mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2300665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SANCHEZ-RODRIGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, deux mémoires complémentaires et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement le 13 mars 2023, le 15 mars 2023, le 12 mai 2023 et le 15 mai 2023, M. C D, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son intégration dans la société française et de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques auxquels il serait exposé au Venezuela.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par M. D n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 17 mai 2023 à 14 heures, en présence de Mme Ugarte, greffière d'audience :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Sanchez-Rodriguez représentant M. D qui confirme les conclusions et moyens développés dans ses écritures en insistant sur les circonstances qu'il s'est marié le 2 mai 2023 avec M. A, qu'il parle couramment français, qu'il a un contrat de travail, et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; que par ailleurs il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile en raison de son homosexualité ; que les risques liés à son homosexualité n'ont jamais été invoqués, alors que comme le reconnaît la Cour nationale du droit d'asile dans ses décisions, il existe un climat général de violences contre les personnes LGBT dans son pays d'origine.
Le préfet de la Gironde n'étant pas représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant vénézuélien, né le 2 mai 1994 à Caracas (Venezuela) est entré en France le 4 novembre 2021 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile enregistrée auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 décembre 2021, rejetée par une décision du 12 juillet 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 30 décembre 2022. Il a déposé une demande de réexamen auprès de l'Office français des réfugiés et apatrides le 6 avril 2023. Par un arrêté du 21 février 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D déclare être entré en France le 4 novembre 2021, à l'âge de 27 ans. Il résidait ainsi sur le territoire français depuis moins de deux ans à la date de la mesure en litige. Par ailleurs, s'il soutient être en concubinage avec un ressortissant français, leur relation était encore récente à la date de cette décision. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des divers témoignages, postérieurs à l'édiction de la mesure en litige, que le couple s'est rencontré le 3 juin 2022. La seule production d'une facture d'eau au nom de M. A en date du 28 novembre 2022 ne permet pas d'établir une communauté de vie, laquelle serait en tout particulièrement récente, alors que le mariage célébré le 2 mai 2023 est postérieur à la mesure en litige. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à son arrivée en France. Dans ces conditions, et alors même qu'il soutient suivre des cours de français, et qu'il est titulaire d'un contrat de travail saisonnier à temps plein, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
4. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, alors que la légalité d'une décision administrative s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation de M. D.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
5. En premier lieu, en mentionnant la nationalité de M. D et en relevant qu'il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a suffisamment motivé en fait la décision fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, alors que le requérant n'a pas invoqué les risques liés à son orientation sexuelle lors de sa première demande d'asile, il ne saurait être fait grief au préfet de ne pas avoir évoqué ces risques dans la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
7. M. D soutient qu'en raison de son orientation sexuelle et de ses opinions politiques, il court des risques en cas de retour au Venezuela, son pays d'origine. Toutefois, d'une part, et alors qu'il soutient être exclu de sa famille en raison de son homosexualité, il ne produit aucun élément permettant de l'établir. Si les éléments qu'il produit témoignent d'un climat général d'homophobie dans son pays d'origine, ils ne permettent pas de tenir pour établi qu'il court personnellement des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour. Par ailleurs, à supposer que les attestations produites permettent de tenir pour l'orientation sexuelle qu'il invoque comme établie, il n'apporte pas d'explications probantes sur les raisons pour lesquelles il n'a invoqué les risques liés à cette orientation sexuelle, ni devant l'OFPRA, ni devant la Cour nationale du droit d'asile lors de sa première demande. Enfin il n'apporte pas dans le cadre de la présente instance d'éléments nouveaux permettant de démontrer qu'il serait exposé à des risques en raison de ses opinions politiques. Dans ses conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde du 21 février 2023. Il s'ensuit que ses conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme dont M. D demande le versement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Gironde.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe 31 mai 2023.
La présidente,
SIGNÉ
V. BLa greffière,
SIGNÉ
P. UGARTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, préfet de la région Nouvelle-Aquitaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
SIGNÉ
P. UGARTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026