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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2103065

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2103065

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2103065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantCABINET ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de retrait de quatre points intervenue à la suite de l'infraction commise le 21 décembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 9 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite assorti des points illégalement retirés dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de retrait de points est entachée d'un vice de procédure substantiel dans la mesure où l'administration ne lui a pas communiqué les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision prononçant l'invalidation de permis de conduire est illégale par voie de conséquence ;

- la réalité de l'infraction, contestée auprès d'officier du ministère public et ayant donné lieu à classement sans suite ou renvoi devant le tribunal, n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 30 mars 2023 à 14 heures en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 9 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A l'ensemble des retraits de points successivement opérés à la suite des sept infractions relevées à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 21 décembre 2020, ainsi, par voie de conséquence, celle du 9 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

3. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ".

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention " N/A " possède également la même valeur probante durant toute la période d'application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre le Covid-19, dès lors qu'elle permet d'attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu'il ait eu à apposer sa signature sur le document.

5. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise par M. A le 21 décembre 2020 qui a entrainé le retrait de quatre points, a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie de ce procès-verbal se rapportant à cette infraction, lequel revêt l'information selon laquelle "vu les règles sanitaires pour lutter contre le Covid19, la personne est informée de sa verbalisation et de la non apposition de sa signature ". Toutefois si cette mention exonère de la signature du procès-verbal par le contrevenant, elle ne dispense pas l'agent verbalisateur de la communication des informations requises par le code de la route. En l'espèce, le procès-verbal ne porte pas la mention de l'ensemble des informations exigées par le code de la route. Par conséquent, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que la décision de retrait de quatre points à la suite de l'infractions du 21 décembre 2020 est intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction du 21 décembre 2020 sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision 48 SI du 9 septembre 2021 portant invalidation de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation des décisions attaquées, eu égard aux motifs qui la fondent, implique que le ministre de l'intérieur et des outre-mer reconstitue le capital de points à hauteur des quatre points irrégulièrement retirés et qu'il réexamine, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire applications des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de quatre points afférente à l'infraction relevée le 21 décembre 2020 est annulée ainsi que la décision 48 SI du 9 septembre 2021, portant invalidation du permis de conduire de M. A.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, de restituer à M. A les quatre points retirés au capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction du 21 décembre 2020 et de réexaminer, dans le même délai, la situation de l'intéressé pour en tirer les conséquences sur son capital de points et son droit de conduire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : M. B

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