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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201500

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201500

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet et 15 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 15 juin 2014 (à 17h57 et 20h17), 7 septembre 2015, 31 décembre 2016, 2 janvier 2018, 21 janvier 2019, 29 mars 2019, 11 mars 2020, 6 mai 2020 et 30 mai 2021 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 8 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de reconstituer son capital de points, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- pour chacune des décisions de retrait de points, il n'a pas été destinataire des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision prononçant l'invalidation de permis de conduire est illégale par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 14 février 2024 à 11 heures en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le retrait de trois points, opéré à la suite de l'infraction du 30 mai 2021, a rappelé les retraits de points successivement opérés à la suite des neuf infractions relevées à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 15 juin 2014 (à 17h57 et 20h17), 7 septembre 2015, 31 décembre 2016, 2 janvier 2018, 21 janvier 2019, 29 mars 2019, 11 mars 2020, 6 mai 2020 et 30 mai 2021, et par voie de conséquence, de la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits de points consécutifs aux infractions commises les 7 septembre 2015, 31 décembre 2016, 2 janvier 2018 et 6 mai 2020 :

2. Il résulte de l'instruction que les points retirés consécutivement aux infractions commises les 7 septembre 2015, 31 décembre 2016, 2 janvier 2018 et 6 mai 2020 ont été restitués à l'intéressé respectivement les 19 mars 2016, 28 août 2017, 5 décembre 2018 et 15 décembre 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'information préalable :

3. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 15 juin 2014 (à 17h57 et 20h17), 21 janvier 2019 et 29 mars 2019 :

4. Lorsqu'une contravention soumise à la procédure de l'amende forfaitaire est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte des mentions du relevé intégral d'information relatif à la situation du permis de conduire de M. B, que les infractions commises les 15 juin 2014 à 20h17 et 21 janvier 2019 ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique tandis que celles des 15 juin 2014 à 17h57 et 29 mars 2019 ont donné lieu à des procès-verbaux établis par voie électronique. En outre, chacune de ces infractions a donné lieu au paiement différé d'une amende forfaitaire. Dans ces conditions, à défaut pour le requérant de démontrer que l'avis de contravention qu'il a nécessairement reçu pour procéder au paiement de l'amende, était erroné ou incomplet, il y a lieu de considérer que l'administration a accompli à son égard l'obligation d'information à laquelle elle était tenue en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté.

S'agissant des infractions commises les 11 mars 2020 et 30 mai 2021 :

6. Dans le cas d'une infraction constatée postérieurement au 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction, que l'infraction commise le 30 mai 2021 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique signé par le requérant, lequel comporte les informations exigées par l'articles L.223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester de la délivrance des informations préalables. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait, s'agissant de cette infraction à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route.

8. S'agissant de l'infraction commise le 11 mars 2020, si la production par le ministre du procès-verbal de contravention non signé par M. B ne permet pas d'établir que l'information a effectivement été communiquée au contrevenant à l'occasion de l'établissement de ce procès-verbal, en revanche, comme le fait valoir le ministre, le requérant a reçu une information de même nature à l'occasion de la commission de l'infraction du 21 janvier 2019 constatée par radar automatique, impliquant que le requérant a reçu l'information litigieuse à cette date, et qui est suffisamment récente au regard de celle du 11 mars 2020. L'administration doit dès lors être regardée comme établissant avoir délivré à M. B l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de 3 points consécutive à l'infraction du 11 mars 2020, a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 15 juin 2014 (à 17h57 et 20h17), 21 janvier 2019, 29 mars 2019, 11 mars 2020, et 30 mai 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024

La magistrate désignée,

Signé

F. CLa greffière,

Signé

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

No 2201500

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