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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201515

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201515

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOURA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 7 juillet 2022, le 3 janvier 2023 et le 5 février 2023, M. B A, représenté par Me Moura, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022, laquelle s'est substituée à la décision implicite de rejet, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande de titre de séjour mention vie privée et familiale à titre principal et mention salarié à titre subsidiaire ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention vie privée et familiale, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention salarié, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge du préfet des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 200 euros à verser à Me Moura sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, une décision implicite de rejet étant née dans le délai de quatre mois après la réception le 7 décembre 2021 par la préfecture de sa demande de titre ;

- sa requête est désormais dirigée contre la décision explicite de refus du 5 décembre 2022 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet qui avait fait l'objet du recours initial formé par le requérant ; il n'y a pas de non-lieu à statuer ;

- la décision implicite de rejet est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'appréciation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 20 janvier 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au non-lieu à statuer en raison de la prise d'une décision explicite de rejet le 5 décembre 2022 qui doit être regardée comme s'étant substituée au silence de l'administration et au rejet de la requête dirigée contre sa décision du 5 décembre 2022.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et demande une substitution de motifs tirée de ce que les articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants marocains.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, signé à Rabat le 9 octobre 1987, publié par le décret n°94-203 du 4 mars 1994 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Une note en délibéré, présentée pour le préfet des Pyrénées-Atlantiques, a été enregistrée le 16 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 26 janvier 1974 au Maroc, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français le 20 décembre 2008 afin d'exercer les fonctions d'imam. Il a bénéficié depuis son arrivée d'un titre de séjour mention visiteur, renouvelé à chaque échéance. Le 6 décembre 2021, il a présenté une demande, réceptionnée le 7 décembre 2021, de renouvellement de titre de séjour et de changement de statut afin d'obtenir un titre mention vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou mention salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet lui a délivré des récépissés de demande de titre de séjour ne l'autorisant pas à travailler, dont le dernier date du 13 avril 2022 et est valable jusqu'au 12 juillet 2022. Le 3 juin 2022, réceptionné le 7 juin 2022, M. A a demandé au préfet des Pyrénées-Atlantiques la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande présentée le 6 décembre 2021. Le 4 juillet 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a délivré, ainsi qu'à son épouse, une carte de séjour temporaire mention visiteur valable jusqu'au 3 juillet 2023. Par arrêté du 5 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande de titre de séjour de M. A. Ce dernier demande l'annulation de cette décision, laquelle s'est substituée à la décision implicite de rejet initialement contestée.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 6 décembre 2021, réceptionné le lendemain, M. A a demandé au préfet des Pyrénées-Atlantiques la délivrance d'un titre de séjour mention vie privée et familiale ou mention salarié. Une décision implicite de rejet est née le 7 avril 2022 du silence gardé par l'administration pendant un délai de quatre mois à compter de la réception de cette demande. Cependant, le 5 décembre 2022, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet a expressément rejeté la demande de titre séjour de M. A mention vie privée et familiale ou mention salarié. Or, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement à une décision implicite de rejet se substitue à cette première décision. Dans ces conditions, il s'ensuit que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet de sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale ou salariée, ainsi que M. A l'a confirmé dans ses dernières écritures. Il n'y a donc pas de non-lieu à statuer à constater. Les conclusions présentées en ce sens par le préfet des Pyrénées-Atlantiques ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du défaut de motivation

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. M. A doit être regardé comme n'ayant pas maintenu ce moyen soulevé initialement contre la décision implicite de rejet en raison de l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet. Ce moyen sera écarté.

S'agissant de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation des articles L. 421-1 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

6. Aux termes de L'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Aux termes de l'article L. 5221-1 du code du travail : " Les dispositions du présent titre sont applicables, sous réserve de celles des traités, conventions ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés et publiés, et notamment des traités instituant les communautés européennes ainsi que de celles des actes des autorités de ces communautés pris pour l'application de ces traités. ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du même code : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ". Aux termes l'article R. 5221-1 du même code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail. ".

8. Aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi signé à Rabat le 9 octobre 1987 et publié par décret n° 94-203 du 4 mars 1994 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

9. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain.

10. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'accord franco-marocain que M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'illégalité en tant qu'elle a méconnu les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Pyrénées-Atlantiques se soit fondé sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée a rejeté la demande de titre de séjour mention salarié du requérant au motif que l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile subordonne la délivrance de ce titre à la détention d'une autorisation de travail en application des articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. La décision attaquée est ainsi entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il a été dit au point n°9.

12. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

13. En l'espèce, dans son dernier mémoire en défense communiqué au requérant, lequel n'a pas présenté d'observations à ce sujet, le préfet demande à ce que le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit substitué par celui de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité, ce qui doit être regardé comme une demande de substitution de base légale et non de motifs. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée trouve son fondement dans les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, qu'en premier lieu, que M. A se trouvait dans la situation où, en application de l'article L. 5221-1 du code du travail applicable aux demandes de titre mention salarié présentées sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain, le préfet des Pyrénées-Atlantiques pouvait décider que sa demande de titre de séjour mention salarié n'était pas fondée en l'absence d'autorisation préalable présentée sur le fondement de l'article L. 5221-1 du code du travail, qu'en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, qu'en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il y a donc lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.

14. Il n'est pas contesté que M. A est venu en France en 2008 accompagné de sa famille afin d'exercer les fonctions d'imam dans le cadre d'un accord bilatéral entre le Maroc et la France et qu'il a en conséquence bénéficié d'un titre de séjour mention visiteur ainsi que le prévoyait cet accord. Il n'est pas contesté non plus qu'il était rémunéré par le royaume du Maroc. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'exerce plus les fonctions d'imam et a été recruté dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet conclu le 1er octobre 2020 en tant qu'animateur socio-culturel auprès de l'association de la Mosquée de Pau à compter de cette même date pour un salaire mensuel brut de 1 674,11 euros. Ce montant a été porté à 1 902,98 euros brut mensuel pour un temps complet par avenant du 24 mai 2022 à son contrat de travail. Il dispose d'un diplôme d'études en langue française niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues, délivré le 21 février 2017 par l'académie de Bordeaux. Cependant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, ce que le préfet fait valoir également en défense, que le contrat de travail dont bénéficie M. A n'a pas été visé par les autorités compétentes au sens de l'article 3 de l'accord franco-marocain, c'est-à-dire n'a pas fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail sur le fondement des articles L. 5221-2 du code du travail, le contrat de travail du 1er octobre 2020 se bornant à mentionner que la déclaration préalable à l'embauche de M. A a été effectuée à l'URSSAF. Par suite, le préfet des Pyrénées-Atlantiques était fondé à rejeter la demande de titre de séjour mention salarié en l'absence d'autorisation de travail sur le fondement de l'article L. 5221-2 du code du travail. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel les stipulations l'article 3 de l'accord franco-marocain sont substituées, ne peut être accueilli.

S'agissant de l'erreur de droit commise dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

15. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

16. Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

17. Il ressort des pièces du dossier que par lettre non datée, le président de l'association de la mosquée de Pau atteste que M. A travaille pour l'association depuis huit ans et qu'en raison de son très grand professionnalisme, de sa générosité, et de sa gentillesse, il est devenu un interlocuteur privilégié. En conséquence, l'association a décidé de pérenniser son poste en lui offrant un contrat à durée indéterminée. Il ressort également d'articles de presse, de photographies, de prospectus non datés, d'attestations d'habitants de Pau, de religion musulmane ou non, que M. A participe régulièrement à des échanges interreligieux avec les membres de la synagogue ou de l'église protestante de Pau mais aussi activement aux activités religieuses ou sportives de la communauté musulmane paloise dont il contribue à renforcer les liens en interne ou avec l'extérieur. Il dispose d'un diplôme d'études en langue française niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues, délivré le 21 février 2017 par l'académie de Bordeaux. Son insertion professionnelle au sein de la société française est donc établie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le 4 juillet 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a délivré, ainsi qu'à son épouse, une carte de séjour temporaire mention visiteur valable jusqu'au 3 juillet 2023, renouvelant ainsi les précédentes cartes de séjour délivrées depuis son arrivée en France en 2008 pour exercer ses fonctions d'imam. Il n'est pas contesté que l'accord bilatéral entre la France et le Maroc ayant permis la venue de M. A en tant qu'iman est valable jusqu'en 2024. Or, M. A n'établit pas les raisons pour lesquelles il a souhaité ne plus s'inscrire dans ce dispositif de façon anticipée, a opté pour des fonctions d'animateur socio-culturel auprès de la mosquée de Pau et a souhaité bénéficier d'un titre de séjour mention vie privée et familiale en lieu et place de son titre mention visiteur. Il n'est pas établi non plus qu'il n'exerce plus ses fonctions d'imam, se bornant à exercer uniquement ses nouvelles fonctions d'animateur socio-culturel. Par ailleurs, s'il est arrivé en France en 2008, il a vécu au Maroc jusqu'à l'âge de 32 ans. Il n'établit pas qu'il n'a plus de relations avec sa famille restée au Maroc. Les éléments relatifs à son insertion dans la société française concernent son activité professionnelle uniquement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale, le préfet ait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de la décision du 5 décembre 2022, laquelle s'est substituée à la décision implicite de rejet, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande de titre de séjour mention vie privée et familiale à titre principal et mention salarié à titre subsidiaire, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution, ni d'astreinte. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de cette même requête.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Moura et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

Z. D La présidente,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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