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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2400460

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2400460

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2400460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUMAZ ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024 M. C A demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision explicite sur sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre à cette même autorité de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée, notamment en ce qu'elle ne vise pas les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- compte tenu de cette insuffisance il n'est pas possible de s'assurer qu'il a été procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L.435-3 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces mêmes dispositions ;

-elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle porte atteinte au droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

-elle méconnait les dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

-elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans :

-elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

-elle méconnait les dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée de la mesure est en effet disproportionnée ;

-elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024 le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) no 603/2013 relatif à Eurodac, la base de données de l'Union européenne pour la comparaison d'empreintes digitales des demandeurs d'asile ;

- le règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 27 février 2024 à 14 heures, en présence de Mme Strzalkowska greffière d'audience :

- le rapport de Mme B

- et les observations de Me Dumaz-Zamora, représentant M. A, présent, qui confirme les conclusions et moyens développés dans les écritures ; en faisant valoir qu'il ressort bien des pièces du dossier qu'il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ; que la demande de substitution de base légale du préfet devra être écartée, car le pouvoir d'appréciation dont dispose l'administration est différent, de même que les critères à remplir ; que le préfet a porté atteinte au droit d'asile en ne le mettant pas à même de formuler une telle demande, alors qu'il s'est exprimé lors de son audition sur ses craintes en cas de retour ; et ajoute un nouveau moyen tiré de l'erreur de droit, dès lors qu'il ressort des pièces produites en défense qu'il a déposé une demande d'asile en 2017 en Italie, de sorte que le préfet ne pouvait édicter une obligation de quitter le territoire français sans s'être assuré du sort réservé à sa demande et qu'il devait le cas échéant prendre une décision de transfert ; que s'agissant de l'article 8, il réside en France à minima depuis 2019, il est établi que ses parents sont décédés, et il a démontré son intégration par le travail en France ; et s'en remet pour le surplus à la procédure écrite.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 4 octobre 2005 à Kidia (Guinée) est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en 2019 en qualité de mineur non accompagné. Il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département de Maine-et-Loire puis des Pyrénées-Atlantiques. Il a déposé le 3 octobre 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-3, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Interpellé et placé en garde à vue pour escroquerie et obtention frauduleuse de document administratif constatant une identité, il a fait l'objet le 20 février 2024, d'un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Placé en rétention à Hendaye, M. A demande au tribunal par la présente requête d'annuler l'arrêté du 20 février 2024.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas de placement en rétention administrative : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au président du tribunal ou au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation d'un délai de départ volontaire et du pays de destination, et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doivent être réservées jusqu'à ce qu'il y soit statué et renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ". Le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Néanmoins, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile, dont la situation n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code en vertu desquelles la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert.

7. M. A a fait valoir au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 février 2024, qu'il est demandeur d'asile en Italie et ne pouvait, par conséquent, faire légalement l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Il ressort des pièces produites en défense par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, que ce dernier a été informé le 19 février 2024 par la direction de l'asile du ministère de l'intérieur que la consultation du fichier Eurodac des empreintes digitales des demandeurs d'asile effectuée par le ministère de l'intérieur avait révélé que les empreintes de M. A ont été relevées le 4 avril 2017 par les autorités italiennes. Le procès-verbal établi le 19 février à 11 heures 10 indique d'ailleurs que le requérant est " connu pour une demande d'asile en Italie à Vibo Valentina ". Il suit de là que le préfet des Pyrénées-Atlantiques disposait dans les circonstances de l'espèce, d'un élément sérieux permettant de considérer que M. A pouvait entrer dans le champ d'application de l'article L. 572-1 précité et du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, en raison d'une demande d'asile présentée en Italie, quand bien, même l'intéressé n'a pas fait état du dépôt de cette demande d'asile auprès des autorités italiennes au cours de son audition.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui n'établit pas, ni même d'ailleurs n'allègue avoir saisi les autorités italiennes, aux fins de déterminer si elles s'étaient prononcées sur la demande de M. A, ne pouvait légalement faire application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 20 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français, qui est entachée d'une erreur de droit, doit donc être annulée.

9. Par voie de conséquence, les décisions du même jour refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, doivent être également annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. En premier lieu, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet des Pyrénées-Atlantiques procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter du présent jugement et qu'il lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

11. En deuxième lieu, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. A fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

12. Enfin le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais liés au litige :

13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dumaz-Zamora, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dumaz-Zamora de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: Les décisions du 20 février 2024 par lesquelles le préfet des Pyrénées-Atlantiques a obligé M. A à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de depart volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 20 février 2024 ci-dessus annulée.

Article 5 : L'État versera à Me Dumaz-Zamora, avocate de M. A une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dumaz-Zamora renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 6 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. A.

Article 7 : Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 février 2024 en tant qu'il porte refus d'admission au séjour sont réservées pour qu'il y soit statué par une formation collégiale de ce tribunal.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Dumaz-Zamora.

Lu en audience publique le 27 février 2024.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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