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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2303158

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2303158

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2303158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEPLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2023 et le 12 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Pather, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Landes de procéder, sans délai, à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant au regard de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et manifestement disproportionnée au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et porte une atteinte grave et manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de l'exposé des faits et des moyens qui la fondent ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beneteau, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 12 décembre 2023 à 10 heures, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Pather, représentant M. A, qui confirme les conclusions et moyens développés dans sa requête ; Me Pather insiste sur les erreurs matérielles qui entachent l'arrêté en litige, mentionnant à tort que M. A n'aurait jamais été en situation régulière, et sur le défaut de motivation de cette décision, qui ne vise pas la convention internationale des droits de l'enfant et omet de prendre en compte l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant ; elle relève également que la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant dès lors que le préfet n'a pas tenu compte du jugement du 30 juin 2022, pris par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Dax, qui a notamment confirmé l'exercice de l'autorité parentale par M. A sur sa fille et l'a dispensé de ses obligations en matière de contribution à son entretien et son éducation.

La préfète des Landes n'était ni présente, ni représentée à l'audience.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 2 janvier 1993, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2012, à l'âge de 19 ans. Il sollicite l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application, précise, notamment, que M. A a été écroué le 10 juin 2022 et exécute en détention deux condamnations prononcées le 13 juin 2022 et le 21 novembre 2022, qu'il est très défavorablement connu des forces de police, et que, par leur gravité et leur répétition, les faits qui lui sont reprochés sont constitutifs d'une menace pour l'ordre public. Elle précise qu'il a fait l'objet de cinq mesures d'éloignement et qu'il n'a exécuté aucune des quatre mesures prononcées avant son incarcération. Si, comme le soutient l'intéressé, l'arrêté litigieux ne vise pas expressément la convention internationale relative aux droits de l'enfant et ne se prononce pas sur " l'intérêt supérieur de l'enfant ", il ressort de ses termes que la préfète a pris en considération ce qu'a déclaré M. A dans le cadre de la procédure contradictoire, le 3 octobre 2023, notamment qu'il avait " comme seule famille, en France, sa fille " et qu'il souhaitait " récupérer sa fille et ses papiers ". Pour se prononcer sur la situation de l'intéressé, la préfète a tenu compte de ce qu'il se prévalait de l'existence d'une enfant de nationalité française, de ce qu'il était séparé de son ex-compagne élevant seule leur enfant, et de ce que les enquêtes diligentées faisaient apparaître qu'il ne contribuait pas à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de l'enfant ou depuis au moins deux ans. L'arrêté litigieux contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondée la préfète des Landes pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il ressort également de cette motivation que cette autorité a bien procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre sa décision. Par suite, et alors même que la préfète, qui n'était pas tenue d'envisager l'ensemble des particularités de sa situation, n'a pas visé la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et n'a cité ni le prénom, le nom, et la date de naissance de son enfant, ni le jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Dax du 30 juin 2022, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision, que M. A a été mis à même de contester au regard des éléments qu'elle comporte, et de l'absence d'examen de sa situation personnelle, doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ". L'article L. 611-3 du même code dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Aux termes des dispositions de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père d'une enfant française, née en 2016, et qu'il est séparé de la mère depuis 2017. Une enquête de moralité, diligentée en décembre 2018, a mis en évidence qu'à cette date, les deux parents n'avaient que de rares contacts téléphoniques et qu'ils se donnaient rendez-vous une fois par mois pour que M. A puisse voir sa fille, mais que lors de ces rencontres, le père faisaient montre de peu de patience pour s'occuper de l'enfant. Cette enquête mettait aussi en évidence que M. A avait proféré des menaces, notamment celle d'enlever sa fille si son ex-compagne ne rédigeait pas de lettre en sa faveur. L'enquête concluait au caractère clairement inexistant et inapproprié de l'investissement de l'intéressé envers sa fille. Après sa première incarcération, entre décembre 2019 et juin 2021, il a tenté de faire valoir ses droits de visite et s'est heurté à l'opposition de la mère de l'enfant. Il établit avoir effectué à cette dernière quatre versements d'argent, de 50 à 80 euros, entre novembre 2021 et avril 2022. Il a saisi le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Dax, en décembre 2021, afin de faire valoir ses droits et par un jugement du 30 juin 2022, le juge a reconnu l'exercice conjoint de l'autorité parentale par M. A et la mère de l'enfant, a fixé la résidence habituelle de l'enfant au domicile de la mère, a accordé au père un droit de visite médiatisé, deux fois par mois, et l'a dispensé de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Cependant, M. A a été incarcéré, à nouveau, à compter du 10 juin 2022, de sorte qu'il n'a pu exercer ses droits de visite à compter de cette date. Il a en outre déclaré, au cours de l'audition menée le 3 octobre 2023 dans le cadre de la procédure contradictoire, être célibataire, avoir été pacsé et eu une fille, âgée de sept ans, mais ne plus avoir de contacts avec l'enfant et sa mère. S'il fait valoir qu'il a maintenu le lien avec sa fille, en cherchant à prendre de ses nouvelles, la totalité des échanges électroniques qu'il produit est antérieure au mois de février 2020. Dans ces conditions, en dépit de ce qu'il a, ponctuellement, versé une contribution financière à la mère de l'enfant, et de ce que le juge aux affaires familiales l'a dispensé, temporairement, de verser une pension, M. A ne peut être regardé comme apportant une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. En l'espèce, et d'une part, si M. A se prévaut de la présence en France de sa fille de nationalité française, âgée de sept ans, il ne justifie plus, à la date de l'arrêté attaqué, ainsi qu'il a été rappelé, qu'il continue d'entretenir des liens réels avec son enfant. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il a été écroué le 10 juin 2022 et qu'il exécute deux condamnations, l'une à une peine de huit mois d'emprisonnement, prononcée le 13 juin 2022 notamment pour des faits de vol par ruse et de vol par effraction, avec récidive, l'autre à une peine de douze mois d'emprisonnement, prononcée le 21 novembre 2022, pour des faits de même nature. Par ailleurs, M. A a précédemment été condamné le 12 janvier 2017, à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis pour tentative de vol avec destruction ou dégradation, le 13 octobre 2017, à une peine de trois mois d'emprisonnement assorti d'un sursis avec mise à l'épreuve de dix-huit mois pour des faits de vol, le 18 mai 2018, à une peine d'un mois d'emprisonnement pour des faits de conduite après usage de stupéfiants et usage de stupéfiants commis en état de récidive légale, le 22 novembre 2018, à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour vol et tentative de vol, le 12 décembre 2019, à une peine d'emprisonnement de dix mois pour soustraction à l'exécution d'un arrêté d'expulsion et de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, le 15 octobre 2020, à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol simple, de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et d'usage de stupéfiants, l'ensemble de ces infractions ayant été commises en état de récidive légale. Il résulte de la répétition et de la gravité des faits qui ont motivé l'ensemble de ces condamnations, ainsi que l'a estimé la préfète, que M. A constitue une menace à l'ordre public, sans qu'ait d'incidence, à cet égard, la circonstance que les condamnations dont il a fait l'objet concernent toutes des atteintes aux biens et qu'elles aient été commises lorsqu'il se trouvait en grande précarité sociale et administrative.

8. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu en particulier de l'absence de justification de la continuité et de la réalité du lien entretenu par M. A avec son enfant, dont la résidence a été fixée par le juge aux affaires familiales au domicile de la mère, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui se fonde sur une menace à l'ordre public, n'a ni porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise, ni méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué que la préfète, après avoir rappelé la teneur des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, a précisé que M. A a fait l'objet de quatre mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées avant sa nouvelle incarcération en juin 2022, qu'il se maintient irrégulièrement en France, qu'il a déclaré lors de son audition, le 3 octobre 2023, ne pas vouloir se soumettre à une éventuelle mesure d'éloignement et qu'il constitue une menace à l'ordre public compte tenu des nombreuses condamnations pénales dont il a fait l'objet. Par suite, la décision portant refus de délai de départ volontaire attaquée est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle a été prise la décision de refus de délai de départ volontaire en litige n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision entreprise serait dépourvue de base légale doit être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 du présent jugement que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

15. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de cette décision doit donc être écarté.

17. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle a été prise la décision en litige portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision entreprise serait dépourvue de base légale doit être écarté.

18. En troisième lieu, compte tenu de la nature des liens que M. A entretient avec la France, et plus particulièrement de la circonstance qu'il ne justifie pas continuer d'entretenir des relations avec sa fille, de la circonstance qu'il s'est soustrait à quatre précédentes mesures d'éloignement avant sa dernière incarcération ainsi que du fait qu'il représente une menace à l'ordre public, l'interdiction de retour en France durant trois ans qui lui a été faite n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ne présente pas une durée disproportionnée.

19. En quatrième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 8.

20. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la préfète des Landes en défense, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2023 présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme que M. A sollicite au bénéfice de son conseil au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète des Landes et à Me Pather.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

A. BENETEAU La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKALa République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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