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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200905

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200905

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDUMAZ-ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 28 avril 2022 et le 21 juin 2022, M. B C, représenté A Me Dumaz-Zamora, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 A lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise A une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 611-1 4° et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale A voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale A voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale A voie de conséquence car la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale.

A un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 16 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2022 à 14 heures, en présence de Mme Ugarte, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, né le 3 juillet 1997 à Conakry (Guinée), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, au mois d'août 2018. Il a déposé une demande d'asile rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides A une décision du 21 mai 2019, puis A la Cour nationale du droit d'asile A une décision du 3 février 2021. A un arrêté du 26 avril 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. A la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. A un arrêté du 21 janvier 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a consenti une délégation à M. Eddie Bouttera, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les mesures relatives à la situation des étrangers. L'article 2 de cet arrêté précise, qu'en cas d'absence ou d'empêchement de

M. D, M. de Lassus Saint-Geniès, directeur de cabinet du préfet des Pyrénées-Atlantiques, est habilité à signer pour le préfet les mêmes décisions. Dès lors que l'absence ou l'empêchement de M. D n'est pas remis en cause, M. de Lassus Saint-Geniès pouvait régulièrement signer l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ". A ailleurs l'article L. 542-1 du même code dispose que : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué A ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

4. Il ressort du relevé " TelemOfpra " produit en défense A le préfet des Pyrénées-Atlantiques et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire que le recours formé A M. C le 26 juillet 2019 à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, a été rejeté A une décision de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 3 février 2021, et notifiée à l'intéressé le 11 février suivant. Il s'ensuit qu'en vertu des dispositions précitées, le droit au maintien sur le territoire de M. C a pris fin le 3 février 2021 date de lecture en audience publique de la décision de la CNDA. A suite, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement estimer, à la date de l'arrêté attaqué, le 26 avril 2022, que le requérant se trouvait dans le cas où, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit en conséquence être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. C soutient qu'il est présent en France depuis près de quatre ans, qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine et que son père, ainsi que ses sept frères et sœurs résident en France. Toutefois et d'une part, il ressort de la décision attaquée que M. C n'a été autorisé à résider sur le territoire que pendant la durée d'instruction de sa demande d'asile et que A ailleurs, il s'est soustrait à une première mesure d'éloignement édictée à son encontre le 15 mars 2021. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que le père du requérant réside effectivement en France, M. C, qui est célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas ne plus avoir d'attache dans son pays d'origine dans lequel il a résidé jusqu'à l'âge de 21 ans, alors même que sa mère restée en Guinée serait décédée en 2019. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré, A la voie de l'exception, de cette illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / ;4° l'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ; 7°L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou fait usage d'un tel titre ou d'un tel document ;(). ".

9. Il résulte des mentions du procès-verbal de l'audition de M. C A les services de police le 26 avril 2022, que ce dernier a reconnu, d'une part, avoir connaissance des précédentes mesures d'éloignement édictées à son encontre, d'autre part, avoir détenu des faux documents administratifs. Dans ces conditions, en retenant de tels motifs pour estimer que M. C présentait un risque de se soustraire à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle, alors qu'il résulte au surplus de l'extrait AGDREF produit en défense que l'arrêté du préfet des Yvelines portant obligation de quitter le territoire français a été notifié au requérant le 29 mars 2021. Compte tenu de ces motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation en refusant d'accorder à M C un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré, A la voie de l'exception, de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré, A la voie de l'exception, de cette illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée A l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés A cet article, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. Eu égard aux circonstances rappelées aux points 6 et 9 du présent jugement, l'autorité préfectorale a pu, sans erreur d'appréciation, fixer à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. C, d'autant qu'une telle mesure peut être abrogée à tout moment A l'administration, notamment sur la demande de l'étranger résidant hors de France.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire porterait une atteinte disproportionnée à sa situation familiale et personnelle en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées A M. C n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. C demande le versement à son conseil sur le fondement combiné de ces dispositions et de celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur

Rendu public A mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La présidente,

signé

V. QUEMENERLa greffière,

signé

P. UGARTE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

P. UGARTE

N°2200905

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