Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 24 avril 2026, le tribunal administratif de Pau a sursis à statuer sur la requête n° 2300448 en annulation de l’arrêté du 1er septembre 2022 du préfet des Pyrénées-Atlantiques portant enregistrement d’une centrale d’enrobage de bitume de matériaux routiers à chaud sur un terrain situé dans la zone d’activité du Gabarn à Escout au titre des installations classées pour la protection de l’environnement, afin de permettre à la société Enrobés du Haut Béarn de justifier de ses capacités financières, et a réservé jusqu’en fin d’instance les droits et conclusions des parties.
Par des mémoires, enregistrés le 22 mai 2026 et le 12 juin 2026, ce dernier n’ayant pas été communiqué, la société à responsabilité limitée Enrobés du Haut Béarn, représentée par Me Bernal, conclut à titre principal au rejet de la requête ou, à défaut, à ce qu’il soit sursis à statuer sur les conclusions présentées par M. et Mme B... pour procéder à la régularisation de son dossier d’enregistrement.
Elle soutient que ses capacités financières sont établies.
Par un mémoire, enregistré le 8 juin 2026, M. et Mme B..., représentés par Me Marbot, concluent aux mêmes fins que la requête.
Ils soutiennent que :
- la société Enrobés du Haut-Béarn ne justifie pas disposer de capacités financières suffisantes ;
- le dossier d’enregistrement était incomplet s’agissant des capacités financières du demandeur et de l’exploitant.
Vu :
- le jugement du tribunal administratif du 24 avril 2026 portant sursis à statuer sur les conclusions présentées dans la requête n° 2300448 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Foulon,
- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique,
- les observations de Me Missonnier, représentant M. et Mme B..., celles de Me Bernal, représentant la société Laborde et la société Enrobés du Haut Béarn et celles de Mme C..., représentant le préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Considérant ce qui suit :
Le 31 janvier 2022, la société Laborde Travaux Publics Carrières a déposé une demande d’enregistrement d’une centrale d’enrobage au bitume de matériaux routiers à chaud, au titre des installations classées pour la protection de l’environnement, sur un terrain situé dans la zone d’activité du Gabarn, à Escout (Pyrénées-Atlantiques). Par un arrêté du 1er septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé à l’enregistrement de cette installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Par un récépissé du 30 septembre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris en compte le changement d’exploitant de cette installation au bénéfice de la société Enrobés du Haut Béarn. Par une requête enregistrée le 16 février 2023, M. et Mme B... ont demandé au tribunal d’annuler l’arrêté du 1er septembre 2022.
Par un jugement avant-dire-droit du 24 avril 2026, le tribunal administratif de Pau a, en vertu des pouvoirs qu’il tient de son office de juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l’environnement et après avoir écarté les autres moyens, sursis à statuer sur les conclusions de la requête. Il a constaté que l’exploitation de l’installation en litige a été transférée au bénéfice de la société Enrobés du Haut Béarn, postérieurement à la décision attaquée et que cette société ne justifiait pas de capacités financières ou des garanties dont elle disposerait pour assumer l’ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l’exploitation et de la remise en état du site, au regard des intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 du code de l’environnement, d’un montant susceptible de dépasser ses ressources propres.
Le tribunal a laissé un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à la société Enrobés du Haut Béarn pour régulariser ce vice.
Sur la régularisation du vice retenus par le jugement avant-dire droit :
Aux termes de l’article L. 512-7-3 du code de l’environnement : « (…) Le préfet ne peut prendre l’arrêté d’enregistrement que si le demandeur a justifié que les conditions de l’exploitation projetée garantiraient le respect de l’ensemble des prescriptions générales, et éventuellement particulières, applicables. Il prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 et, le cas échéant, à l’article L. 211-1, et d’être en mesure de satisfaire aux obligations de l’article L. 512-7-6 lors de la cessation d’activité (…) ». Aux termes de l’article R. 512-46-4 du même code, dans leur version applicable au présent litige : « A la demande d’enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : (…) / 7° Les capacités techniques et financières de l’exploitant ; ».
Une autorisation d’exploiter une installation classée ne peut légalement être délivrée, sous le contrôle du juge du plein contentieux des installations classées, si les conditions qu’elles posent ne sont pas remplies. Lorsque le juge se prononce sur la légalité de l’autorisation avant la mise en service de l’installation, il lui appartient, si la méconnaissance de ces règles de fond est soulevée, de vérifier la pertinence des modalités selon lesquelles le pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes pour assumer l’ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l’exploitation et de la remise en état du site, au regard des intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 du code de l’environnement, ainsi que les garanties de toute nature qu’il peut être appelé à constituer à cette fin en application des article L. 516-1 et L. 516-2 du même code. Lorsque le juge se prononce après la mise en service de l’installation, il lui appartient de vérifier la réalité et le caractère suffisant des capacités financières et techniques du pétitionnaire ou, le cas échéant, de l’exploitant auquel il a transféré l’autorisation.
Il résulte de l’instruction, et notamment des pièces complémentaires adressées postérieurement au jugement avant dire-droit, que la centrale d’enrobés représente un investissement estimé à 6,219 millions d’euros, financé à titre principal par un emprunt sur 10 ans consenti à la société Enrobés du Haut Béarn pour une somme de 5,571 millions d’euros. Cette société, qui dispose d’un capital de 10 000 euros, est constituée de deux associés à parts égales, la société par actions simplifiée Vinci Construction, au capital de 366 400 000 euros et la société par actions simplifiée Laborde, au capital de 81 000 euros. La société Laborde est regardée par la Banque de France comme ayant une capacité forte à honorer ses engagements financiers et la société Vinci Construction comme ne comportant aucune information défavorable, en l’absence de documentation comptable analysée. En outre, le chiffre d’affaires de la société Laborde s’établissait pour l’année 2020, à 9 645 000 euros. Ces deux sociétés actionnaires attestent de leur engagement à apporter tous les moyens qui s’avèreraient nécessaires, le cas échéant, à la société Enrobés du Haut Béarn afin que cette dernière soit en mesure d’assurer, en particulier d’un point de vue financier, l’exploitation de l’usine d’enrobage mais également l’ensemble des obligations à sa charge émanant de l’autorisation environnementale, y compris celles concernant la cessation éventuelle de l’exploitation et la remise en état du site. A cet égard, la société Enrobés du Haut Béarn produit deux devis réalisés en vue de la remise en état du site pour un montant total de 164 876 euros. Eu égard à ces divers éléments, la société Enrobés du Haut Béarn justifie disposer de capacités financières suffisantes pour assumer l’ensemble des obligations susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l’exploitation et de la remise en état du site. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’absence de justifications financières suite au changement d’exploitant doit être écarté.
Sur le défaut d’information du public :
Le moyen invoqué par les requérants postérieurement au jugement avant dire droit, tiré de l’incomplétude du dossier d’enregistrement soumis à la procédure de consultation du public s’agissant des capacités financières du demandeur et de l’exploitant, est étranger à la régularisation du vice retenu par le jugement avant dire droit. Il doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que le vice relevé par le jugement avant-dire droit du 24 avril 2026 a été régularisé. Par suite, les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. et Mme B... doivent être rejetées
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société par actions simplifiée Laborde et la société à responsabilité limitée Enrobés du Haut Béarn au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Mme D... B..., à la société par actions simplifiée Laborde Travaux Publics Carrières, à la société à responsabilité limitée Enrobés du Haut Béarn et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
Mme Foulon, conseillère,
M. Buisson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
C. FOULON
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,