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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2302341

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2302341

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2302341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMISSONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n°2302341 le 12 septembre 2023, et un mémoire enregistré le 5 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Levy, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le français :

- elle revêt un caractère disproportionné.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 octobre 2023 et le 6 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n°2302394 le 15 septembre 2023, M. A C demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé du maintien de son placement en rétention administrative ;

- d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de l'asile ;

- de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistrée sous le n°2302555 le 4 octobre 2023, M. A C demande au tribunal :

- de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

- de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de trois jours, et ce, sous astreinte de 100 € par jour de retard.

Il soutient que :

- l'entretien personnel avec le représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été réalisé par un moyen de communication audiovisuelle dans des conditions qui ne respectaient pas la confidentialité, en méconnaissance de l'article L. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ses propos ont fait l'objet d'une mauvaise traduction par l'interprète ;

- la décision la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides attaquée du 21 septembre 2023 est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Un mémoire en défense présenté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques a été enregistré le 6 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Giron Abarca, représentant M. C, et de M. C, assisté de Mme B, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2302341, n°2302394 et n° 2302555 présentées par M. C concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. C, de nationalité turque, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Par arrêté du 11 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par décision du même jour, cette même autorité a placé l'intéressé en rétention administrative. Par arrêté du 13 septembre 2023, cette même autorité a décidé du maintien de ce placement en rétention administrative. M. C demande l'annulation de ces décisions du 11 septembre 2023 et du 13 septembre 2023, ainsi que la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 septembre 2023 en tant qu'il fait obligation de quitter le territoire français.

Sur la régularité de la procédure :

3. Aux termes de l'article R. 776-23 du code de justice administrative : " Dans le cas où l'étranger, qui ne parle pas suffisamment la langue française, le demande, le président nomme un interprète qui doit prêter serment d'apporter son concours à la justice en son honneur et en sa conscience. () ".

4. Si le conseil de M. C a relevé en début d'audience que l'interprète désigné par le président du tribunal ne parvenait pas à expliquer au requérant la situation juridique dans laquelle il était placé, il ressort toutefois des pièces du dossier que les arrêtés attaqués ont été notifiés avec l'aide d'un interprète, et il n'est pas allégué que M. C n'aurait pas saisi le sens de ces décisions. Par ailleurs, cet interprète a correctement traduit les observations orales émises par le requérant au cours de l'audience, ainsi que les questions qui lui ont été posées. Par suite, cette audience ne s'est pas déroulée dans des conditions irrégulières.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 14 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. Lesage, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière a été prise par une autorité incompétente manque en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L.613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

7. La décision attaquée vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et se fonde sur ce que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement en France, sur ce qu'il n'a pas sollicité la régularisation de sa situation administrative depuis son entrée sur le territoire français, et sur ce qu'il n'est pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée dès lors qu'il est célibataire et sans enfant, et qu'il ne se prévaut pas de liens personnels en France caractérisés par leur intensité et leur ancienneté. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation à un étranger de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre l'intéressé à retourner dans son pays d'origine, et doit, par suite, être écarté pour ce motif.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Si M. C soutient qu'il est entré sur le territoire national au mois de mars 2022, qu'il réside régulièrement dans la région parisienne et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de technicien dans les télécommunications, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de l'intéressé par les services de gendarmerie du 11 septembre 2023, que M. C est célibataire et sans enfant, et que ses parents résident en Turquie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Par ailleurs, si le requérant justifie être titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en date du 11 juillet 2022, ce contrat précise qu'il est conclu pour une durée prévisionnelle d'une année et M. C ne produit pas de bulletin de salaire postérieur au mois de mai 2023. Ce dernier ne démontre donc pas qu'à la date de la décision attaquée, il exerçait régulièrement une activité professionnelle. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. C, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;

5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. La décision attaquée se fonde sur ce que M. C ne justifie pas être entré régulièrement en France, sur ce qu'il n'a pas sollicité la régularisation de sa situation administrative depuis son entrée sur le territoire national, sur ce qu'il a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement, sur ce qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, sur ce qu'il a fait établir de faux documents d'identité, et sur ce qu'il ne justifie ni de document d'identité et de voyage original en cours de validité, ni d'un domicile fixe avéré. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise le 15 avril 2022 à son encontre et lui a été notifiée le même jour. Enfin, si M. C produit une attestation d'hébergement selon laquelle il réside dans la commune de Soisy-sur-Seine, il a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie qu'il résidait dans la commune de Corbeil-Essonnes. Dès lors, le risque de fuite étant avéré au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des 1°, 4°, 5°, 7°et 8° de l'article L.612-3 du même code, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement prendre la décision attaquée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. La décision attaquée se fonde sur ce que M. C est célibataire et sans enfant à charge, sur ce qu'il est entré irrégulièrement en France et ne se prévaut pas sur le territoire national de liens personnels caractérisés par leur intensité et leur ancienneté, sur ce qu'il est entré récemment en France, sur ce qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement notifiée le 15 avril 2022, et sur ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Le requérant ne conteste pas l'exactitude de ces motifs. Par suite, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 13 septembre 2023:

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

16. La décision attaquée vise les articles L.741-1 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur ce que M. C a été placé en rétention administrative le 11 septembre 2023, sur ce qu'il n'avait jamais manifesté expressément sa volonté d'introduire une demande d'asile en France alors qu'il avait déjà fait l'objet le 15 avril 2022 d'une procédure de retenue aux fins de vérification de son droit au séjour et de circulation, sur ce qu'il n'a fait part de son souhait de déposer une demande d'asile que postérieurement à son placement en rétention administrative, sur ce que cette demande d'asile présentée doit être regardée comme n'ayant été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement, et sur ce que l'intéressé ne justifie pas de garanties de représentation compte tenu qu'il n'a pas entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation depuis son entrée irrégulière en France au mois de mars 2022, qu'il n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne dispose d'aucune ressource stable issue d'une activité exercée régulièrement et d'aucun domicile fixe, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la décision portant obligation de quitter le territoire français pris à son encontre, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 15 avril 2022, et qu'il a fait établir de faux documents d'identité. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En dernier lieu, si M. C soutient qu'il avait exposé ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ressort des pièces que, par arrêté du 15 avril 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a fait obligation à l'intéressé de quitter sans délai le territoire français, et il n'est pas établi qu'à cette occasion il a tenté de présenter une demande d'asile. Par ailleurs, il résulte du procès-verbal d'audition rappelé au point 10 qu'il n'a entrepris aucune démarche administrative en vue de régulariser sa situation et qu'il préférait avoir un rendez-vous en préfecture, tout en souhaitant ne pas engager ces démarches dans l'immédiat. Par suite, en estimant, par la décision attaquée, que la demande d'asile déposée par M. C le 13 septembre 2023 avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement prise à son encontre, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des requêtes n° 2302341 et n° 2302394 de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension d'exécution :

19. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L.752-6 du même code : "

Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L.752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

20. Les présentes conclusions ne sont pas dirigées contre la décision du 21 septembre 2023 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile présentée par M. C. Ce dernier ne peut donc utilement soutenir que l'entretien avec les services de l'Office par le biais d'une communication audiovisuelle ne s'est pas déroulé dans les conditions permettant le respect du principe de la confidentialité, qu'il n'est pas certain que ses propos ont été fidèlement traduits par l'interprète et que cette décision est entachée d'erreur de fait. S'il soutient en outre qu'il appartient à la communauté kurde, qu'il n'a pu pour ce motif poursuivre ses études, qu'il a fait l'objet de brimades au cours de son service militaire, qu'il est membre du parti politique HDP qui est particulièrement surveillé en Turquie, qu'il a participé à une réunion de ce parti, qu'il a été interpellé par les services de police du fait de son appartenance à ce parti et que ces derniers se sont présentés au domicile de son père pour l'interroger sur ses déplacements et activités, il ne produit au soutien de ces allégations que des photographies sur lesquelles il apparaît au cours de cette réunion. Dans ces conditions, les éléments relatifs aux menaces que le requérant subirait dans son pays d'origine ne présentent pas un caractère suffisamment sérieux de nature à prononcer la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

21. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation et de suspension d'exécution des requêtes n° 2302394 et n°2302555 de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de ces mêmes requêtes doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

22. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

23. M. C ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par lui à ce titre doivent être rejetées.

24. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

25. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2302341, n°2302394 et n° 2302555 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière :

Signé

N°s 2302341 ; 2302394 ; 2302555

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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