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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102984

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102984

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDUPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2021 et le 2 février 2022, Mme A C, représentée en dernier lieu par Me Dupin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le maire de Mont-de-Marsan, agissant au nom de l'État, a refusé de constater que la construction par M. B d'un mur d'une hauteur de 4,17 mètres en limite de propriété, constitue une infraction ;

2°) d'enjoindre au maire de Mont-de-Marsan de dresser un procès-verbal d'infraction à l'encontre de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la date de la décision à intervenir, et d'en transmettre une copie au procureur de la République ;

3°) et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir en tant que voisine immédiate de la construction ;

- le permis de construire délivré à M. B, pour l'extension de sa maison avec construction d'une terrasse et d'une piscine, n'autorise pas la construction d'un mur sur la limite séparative ;

- le maire de Mont-de-Marsan a commis une erreur de droit en estimant que le mur litigieux est un élément de la construction de la terrasse autorisée et que les dispositions de l'article 2.1 B et C des règles relatives à la zone U du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI)

de Mont-de-Marsan Agglomération, lui sont applicables, alors que le mur doit être analysé comme constituant, en l'espèce, une clôture ;

- ce mur, qui mesure 4,17 mètres de haut, méconnaît l'article 2.2 D des règles relatives à la zone U du règlement de ce même PLUI en tant qu'il constitue une clôture excédant une hauteur de 2 mètres ;

- la matérialité de l'infraction aux dispositions de ce PLUI ayant été constatée par un commissaire de justice, le maire de Mont-de-Marsan est tenu d'en dresser procès-verbal, en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2022, M. B, représenté par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les moyens soulevés par la requérante sont inopérants dès lors que les travaux ont fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, ces moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, la commune de Mont-de-Marsan, représentée par Me Cambot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la Mme C une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, l'action de la requérante est tardive dès lors qu'elle tend en réalité à remettre en question la légalité du permis de construire, ce qui n'est plus possible lorsque les travaux sont achevés depuis plus de six mois, en vertu de l'article R. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- les observations de Me Beyrand, qui substitue Me Dupin représentant Mme C, et celles de Me Coto, qui substitue Me Cambot représentant la commune de Mont-de-Marsan.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 septembre 2020, le maire de Mont-de-Marsan a autorisé M. B à construire une extension de la maison située 399 avenue Eloi Ducom, à Mont-de-Marsan. Par une lettre du 31 août 2021, Mme A C a demandé au maire de Mont-de-Marsan de constater l'infraction aux dispositions du PLUI de Mont-de-Marsan qui résulterait de l'édification d'un mur de 4,17 mètres de haut sur la limite séparant ces fonds voisins. Par une décision du 22 septembre 2021, le maire de Mont-de-Marsan, agissant au nom de l'État, a refusé de constater l'existence d'une telle infraction. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le refus opposé à Mme C par le maire de Mont-de-Marsan, dans la décision du 22 septembre 2021 en litige, est fondé sur ce que le mur litigieux a été autorisé par le permis de construire délivré le 28 septembre 2020, qu'il ne constitue pas une clôture mais un élément de construction de la terrasse et qu'en conséquence, il doit respecter les dispositions de l'article 2.1 B et C du règlement de la zone U du PLUI de Mont-de-Marsan Agglomération, ce qui est le cas en l'espèce.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal () ".

4. Aux termes de l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () / Sauf en cas de fraude, le présent article n'est pas applicable lorsque le bénéficiaire d'une autorisation définitive relative à l'occupation ou l'utilisation du sol, délivrée selon les règles du présent code, exécute des travaux conformément à cette autorisation ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le mur séparant les deux fonds voisins est représenté notamment sur le plan de masse de l'état projeté, dénommé PCMI2, le plan de coupe de la piscine PCMI3 et les plans des façades PCMI6 et 7, joints à la demande de permis de construire déposée le 23 septembre 2020 par M. B. La construction du mur litigieux ayant ainsi été autorisée par l'arrêté de permis de construire délivré le 28 septembre 2020, le moyen tiré de l'absence d'autorisation doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, l'article R. 151-41 du code de l'urbanisme dispose qu'afin d'assurer l'insertion de la construction dans ses abords, la qualité et la diversité architecturale, urbaine et paysagère des constructions, ainsi que la mise en valeur du patrimoine, le règlement du plan local d'urbanisme peut " 2° prévoir des dispositions concernant les caractéristiques architecturales des façades et toitures des constructions ainsi que des clôtures ". Son article R. 151-43 prévoit que, afin de contribuer à la qualité du cadre de vie, assurer un équilibre entre les espaces construits et les espaces libres et répondre aux enjeux environnementaux, le règlement peut " 8° Imposer pour les clôtures des caractéristiques permettant de préserver ou remettre en état les continuités écologiques ou de faciliter l'écoulement des eaux ".

7. Il résulte de ce qui précède que sont applicables aux clôtures, dont celles qui prennent la forme d'un mur, les seules dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme édictées spécifiquement pour régir leur situation, sur le fondement des articles R. 151-41 et R. 151-43 du code de l'urbanisme. En revanche, un mur qui est incorporé à une construction, alors même qu'il a la fonction de clore ou limiter l'accès à son terrain d'assiette, est soumis à l'ensemble des règles du règlement du plan local d'urbanisme applicables aux constructions.

8. Il ressort des photographies jointes au procès-verbal de constat établi le 7 décembre 2021 par un commissaire de justice, à la demande de M. B, que le mur litigieux doit donc être regardé comme un élément indissociable de l'opération d'extension de la maison de M. B, alors même qu'il a également pour fonction de clore le terrain du pétitionnaire. Dès lors, sa construction relevait des règles du règlement du PLUI de Mont-de-Marsan Agglomération applicables aux constructions, y compris les dispositions de l'article 2.1 B et C des règles relatives à la zone U, et non de celles édictées spécifiquement à l'article 2.2 D de ces mêmes règles pour régir la situation des clôtures. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, en vertu du document intitulé " qualités architecturales " du règlement graphique du PLUI de Mont-de-Marsan Agglomération, la parcelle cadastrée section AM n° 397 sur laquelle est implantée la maison de M. B se situe dans le secteur de niveau 2A " hors centre-ville de Mont-de-Marsan et de Saint-Pierre-du-Mont " de la zone U du PLUI de Mont-de-Marsan Agglomération. Le règlement du PLUI dispose, en son article 2.1 C applicable à ce secteur : " Les hauteurs maximales de façade figurent au Plan des hauteurs et sont mesurées du terrain naturel à l'égout de toiture ou à l'acrotère (). Dans les secteurs identifiés en R+1 et R+2 au Plan des Hauteurs, la hauteur des constructions, quelles qu'elles soient, ne pourra pas dépasser 4,5 m à l'égout du toit sur la limite séparative () ".

10. Il ressort du règlement graphique du PLUI de Mont-de-Marsan Agglomération, accessible au juge comme aux parties, que la maison de M. B se situe dans le secteur identifié en " R+3+attique " s'agissant des hauteurs autorisées. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8, la construction du mur litigieux, en tant qu'élément indissociable de l'opération d'extension de la maison de M. B, ne relevait pas des règles spécifiques aux clôtures mais de celles fixées par l'article 2.1 C et par le plan des hauteurs qui autorisent une hauteur maximale de trois étages plus attique. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le mur litigieux s'élève jusqu'au point le plus haut des fenêtres du premier étage de la maison, soit une hauteur inférieure au maximum autorisé.

11. Eu égard aux éléments énoncés au point précédent, la construction par M. B d'un mur de 4,17 mètres de hauteur sur la limite séparative, dans le cadre de l'opération d'extension de sa maison, ne constitue pas une infraction aux dispositions du règlement du PLUI de Mont-de-Marsan Agglomération. Par suite, le maire n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme en refusant de constater que la construction de ce mur n'était pas autorisée par le permis de construire du 28 septembre 2020 et que sa hauteur constituait une infraction à l'article 2.2 D précité du règlement du PLUI. Ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 septembre 2021, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme C doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. M. B n'ayant pas la qualité de partie perdante, les dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à sa charge le paiement des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, ainsi que la même somme au titre des frais exposés par la commune de Mont-de-Marsan, et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera la somme de 1 000 euros (mille euros) à M. B ainsi que la même somme de 1 000 euros (mille euros) à la commune de Mont-de-Marsan, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à M. D B et à la commune de Mont-de-Marsan.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. ROUSSEAU

La présidente,

Signé

S. PERDU La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

No 2102984

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