mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2103089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 3 |
| Avocat requérant | SCP CHERRIER BODINEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23 novembre 2021, 8 septembre 2022 et 19 octobre 2022, Mme C A épouse D, représentée par la SCP Cherrier -Bodineau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques a refusé de reconnaitre sa maladie professionnelle imputable au service, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux formé à son encontre ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques de régulariser sa situation administrative et de prendre en charge sa maladie professionnelle, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande n'est pas prescrite en application des dispositions de l'article 47-3 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 dès lors que le délai de deux ans entre la date de la première constatation médicale et la date de demande de reconnaissance de la maladie professionnelle ne s'est pas écoulé ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulièrement menée dès lors que l'avis de la commission de réforme est irrégulier ; il a été pris en méconnaissance du 2ème alinéa de l'article 5 du décret du 14 mars 1986 dès lors qu'il ne comporte que deux signatures, dont une seule pour les praticiens de médecine générale, et a également été signé par une représentante de l'administration qui cependant travaille pour le ministère de l'agriculture ;
- elle a été prise, par ailleurs, en méconnaissance de l'alinéa IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et est entachée d'une erreur d'appréciation, les certificats médicaux fournis montrant le lien direct et essentiel entre sa maladie et le service.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2022 et 21 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la demande de Mme D est prescrite en application des dispositions de l'article 47-3 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2023 à 12 heures.
Un mémoire présenté pour Mme D a été enregistré le 12 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-694 du 13 juillet 1983 modifiée ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Portès,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, adjoint administratif principal de 2ème classe, est affectée au sein du service production économique agricole de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) des Pyrénées-Atlantiques depuis le 1er septembre 2017. Elle a été placée, à compter du 27 juin 2018, en arrêt maladie. Le 14 décembre 2020, elle a déposé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle imputable au service. La commission de réforme a émis un avis défavorable à sa demande, le 12 mai 2021 et, par décision du 4 juin 2021, le directeur départemental des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande. Par courrier du 28 juillet 2021, Mme D a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision mais aucune réponse ne lui est parvenue. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision du 4 juin 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci est fondée sur deux motifs tirés, d'une part, du non-respect du délai de présentation de la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie et, d'autre part, de l'absence de lien direct entre les fonctions exercées et la pathologie dont a souffert Mme D.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " () II. - La déclaration de maladie professionnelle prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de deux ans à compter de la date de la première constatation médicale de la maladie ou, le cas échéant, de la date à laquelle le fonctionnaire est informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle. () ". Aux termes de l'article 22 du décret du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'État : " () Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 47-2 à 47-7 du décret du 14 mars 1986, modifié, précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / Les délais mentionnés à l'article 47-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a formulé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle par courrier du 12 décembre 2020. Toutefois, conformément aux dispositions précitées, le délai de deux ans prévu à l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986, modifié, n'a commencé à courir qu'au premier jour du deuxième mois suivant la publication du décret n° 2019-122 du 21 février 2019, soit à compter du 1er avril 2019 et a ainsi expiré le 31 mars 2021. Dans ces conditions, la déclaration de maladie professionnelle de Mme D a été adressée à l'administration dans le délai de deux ans prévu par les dispositions précitées du II° de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986, modifié. Par suite, ce motif ne peut légalement fonder la décision attaquée.
5. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".
6. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, à la suite de son arrivée le 1er septembre 2017, au sein du service production économique agricole de la DDTM des Pyrénées-Atlantiques, a présenté un état anxio-dépressif sévère. Il ressort de l'expertise psychiatrique réalisée le 27 avril 2021, à la demande du comité médical de la DDTM des Pyrénées-Atlantiques, que Mme D souffre d'une " décompensation anxiodépressive dans les suites d'une mutation avec souffrance au travail " et que cette affection est " essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions ". Il ressort, également, d'un rapport médical antérieur, réalisé le 16 janvier 2019, par un autre psychiatre, que " des symptômes d'épuisement professionnel sont présents avec notamment la diminution du sentiment d'accomplissement au travail et l'épuisement émotionnel " et que l'état de Mme D justifie " une prolongation de son arrêt maladie pour une durée indéterminée surtout si sa situation n'évolue pas et pourrait déboucher sur un congé longue durée au titre des maladies mentales avec déclaration en maladie professionnelle ". Il ressort en outre des pièces du dossier que la requérante ne présentait aucun état dépressif ou situation personnelle défavorable, antérieurement à son arrivée au sein du service, et il ressort du rapport d'expertise du 27 avril 2021 précité qu'" il n'est pas retrouvé d'antécédent psychiatrique " et que le médecin traitant de celle-ci atteste dans un certificat médical du 14 janvier 2021 que Mme D n'a jamais présenté de manifestation anxieuse ou dépressive depuis octobre 2012.
8. Dans ces conditions, et alors que l'administration n'apporte aucun élément pour contredire ces certificats médicaux et qu'il ressort des pièces du dossier que les dysfonctionnements de ce service étaient connus de l'administration, il résulte de l'instruction que l'état de santé de la requérante est imputable au service. Par suite, ce second motif ne peut davantage légalement fonder la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 juin 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques a refusé de reconnaitre sa maladie professionnelle imputable au service, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours gracieux formé à son encontre.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement, implique d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme D et d'en tirer toutes les conséquences financières, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui a la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 4 juin 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires et de la mer des Pyrénées-Atlantiques a refusé de reconnaitre la maladie professionnelle de Mme D imputable au service, ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux formé à son encontre, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme D et d'en tirer toutes les conséquences financières dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme D une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
M. Rousseau, premier conseiller,
Mme Portès, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
E. PORTES
La présidente,
Signé
S. PERDU La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026