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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202808

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202808

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCASTERA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2022 et le 8 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Rousseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le président de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud a refusé d'abroger le plan local d'urbanisme intercommunal applicable sur le territoire de la communauté de communes en tant qu'il a institué sur les parcelles cadastrées section AB nos 248 et 251 situées à Bénesse-Maremne un emplacement réservé en vue de réaliser un équipement public ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté de communes d'initier une procédure de modification du plan local d'urbanisme intercommunal afin de supprimer l'emplacement réservé grevant ces parcelles et ce, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud une somme de 6 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'emplacement réservé instauré sur les parcelles AB 248 et 251 méconnaît l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme en ce que la communauté de communes ne précise pas la nature de l'équipement public dont la réalisation est envisagée ;

- la communauté de communes a également entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en instaurant cet emplacement réservé dès lors qu'il n'est pas justifié par un parti d'urbanisme et n'est pas davantage nécessaire à la réalisation de l'équipement projeté ;

- la décision relative à la création de cet emplacement réservé procède d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors que l'objectif poursuivi est de satisfaire les intérêts personnels des élus de la commune de Bénesse-Maremne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud, représentée par le cabinet HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 31 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 14 septembre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perdu, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- les observations de Me Cordier-Amour, représentant la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud,

- et les observations de M. B, représentant la commune de Bénesse-Maremne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est propriétaire de deux parcelles, cadastrées section AB nos 248 et 251, situées sur le territoire de la commune de Bénesse-Maremne. Le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud (MACS), tel que modifié par une délibération du conseil communautaire du 24 mars 2022, a instauré sur ces parcelles, classées en zone urbaine, un emplacement réservé n° BEN27 d'une superficie de 814,12 m2 en vue d'y réaliser un équipement public. M. C a demandé à la communauté de communes de supprimer cet emplacement réservé et, par une décision du 25 novembre 2022, le président de la communauté de communes a rejeté cette demande tendant à ce que le plan local d'urbanisme intercommunal modifié soit abrogé en tant qu'il instaure cet emplacement réservé. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 25 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; () ". Aux termes de l'article R. 151-34 de ce code : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : () 4° Les emplacements réservés aux équipements et installations d'intérêt général en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ". L'article R. 151-50 du même code ajoute que : " Dans les zones U, AU, A et N, le ou les documents graphiques font apparaître s'il y a lieu : / 1° Les emplacements réservés aux ouvrages publics délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ; () ".

3. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs d'un plan local d'urbanisme lorsqu'ils décident de créer des emplacements réservés ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou si elle procède d'un détournement de pouvoir. En outre, l'intention de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé sans qu'il soit besoin pour la communauté de communes compétente en la matière, de faire état d'un projet précisément défini. Enfin, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité du choix de la localisation d'un emplacement réservé par rapport à d'autres localisations possibles.

4. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes MACS, lors de la modification n° 1 de son PLUI approuvée le 24 mars 2022, a institué sur les parcelles litigieuses cadastrées section AB nos 248 et 251, un emplacement réservé (n° BEN27) en vue de réaliser un équipement public. Il ressort également des écritures des parties, notamment de celles du requérant, que la communauté de communes MACS projette de construire la nouvelle mairie de Bénesse-Maremne sur cet emplacement. En outre, le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du PLUI a fixé, au titre des orientations " réaliser un développement urbain qualitatif " et " maintenir, voire renforcer la qualité de vie et l'offre de services des habitants ", des objectifs visant, d'une part, à fournir une offre de services et d'équipements facilement accessibles pour les habitants et, d'autre part, à anticiper le développement de l'offre de services de proximité en lien avec la croissance démographique. Le projet visant à rapprocher du centre-bourg la mairie actuellement située de l'autre côté de la route départementale 810, s'insère dans une vaste opération de réaménagement du centre-bourg de la commune, qui se traduit notamment par la construction de halles ainsi que d'un vaste espace vert central structurant. Enfin, les données du diagnostic territorial figurant au rapport de présentation du projet de modification du PLUI indiquent que la commune de Bénesse-Maremne connaît une croissance démographique de 5 % par an, qui est susceptible d'engendrer de nouveaux besoins en équipements publics. Ainsi, la création de cet emplacement réservé, est conforme au parti d'aménagement retenu par le PLUI, et permet de satisfaire les besoins des habitants de Bénesse-Maremne. Par suite, la communauté de communes, qui a suffisamment justifié le classement des parcelles de M. C en emplacement réservé, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme précitées.

5. Si M. C fait état de ce que les parcelles communales initialement envisagées par la communauté de communes pour réaliser cet équipement public, désormais destinées à accueillir un espace vert, seraient plus adaptées pour réaliser la mairie en raison de leur superficie, ou que d'autres scenarii d'aménagement permettent d'épargner sa propriété, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité du choix de la localisation d'un emplacement réservé par rapport à d'autres localisations possibles.

6. En outre, s'il est mis en avant que le projet, dans sa dernière version, prévoit d'implanter la nouvelle mairie sur la partie ouest de la parcelle AB n° 251 pour une surface de plancher d'environ 400 m2 avec un parc de stationnement attenant comprenant 25 places, alors que l'emplacement réservé litigieux couvre une superficie de 800 m2 et s'étend sur la totalité de la parcelle AB n° 251 et sur une petite partie de la parcelle AB n° 248, une telle emprise, en l'absence d'ailleurs de projet définitivement arrêté, ne peut être considérée comme manifestement disproportionnée au regard de la localisation des parcelles AB nos 248 et 251 qui sont contigües au périmètre de l'opération de réaménagement du centre-bourg de la commune dont l'ampleur, ainsi que précisé, est importante. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en instaurant cet emplacement réservé sur ces deux parcelles, le conseil communautaire de la communauté de communes MACS a commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. Enfin, si le requérant soutient que l'instauration de l'emplacement réservé en litige (n° BEN27) a en réalité pour motif déterminant de satisfaire les intérêts personnels du maire de Bénesse-Maremne, il ne démontre cependant pas que l'emplacement réservé n'aurait pas été inspiré par le souci de satisfaire les besoins de la commune en matière d'amélioration de l'offre de services et d'équipements proposés aux habitants actuels et futurs, compte-tenu du parti d'aménagement retenu par les auteurs du PLUI, alors qu'il résulte de ce qui précède que cette réserve a pour vocation de permettre le réaménagement du centre-bourg de la commune de Bénesse-Maremne et la création de nouveaux équipements publics. Aucun détournement de pouvoir et/ou de procédure ne peut donc être retenu.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le président de la communauté de communes MACS a refusé d'abroger le plan local d'urbanisme intercommunal en ce qu'il instaure un emplacement réservé sur ses parcelles.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 novembre 2022, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentée par M. C doivent également être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté de communes, qui n'a pas la qualité de partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud et à la commune de Bénesse-Maremne.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

S. PERDUL'assesseur,

signé

S. ROUSSEAU

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui la concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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