jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MOURA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2022 et le 30 août 2022, M. D F représenté par Me Moura, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de carte de séjour mention vie privée et familiale d'une durée d'un an présentée le 20 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale d'une durée d'un an à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de réexaminer sa demande de carte de séjour temporaire d'une durée d'un an à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du préfet des Hautes-Pyrénées la somme de 1 200 euros à verser à Me Moura sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs de cette décision ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la demande de délivrance d'une carte de séjour mention vie privée et familiale est fondée également sur la procédure d'adoption simple en cours de M. F par Mme J E épouse B, éducatrice spécialisée, et son mari, M. B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- en exécution de l'ordonnance du juge des référés, il a remis au requérant le 17 mars 2022, une carte de séjour mention vie privée et familiale valable jusqu'au 5 décembre 2022 ;
- il n'y a pas de décision implicite de rejet d'une demande de délivrance d'une carte de séjour mention vie privée et familiale mais une décision implicite de rejet de sa demande de changement de statut de salarié à vie privée et familiale à la suite de l'octroi d'une carte de séjour mention salarié valable à compter du 6 décembre 2021 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés, ce dernier remplissant les conditions uniquement pour obtenir une carte de séjour mention salarié, laquelle lui a été délivrée le 11 janvier 2022.
Par ordonnance du 12 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 d 2022.
M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 2 février 2022 n° 2200070, par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu la décision implicite de rejet du préfet des Hautes-Pyrénées de délivrance d'un titre de séjour mention vie privée et familiale à M. F et a ordonné au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme I a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F, né le 19 décembre 1999 en Côte d'Ivoire, de nationalité ivoirienne, est entré de manière irrégulière sur le territoire français, en juin 2016 alors âgé de 16 ans selon ses déclarations. En tant que mineur isolé, il a été pris en charge au titre de la protection de l'enfance. Le 13 mars 2018, alors majeur, il a obtenu un titre de séjour d'une durée d'un an mention travailleur temporaire, renouvelé le 13 mars 2019 pour la même durée. Le 3 mars 2020, il a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour travailleur temporaire. Plusieurs récépissés de trois mois, dont le dernier ayant expiré le 19 juin 2021, lui ont alors été délivrés. Par un courrier du 20 mai 2021, réceptionné le 21 mai 2021, il a demandé à la préfecture un titre de séjour mention vie privée et familiale. En réponse, la préfecture lui a remis un récépissé de trois mois valable jusqu'au 17 août 2021. Le 11 janvier 2022, le préfet du Hautes-Pyrénées a remis à M. F une carte de séjour mention salarié d'une durée d'un an à compter du 6 décembre 2021. Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022 sous le numéro 2200070, M. F a demandé la suspension de la décision implicite de rejet du préfet des Hautes-Pyrénées de la délivrance de son titre de séjour mention vie privée et familiale. Par une ordonnance du 2 février 2022, le juge des référés a suspendu cette décision et a ordonné au préfet de délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale au requérant. En exécution de cette ordonnance, une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale valable à compter du 6 décembre 2021 lui a été délivrée le 17 mars 2022. M. F demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour mention vie privée et familiale.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 20 mai 2021, réceptionné le 21 mai 2021, M. F a demandé à la préfecture un titre de séjour mention vie privée et familiale. Une décision implicite de rejet est née le 21 septembre 2021 du silence gardé par l'administration pendant un délai de quatre mois à compter de la réception de sa demande. Cependant, le 11 janvier 2022, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Hautes-Pyrénées a délivré à M. F une carte de séjour temporaire mention salarié d'une durée d'un an valable à compter du 5 décembre 2021. Or, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement à une décision implicite de rejet se substitue à cette première décision. La délivrance de cette carte mention salarié doit être regardée comme ayant pour effet d'annuler la décision implicite attaquée pour l'avenir et vaut décision expresse de rejet de sa demande de délivrance d'une carte de séjour mention vie privée et familiale. Dans ces conditions, il s'ensuit que les conclusions aux fins d'annulation doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet de sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale issue de la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention salarié le 11 janvier 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. En premier lieu, il est constant que M. F est entré en France alors qu'il était mineur isolé de plus de 16 ans et qu'il a été pris en charge au titre de la protection de l'enfance. Il ressort des pièces du dossier que M. F a obtenu un certificat d'aptitude professionnel (CAP) spécialité jardinier paysagiste avec mention bien le 16 octobre 2019. Il travaille en tant que jardinier paysagiste auprès de la société Unhassobiscay depuis octobre 2020 et a conclu avec cette société le 6 avril 2021 un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de jardinier paysagiste à temps complet. Si en défense, le préfet des Hautes-Pyrénées fait valoir que par une décision du tribunal pour enfants de H du 22 novembre 2017, M. F a été placé sous contrôle judiciaire pendant deux ans pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger ou dans un Etat partie à la convention de Schengen, en bande organisée, il ne l'établit pas et ne s'est pas fondé, au demeurant, sur un motif d'une atteinte à l'ordre public pour justifier sa décision. Il y a lieu dès lors de considérer que M. F s'est bien inséré professionnellement dans la société française.
6. En second lieu, M. F, célibataire, déclare ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine. M. F fait état d'une procédure d'adoption simple en cours par Mme J E épouse B, éducatrice spécialisée. Cependant, les documents qu'il produit à l'appui de sa requête, à savoir une requête à fin d'adoption simple déposée le 22 mars 2022 auprès du tribunal judiciaire de Pau par Mme B et l'ordonnance de soit communiqué du 4 mai 2022 par laquelle le parquet s'en remet à la décision du tribunal, sont postérieures à la décision attaquée et sont donc sans incidence sur sa légalité. En revanche, si le préfet fait valoir que M. F ne démontre pas ne plus avoir de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, il ressort, toutefois, des pièces du dossier que Mme K A, sa mère, est décédée le 4 septembre 2016 et M. C F, son père, le 13 décembre 2000. Il y a lieu de considérer que M. F n'a plus de liens familiaux notables avec sa famille restée dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. F depuis près de huit années, la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, en prenant cette décision, le préfet des Hautes-Pyrénées a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Compte tenu des motifs retenus, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que le préfet des Hautes-Pyrénées délivre au requérant, comme il le demande, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, correspondant à sa situation, sous réserve des modifications dans les conditions de fait ou de droit dans la situation du requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'astreinte.
Sur les frais de l'instance :
8. M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros, sous réserve que Me Moura renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté la demande de M. F de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention vie privée est familiale est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer au requérant, comme il le demande, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", correspondant à sa situation d'une durée d'un an, sous réserve des modifications dans les conditions de fait ou de droit dans la situation du requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'astreinte.
Article 3 : L'Etat versera à Me Moura une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Me Moura et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. I
La présidente,
Signé
M. G
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026