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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201731

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201731

mercredi 19 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201731
TypeDécision
FormationCHAMBRE 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de M. A, professeur de l'enseignement agricole, qui contestait le refus du ministre de l'agriculture de prendre en charge ses frais d'avocat (3 000 euros) pour une procédure d'appel devant la cour administrative d'appel de Bordeaux. Le tribunal a jugé que la décision de refus du 16 juin 2022 était suffisamment motivée et que le lien de causalité entre les frais engagés et les faits de harcèlement moral ayant justifié l'octroi de la protection fonctionnelle en 2015 n'était pas établi. La solution s'appuie sur les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que sur l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 1er août 2022 et le 25 septembre 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juin 2022 par laquelle le ministre de l'agriculture a refusé de prendre en charge, au titre de la protection fonctionnelle qui lui a été accordée en 2015, les frais et honoraires d'avocat qu'il a engagés dans le cadre de la procédure n° 21BX01130 introduite auprès de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;

2°) d'enjoindre, en conséquence, à l'État de lui verser la somme de 3 000 euros ;

3°) et de l'indemniser du préjudice moral qu'il estime avoir subi.

Il soutient que :

- la décision du 16 juin 2022 est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle comporte une affirmation mensongère ;

- en refusant la prise en charge de ses frais et honoraires d'avocat acquittés pour la défense de ses intérêts dans l'instance 21BX01130 auprès de la cour administrative d'appel de Bordeaux, la décision a été prise en méconnaissance de la protection fonctionnelle qui lui a été accordée le 31 mars 2015 et méconnaît ainsi les articles 11 et 28 de la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983, l'article 6 du décret n° 2017-97 du 26 janvier 2017 ainsi que la circulaire DGAFP n° 2158 du 5 mai 2008 ;

- la décision lui cause un préjudice financier de 3 000 euros et un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le lien de causalité entre les frais dont le remboursement est demandé et les motifs pour lesquels la protection fonctionnelle lui a été accordée en 2015 n'est pas établi ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2017-97 du 26 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Foulon,

- et les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est professeur certifié de l'enseignement agricole, affecté depuis le 1er septembre 2018 au lycée d'enseignement général et technologique agricole de Pau-Montardon. Le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt lui a accordé la protection fonctionnelle le 31 mars 2015, en application de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans un contexte où l'intéressé indiquait avoir été victime de harcèlement moral dans l'exercice de ses fonctions, au lycée agricole Edouard de Chambray, à Gouville (Eure). M. A a interjeté appel du jugement n°1802388, 1802612, 1900919, 1901043, 1901044, 1901453, 1902347 du 30 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Pau a annulé la décision du 11 octobre 2018 rejetant sa demande de prise en charge des frais de résidence et a rejeté ses autres conclusions, dont celle tendant notamment à être indemnisé des préjudices liés aux agissements fautifs de l'administration à son encontre. Par un arrêt n° 21BX01130 du 23 mars 2023, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté le recours formé contre ce jugement. Par un courrier du 9 mai 2022, notifié le 10 mai 2022, M. A a demandé au ministre en charge de l'agriculture le remboursement des frais et honoraires d'avocat, s'élevant à 3 000 euros, qu'il a acquittés pour assurer sa défense devant la cour administrative d'appel de Bordeaux dans l'instance précitée n° 21BX01130. Par une décision du 16 juin 2022, le ministre en charge de l'agriculture a opposé un refus à sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision, de lui verser la somme de 3 000 euros correspondant à des frais d'avocats et de l'indemniser également du préjudice moral qu'il estime avoir subi.

Sur les conclusions principales :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision du 16 juin 2022 mentionne la protection fonctionnelle accordée à M. A le 31 mars 2015, dont il est fait application, l'appel exercé à l'encontre du jugement du tribunal administratif de Pau du 30 décembre 2020 et les conclusions présentées dans les sept requêtes jointes dans ce jugement, la demande de remboursement de frais d'avocat formulée par l'intéressé et la circonstance que ces requêtes sont dépourvues de lien avec les faits à l'origine de la protection fonctionnelle accordée. Ces considérations sont suffisamment développées pour avoir utilement mis le requérant à même d'en apprécier la teneur et d'en discuter la légalité. En outre, M. A ne saurait utilement se prévaloir, au titre d'un défaut de motivation, de l'existence d'une éventuelle affirmation mensongère qui, au demeurant, n'est pas établie par les pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

5. D'une part, ces dispositions établissent à la charge des collectivités publiques, au profit des fonctionnaires et des agents publics non titulaires lorsqu'ils ont été victimes d'attaques dans l'exercice de leurs fonctions, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Si l'administration peut éventuellement retenir comme motif d'intérêt général le caractère manifestement dépourvu de toute chance de succès d'une action en justice pour retenir d'autres modalités de protection, la protection par voie juridictionnelle ne saurait être refusée s'il s'agit d'une question relative à l'application de la loi.

6. D'autre part, si la protection du fonctionnaire peut se traduire par une prise en charge, par l'autorité administrative, des frais de justice engagés par l'agent protégé, les actions intentées doivent cependant avoir un lien direct avec l'objet de la protection qui lui a été accordée.

7. Il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt a accordé, le 31 mars 2015, la protection fonctionnelle à M. A, en raison de faits de harcèlement moral exercés par sa hiérarchie alors qu'il exerçait ses fonctions au lycée agricole Edouard de Chambray à Gouville (Eure).

8. La décision du 16 juin 2022 opposant un refus à la demande de remboursement des frais d'honoraire d'avocat avancés par le requérant dans l'instance n° 21BX01130 engagée auprès de la cour administrative d'appel de Bordeaux, est fondée sur l'absence de lien entre ces frais et les faits qui ont justifié l'octroi de la protection fonctionnelle.

9. Il ressort des pièces du dossier que le jugement du 30 décembre 2020 du tribunal administratif de Pau, contre lequel M. A a interjeté appel et engagé des frais d'avocats, se prononce sur plusieurs conclusions, à savoir des conclusions relatives à une demande d'explications et de correction d'une note de service du 30 novembre 2017 déclarant la vacance du poste occupé par l'intéressé, à la prise en charge de ses frais de changement de résidence, à la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'agissements dont il aurait été victime de la part de l'administration entre mars 2014 et novembre 2018 dans l'Eure, à la réparation du préjudice résultant de la production par l'administration de trois mémoires en défense, à une demande tendant au remboursement de frais d'avocats dans deux procédures contentieuses précédentes et, enfin, à une demande d'inscription de sa maladie professionnelle dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

10. D'une part, s'agissant des conclusions tendant à la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'agissements dont il aurait été victime de la part de l'administration entre les mois de mars 2014 et novembre 2018, il ressort des pièces du dossier que par un précédent jugement n° 1602236-1603673-1703537-1704008 du 28 février 2019, le tribunal administratif de Rouen a rejeté les conclusions de la requête de M. A tendant à l'indemnisation des préjudices résultant des fait de harcèlement moral dont il s'estimait victime à raison des mêmes faits que ceux dont il s'est prévalu dans la requête n° 1900919, jugée par le présent tribunal, et dont le requérant a interjeté appel. Le jugement du tribunal administratif de Rouen a été confirmé par un arrêt du 30 décembre 2020 de la cour administrative d'appel de Douai. Il résulte encore de l'instruction que tant le tribunal administratif de Rouen, dans ce jugement de 2019, que le tribunal administratif de Pau, dans le jugement du 30 décembre 2020, ont rejeté cette demande d'indemnisation de M. A en retenant que les faits dont il se prévalait, soit ne pouvaient être regardés comme susceptibles de faire présumer d'un harcèlement, soit n'étaient pas établis, soit enfin ne pouvaient être qualifiés de harcèlement moral en raison de leur nature. Puis, la cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé, par un arrêt du 23 mars 2023, le jugement du tribunal administratif de Pau en relevant que sa demande était fondée sur les mêmes faits et la même cause juridique que ceux présentés auprès du tribunal administratif de Rouen.

11. D'autre part, s'agissant des autres conclusions présentées par M. A, énumérées au point 9, dans les requêtes ayant fait l'objet du jugement précité du 30 décembre 2020, les frais d'avocats exposés lors de l'instance d'appel dont la prise en charge est demandée au titre de la protection fonctionnelle accordée en 2015, ne présentent pas de lien avec les faits de harcèlement moral qu'auraient exercé sa hiérarchie lors de son affectation au lycée agricole Edouard de Chambray à Gouville.

12. Dans ces conditions, la demande de condamnation de l'État à verser au requérant la somme de 3 000 euros engagée au titre de frais qu'il rattache à cette protection fonctionnelle doit donc être rejetée.

13. Enfin, si M. A demande également l'indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison de la décision refusant de prendre en charge les frais engagés dans le cadre de l'appel formé contre le jugement du 30 décembre 2020, il résulte de ce qui précède qu'en tout état de cause, cette demande doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 26 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Foulon, conseillère,

M. Buisson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2025.

La rapporteure,

Céline Foulon

La présidente,

Sylvande Perdu

La greffière,

Perrine Santerre

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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