vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202693 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MOURA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 nvembre 2022, Mme H E, épouse C, représentée par Me Moura, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de se prononcer sur sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge du préfet des Hautes-Pyrénées une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable.
S'agissant portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise suivant une procédure irrégulière en ce qu'elle n'a pas respecté les dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 à R. 425-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E, épouse C, ne sont pas fondés.
Mme E, épouse C, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2022.
Par ordonnance du 30 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant entrée en vigueur le 2 septembre 1990.
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Neumaier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, épouse C, ressortissante arménienne, née le 22 octobre 1991 à Erevan (Arménie), est entrée de manière régulière en France le 14 octobre 2019 munie d'un passeport biométrique n°AR0669706 et d'un visa court séjour d'une durée de cinq jours, accompagnée de son mari de nationalité russe ainsi que de leurs deux enfants. Elle a déposé le 12 août 2021 une demande d'asile, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 novembre 2021. Ce refus a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 mars 2022. Mme E épouse C a sollicité le 12 avril 2022 la délivrance d'un titre de séjour auprès de la préfecture des Hautes Pyrénées. Par un arrêté du 22 août 2022, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. Par sa requête, Mme E, épouse C, demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile présentée par la requérante et fait état des éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée (). ". Le premier alinéa de l'article R. 425-12 du même code précise que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code énonce que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté précise que : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. ". Selon l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. ". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes des dispositions de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. Les dispositions citées au point précédent ont institué une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative.
6. Il ressort de l'instruction du dossier que, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu par trois médecins, Mme G M, Mme L K et M. I D. En outre, le rapport a été établi par le médecin M. J A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles susvisés doit être écarté.
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme E, épouse C, le préfet des Hautes-Pyrénées s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 1er août 2022, lequel conclut que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, son défaut n'entraînerait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'intéressée pouvait voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Si la requérante soutient que son état de santé justifiait que le préfet lui délivre un titre de séjour, elle ne produit aucun élément de nature à contredire l'avis du collège de médecins de l'OFII. Au surplus, la requérante n'établit pas être soumise à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ".
10. Il ressort des pièces du dossier que les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiées le 3 décembre 2021 Mme E, épouse C, et son époux et celles de la Cour nationale du droit d'asile, notifiées aux intéressés le 26 mars 2022, étaient rédigées en Arménien ou dans une langue qui leur permettait de comprendre le sens des décisions. Par suite, le moyen tiré du non-respect de l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
12. Si Mme E, épouse C, soutient qu'elle est présente sur le territoire depuis plus de trois ans, que ses enfants sont scolarisés et que son mari, M. B C est parfaitement intégré et travaille, il ressort des pièces du dossier que l'époux de la requérante, en situation irrégulière, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, bien que leurs enfants soient scolarisés sur le territoire français, rien ne fait obstacle à leur scolarisation, ni à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine de l'un ou l'autre des époux. Enfin, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans leur pays d'origine. Ainsi, elle ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux intenses, suffisamment anciens et stables en France. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles précités de sorte que le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
14. Si Mme E, épouse C, soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation susceptible d'entrainer son annulation, le préfet a correctement motivé la décision de refus de titre de séjour et n'était dès lors pas dans l'obligation de fournir une motivation distincte en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales ". Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union Européenne également invoqué par la requérante.
16. Si Mme E, épouse C, soutient qu'elle n'a pu faire connaître au préfet ses observations sur la mesure d'éloignement envisagée, elle ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'elle aurait pu faire valoir. En outre, il n'est ni établi, ni même allégué, qu'elle n'aurait pas été mise à même, dans le cadre de sa demande de titre de séjour, de porter ces éléments à la connaissance du préfet. Par suite, le moyen doit être écarté.
17. En troisième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut, par voie de conséquence, qu'être écarté.
18. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
19. Il résulte de l'instruction que, si l'état de santé de Mme E, épouse C, nécessite une prise en charge médicale, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, qu'une absence de prise en charge entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni que cette dernière ne pourrait bénéficier des soins appropriés dans son pays d'origine. Par conséquent, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 311-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte que ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
20. Les décisions fixant les pays de destination prévoient que M. C et Mme E seront éloignés à destination du pays dont ils ont la nationalité ou de tout pays où ils seraient légalement admissibles. Dès lors, la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en tant qu'elles permettent l'éloignement des conjoints vers des Etats différents.
21. Il résulte de tout ce qui précède que la seule décision fixant le pays dont Mme E, épouse C, a la nationalité comme le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office, contenue de l'article 3 de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 22 août 2022, doit être annulée. Il n'est dès lors pas nécessaire de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et relatives aux frais du litige :
22. D'une part, eu égard à la portée de l'annulation prononcée au point 23, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées, sans préjudice pour le requérant de la possibilité de présenter auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une demande tendant au réexamen de sa demande d'asile.
23. D'autre part, les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme dont la requérante demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge du préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a pas la qualité de partie perdante, pour l'essentiel, dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 22 août 2022 fixant le pays a destination duquel Mme E, épouse C, pourra être reconduite est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E, épouse C, est rejeté.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme H E épouse C et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé : L. NEUMAIER
La présidente,
Signé : M. SELLÈSLa greffière,
Signé : M. F
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026