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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102738

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102738

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MALTERRE - CHAUVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11 octobre 2021, 28 février 2022 et 6 avril 2022, Mme D B et M. C A, représentés par Me Malterre, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Clar a accordé à Mme F un permis de construire en vue de réaliser des travaux de modification de la maison de plain-pied, emportant une surélévation et la création de 24,5 m2 de surface plancher, sur la parcelle cadastrée AE n° 476, rue des ânes brulés, ensemble la décision rejetant leur recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté ;

2°) et de mettre à la charge de la commune de Saint-Clar la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir, le projet en litige portant sur une maison anciennement inhabitée ayant pour effet d'entraîner une perte d'intimité, des nuisances ainsi qu'une perte de vue de leur maison située en face du terrain d'assiette de la construction autorisée ; les deux constructions ne seront séparées que par une ruelle étroite ;

- le dossier de demande de permis de construire est lacunaire concernant l'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement et méconnaît ainsi l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme et de l'article UA 3 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune dès lors que la voie d'accès au projet en litige est une ruelle en terre et en pierres (pavés grossiers), non carrossable et non adaptée à la circulation ; la ruelle ne permet pas l'accès des engins de lutte contre l'incendie ;

- en outre, il a été pris en violation de l'article UA 4 du PLU dès lors qu'il n'est pas justifié que le terrain est raccordé au réseau collectif d'assainissement et est en capacité d'évacuer les eaux pluviales ;

- enfin, il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-18 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 janvier 2022 et 31 mars 2022, Mme F, représentée par Me Koubbi, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et, à titre infiniment subsidiaire, elle demande au tribunal de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, elle demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle précise que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir au sens des dispositions de l'article L. 600-1-3 du code de l'urbanisme, leur terrain ayant été acquis postérieurement à la demande de permis de construire et le projet autorisé n'est pas de nature à porter atteinte aux conditions d'occupation et de jouissance de leur bien ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, la commune de Saint-Clar conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Elle précise que :

- la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2022, à 12h00.

Un mémoire présenté pour Mme B et par M. A a été enregistré le 15 septembre 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-18 du code de l'urbanisme dès lors qu'il a été soulevé le 6 avril 2022, soit après la cristallisation des moyens prévue par les dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. A sont devenus propriétaires le 27 juillet 2021 d'une maison située au sein de la commune de Saint-Clar, au n° 1 de la rue du 14 juillet. Par un arrêté du 10 mai 2021, le maire de la commune de Saint-Clar a délivré à Mme F un permis de construire permettant l'aménagement et la surélévation d'une maison, située sur la parcelle cadastrée AE 476, rue des ânes brulés. Par courrier en date du 6 août 2021, dont il a été accusé réception le 9 août 2021, les intéressés ont demandé au maire de retirer cette autorisation. Le maire de la commune de Saint-Clar a implicitement rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme B et M. A demandent au tribunal d'annuler cet arrêté du 10 mai 2021, ensemble la décision portant rejet implicite de leur recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme: " Le projet architectural comprend une notice précisant : () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire, déposé le 25 janvier 2021 par Mme F, comporte un plan de masse et une notice de présentation précisant la localisation de la maison faisant l'objet de la demande de permis de construire, à savoir rue des ânes brûlés, à Saint-Clar, en zone UA du PLU. Ce dossier comporte également des photographies du projet dans l'environnement lointain, permettant de voir la rue étroite desservant la petite maison existante située dans le cœur ancien de la commune. Dans ces conditions, le projet consistant uniquement en un aménagement d'une maison existante de plain-pied de 33 m2 en une maison de type R+1 impliquant ainsi, en particulier, une surélévation du bâtiment et un changement d'orientation de la pente du toit, sans modifier l'organisation et l'aménagement des accès au terrain de superficie très réduite, le service instructeur disposait de l'ensemble des éléments permettant d'apprécier la conformité du projet aux règles applicables. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la commune de Saint-Clar étant dotée d'un PLU, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est inopérant.

6. En troisième lieu, il résulte de l'article UA 3 concernant l'accès et la voirie du PLU de la commune de Saint-Clar que : " les caractéristiques des accès doivent être adaptées aux usages qu'ils supportent ou aux opérations qu'ils doivent desservir et notamment permettre l'approche du matériel de lutte contre les incendies, ils doivent également assurer la sécurité des divers usagers utilisant ces voies et accès "

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photos et captures d'écran produites par Mme F, que la rue des ânes brûlés, située au sein de la partie ancienne de la commune de Saint-Clar, n'est pas ouverte à la circulation routière. Les véhicules se garent au niveau de l'Eglise, située à moins de 100 mètres de cette rue, ce qui rend possible l'approche du matériel de lutte contre les incendies. Ainsi, en se bornant à indiquer que la voie d'accès au projet en litige est une ruelle en terre et pierres, non carrossable et non adaptée à la circulation des voitures, les requérants n'établissent pas, qu'en délivrant le permis de construire en litige, le maire de la commune a méconnu les dispositions précitées du plan local d'urbanisme Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il résulte de l'article UA 4 de ce même PLU que : " 1- Eau potable : Toute construction à usage d'habitation doit être raccordée au réseau public de distribution de l'eau potable / 2- Assainissement : Toute construction ou installation doit évacuer ses eaux usées par des canalisations souterraines raccordées au réseau collectif d'assainissement / 3- Eaux pluviales : Les dispositifs d'évacuation des eaux pluviales doivent en garantir l'écoulement dans le réseau public collectant ces eaux. En cas de réseau insuffisant, le constructeur ou l'aménageur devra réaliser les dispositifs adaptés et dimensionnés autorisant l'infiltration, l'évacuation, éventuellement après rétention des eaux de pluie vers le réseau collecteur. / 4- Electricité - Téléphone : Dans la mesure du possible, ces réseaux sont réalisés selon des techniques discrètes d'aménagement. Les branchements seront réalisés en souterrain. "

9. Mme F soutient, sans être contredite, que le projet en litige est desservi par les réseaux collectifs d'assainissement. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment du dossier de demande du permis de construire, que " le débordement de toiture sera réalisé par une génoise double rang ou par dépassement de chevrons, à l'exclusion de planches de rives et de caissons lambrissés. Sur volée de chevrons, les égouts des toitures seront réalisés à l'aide d'un bouchonnage de tuileaux, à l'exclusion d'égouts maçonnés. ". Il ressort également des photos produites dans la demande déposée que le projet en litige comporte des gouttières verticales dans lesquelles se déverseront les eaux pluviales, permettant ainsi leur évacuation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 4 du PLU précité doit être écarté dans toutes ses branches.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. "

11. Il résulte de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme qu'un moyen nouveau présenté après l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense est, en principe, irrecevable. Lorsqu'est produit un mémoire comportant un tel moyen, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction doit informer les parties de son irrecevabilité, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, sauf s'il décide de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens, postérieure à la production du mémoire en cause.

12. Il ressort des pièces du dossier que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-18 du code de l'urbanisme a été soulevé par les requérants dans leur mémoire enregistré le 6 avril 2022, soit plus de deux mois après que communication leur a été faite par le tribunal, le 3 février 2022, du premier mémoire en défense présenté par Mme F. Par suite, ce moyen, qui n'est pas fondé sur une circonstance de fait ou sur un élément de droit dont les requérants n'étaient pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense, doit être écarté comme irrecevable.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non- recevoir opposées en défense, que Mme B et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Clar a accordé à Mme F un permis de construire, ensemble la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Clar, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à Mme B et à M. A, une somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge des requérants, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme F et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B et de M. A est rejetée.

Article 2 : Mme B et M. A verseront à Mme F une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. C A, à Mme E F et à la commune de Saint-Clar.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. PORTES

La présidente,

Signé

S. PERDU La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

Signé

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