. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Il appartient par ailleurs aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

12. Pour contester le classement en zone agricole des parcelles cadastrées Section F nos 1160, 1162 et 628 dont il est propriétaire, M. A soutient, d'une part, que ces dernières jouxtent des parcelles bâties et des parcelles classées en zone urbaine, qu'elles sont desservies par des voies publiques ainsi que par les réseaux publics tels que les réseaux d'assainissement, qu'elles ne présentent ni potentiel agronomique, biologique ou économique, leur superficie étant trop faible pour une telle exploitation et, d'autre part, que ce classement méconnaît les objectifs du plan d'aménagement et de développement durables (PADD) visant à augmenter la densité en logement dans toutes les communes et à combler les espaces interstitiels non bâtis dans les entités urbaines existantes. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les parcelles cadastrées Section F nos 1160, 1162 et 628 se situent en dehors du centre-bourg de la commune de Sort-en-Chalosse, au sein d'une zone naturelle et boisée. Les circonstances que ces parcelles jouxtent des parcelles classées en zone urbaine et seraient desservies par des voies et réseaux publics ne sont pas, à elles seules, de nature à leur ôter tout potentiel agricole. Par ailleurs, s'il est vrai que le plan d'aménagement et de développement durables (PADD) annexé au plan local d'urbanisme intercommunal précise que la communauté de communes souhaite " modérer la consommation d'espace et limiter l'étalement urbain par le comblement des espaces interstitiels non bâtis dans les entités urbaines existantes et principalement dans les centres-bourgs, et l'augmentation de la densité en logements dans toutes les communes ", ce même plan précise également que la communauté de communes souhaite " soutenir l'activité agricole " et " garantir la pérennité de l'activité agricole notamment en maintenant des entités agricoles cohérentes, en évitant le conflit d'usage entre espaces urbains et agricoles et en limitant le morcellement des terres. ". Le classement ici contesté de parcelles, d'ailleurs situées en second rideau, à l'arrière de parcelles pouvant comporter quelques constructions le long d'une voie, ne méconnaît pas les orientations du PADD. Par suite, le conseil communautaire de la communauté de communes des Terres de Chalosse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant en zone A les parcelles en cause.

13. En cinquième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison :1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. "

14. M. A se borne à soutenir que les parcelles cadastrées Section F nos14, 15 et 17 ne présentent pas les caractéristiques d'une zone naturelle au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elles sont desservies par des réseaux publics. Toutefois, cette circonstance n'est pas, par elle-même, de nature à leur ôter tout potentiel naturel alors qu'il ressort des pièces du dossier que ces parcelles correspondent à un espace boisé, vierge de construction. Par ailleurs, s'il est vrai que le PADD annexé au plan local d'urbanisme intercommunal précise que la communauté de communes souhaite, ainsi que déjà précisé, combler les espaces interstitiels non bâtis, ce même plan précise également que la communauté de communes souhaite prendre en compte " des richesses naturelles du territoire et le maintien des continuités écologiques que sont les espaces naturels remarquables () et des espaces naturels dits " ordinaires " (). ". Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que ces parcelles ont été classées pour partie en zone AU et pour partie en zone N, M. A n'établit nullement que ce classement serait illégal, alors d'ailleurs qu'il ressort des pièces du dossier que la partie classée en zone AU correspond à celle longeant une voie publique. Dans ces conditions, le classement ne méconnaît pas les orientations du PADD et le conseil communautaire de la communauté de communes des Terres de Chalosse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en adoptant la délibération en litige et en classant en zone N une partie des parcelles en cause.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation, même partielle, de la délibération du 8 juillet 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes des Terres de Chalosse a approuvé son plan local d'urbanisme intercommunal.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté de communes des Terres de Chalosse, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

17. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par la communauté de communes des Terres de Chalosse et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la communauté de communes des Terres de Chalosse une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes des Terres de Chalosse.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller.

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. PORTES

La présidente,

Signé

S. PERDU La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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