mardi 6 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201950 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEPLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 6 septembre 2022, M. A E, alors retenu au centre de rétention administrative d'Hendaye, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Dordogne a fixé le pays de destination de la mesure d'expulsion prononcée à son encontre le 28 juin 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu le principe du contradictoire ;
- le préfet a méconnu l'autorité de chose jugée ;
- la décision en litige est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'expulsion qui la fonde en ce que :
* la mesure d'expulsion est intervenue au terme d'une procédure irrégulière méconnaissant les exigences de l'article R.632-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* il appartiendra au préfet de démontrer que l'avis de la commission d'expulsion lui a bien été communiqué comme le prévoit l'article L.632-2 du même code ;
* la mesure d'expulsion est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en vertu du 3° de l'article L.631-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile il bénéficie d'une protection contre l'expulsion, de sorte que la mesure ne pouvait être prononcée qu'en cas de nécessité impérieuse pour l'ordre public;
* cette mesure est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'une telle mesure ne peut avoir un caractère répressif comme c'est le cas en l'espèce ;
* cette mesure a été prise en violation de la convention de Genève dès lors qu'il a obtenu le statut de réfugié ; l'article L.711-6 ;
* la mesure porte une atteinte grave et disproportionnée à sa vie privée et personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il avait obtenu le statut de réfugié;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu des risques encourus en cas de retour et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- cette décision emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatif au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 6 septembre 2023 à 15 heures, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Dumaz-Zamora, substituant Me Meaude, représentant M. E, qui a renoncé à se présenter à l'audience, qui confirme les conclusions et moyens développés dans la requête, et notamment le moyen tiré par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'expulsion, en faisant valoir que si le bulletin de notification a été notifié le 29 avril par LR/AR, il n' y a pas de preuve d'une notification antérieure par voie administrative et que le délai n'a pas été suffisant en tout état de cause ; qu'il n'est pas rapporté la preuve de la notification de l'avis de la COMEX, lequel n'est d'ailleurs pas produit à l'instance ; qu'il est présent sur le territoire depuis plus de 10 ans, et donc protégé de sorte qu'il ne pouvait être expulsé, sauf en cas de nécessité impérieuse, dont la preuve n'est pas rapportée ; qu'il n'y a même pas de trouble à l'ordre public ; que les condamnations prononcées à son encontre n'ont donné lieu qu'à une seule incarcération ; les autres peines ont été aménagées au regard de sa personnalité ; qu'aucun élément matériel n'est produit sur sa prétendue radicalisation ; que si le préfet a davantage motivé la décision en litige fixant le pays de destination, que la précédente qui a été annulé, il continue néanmoins à ne pas prendre en compte sa qualité de réfugié ; que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 et est n'a pas été précédé d'une appréciation par le préfet de la réalité des risques encourus ; qu'il s'est contenté de recherches générales et rapides qui ne sont pas applicables à sa situation ; que les articles de presse démontrent au contraire que malgré la levée de l'état d'urgence des affrontements demeurent ;
- les observations de M. D, représentant le préfet de la Dordogne ; qui confirme les écritures en défense ; en faisant notamment valoir que pour des raisons évidentes les éléments sur la radicalisation ne peuvent être produits à l'instance ; que l'examen des risques encourus a été fait ; qu'il n'y a plus de danger au Soudan, ainsi que vient de le juger le tribunal administratif de Bordeaux ; que les condamnations prononcées à l'encontre du requérant sont suffisantes pour démontrer qu'il existe une menace à l'ordre public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant soudanais, né le 10 juin 1992 à Kaboul (Soudan) s'était vu reconnaître par une décision du 30 novembre 2011 le statut de réfugié. Ce statut lui a été retiré par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 1er mars 2021.Par un arrêté du 28 juin 2022 le préfet de la Dordogne a prononcé son expulsion du territoire français. Par un arrêté du 12 août 2022 cette autorité a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un jugement du 26 août 2022 la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette décision. Par un nouvel arrêté, en date du 31 août 2022, dont M. E demande l'annulation par la présente requête, le préfet de la Dordogne a fixé le pays de destination de la mesure d'expulsion du 28 juin 2022.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer l'admission de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation
4. D'une part, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle :1° L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 632-1 du même code : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes :1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " La convocation mentionnée au 2° de l'article L. 632-1 est remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. (). Les débats de la commission sont publics. Le président veille à l'ordre de la séance. Tout ce qu'il ordonne pour l'assurer est immédiatement exécuté. Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. ().". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'administration d'établir par tous moyens que le sens et les motifs de l'avis émis par la commission d'expulsion ont été portés à la connaissance de l'étranger en voie d'expulsion
6. En l'espèce il n'est pas établi par le préfet de la Dordogne, qui ne l'a soutenu ni dans ses écritures en défense, ni au cours de l'audience, que le sens et les motifs de l'avis émis le 10 mai 2022 par la commission d'expulsion de la Dordogne, qui n'a au demeurant pas été produit aux débats, auraient été portés à la connaissance de M. E. Celui-ci est dès lors fondé à soutenir que l'arrêté du 28 juin 2022 prononçant son expulsion, a été pris au terme d'une procédure irrégulière et, par suite, que l'arrêté attaqué du 31 août 2022 fixant le pays à destination duquel il doit être éloigné en exécution de cette mesure d'expulsion est entaché d'un défaut de base légale.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté attaqué du 31 août 2022 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. E sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E:
Article 1er: M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Dordogne du 31 août 2022 fixant le pays de destination est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Dordogne.
Lu en audience publique le 6 septembre 2022.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026