lundi 18 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL PINTAT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février et le 11 mars 2024 et une pièce complémentaire transmise le 25 février 2024, la SCI Ker Maria, représentée par Me Migault, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 décembre 2023 par laquelle l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque a décidé de préempter le bien situé au 13, rue Louis Colas à Anglet ;
2°) de suspendre la délibération du 25 janvier 2024 par laquelle l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque a décidé de procéder à l'acquisition du bien ;
3°) de mettre à la charge de l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est établie dès lors que la décision de préemption emporte transfert du droit de propriété de la SCI, sans son consentement et porte une atteinte immédiate, à son droit de propriété, droit inviolable et sacré ; la déclaration d'intention d'aliéner a été adressée à la commune, alors même qu'elle n'avait pas décidé de vendre son bien, le projet de vente n'étant qu'au stade des pourparlers et la décision de vendre ou de ne pas vendre devait faire l'objet d'une résolution ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision de préemption a été prise par une autorité incompétente en l'absence de démonstration que l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque bénéficiait d'une délégation régulièrement publiée de la commune d'Anglet ;
- la décision d'intention d'aliéner n'a pas été rédigée par le propriétaire du bien préempté ni par une personne régulièrement mandatée ;
- la DIA n'a pu émaner de la SCI puisque la vente ne pouvait intervenir sans décision prise à l'unanimité des associés et qu'aucune décision n'a été prise pour permettre la vente de ce bien ; l'erreur du notaire entache la légalité de la décision de préemption puisqu'elle aboutit à la dépossession du bien par la SCI ;
- la déclaration d'intention d'aliéner ne respectait pas les dispositions de l'article L.213-2 du code de l'urbanisme ;
- à supposer que la notaire était régulièrement mandatée, la décision de préemption ne pouvait intervenir, dès lors qu'elle avait expressément demandé le retrait de la déclaration d'intention d'aliéner le 20 décembre 2023 ;
- la décision de préemption est illégale car dépourvue d'utilité pour atteindre les objectifs de la commune ; aucun espace public n'est situé à proximité de la parcelle, de sorte que la préemption de cette parcelle ne saurait participer à la " valorisation des espaces publics " ; la préemption de ce bien n'aura aucun intérêt pour créer une route ou une voie de liaison et elle est relativement éloignée du tracé du tram bus ;
- la préemption n'aura aucune utilité pour lutter contre les constructions éparses car la vente ne porte que sur la partie de la parcelle contenant le bien immobilier de 450 m2 et plusieurs projets ont déjà été réalisés, en vue d'assurer la mixité sociale ;
- la décision de préemption étant illégale, la délibération du 25 janvier 2024 prise sur son fondement est elle-même entachée d'un doute sérieux sur sa légalité.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, la commune d'Anglet, représentée par Me Gauci, conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Ker Maria au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Anglet fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut de production de la délibération du 25 janvier 2024 qui a en outre un caractère superfétatoire ;
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence n'est pas remplie et la SCI Ker Maria n'étant pas un acquéreur évincé, ne saurait se prévaloir d'aucune présomption d'urgence ; la décision de préemption a été faite au prix de vente mentionné dans la déclaration d'intention d'aliéner ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la délibération :
- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque, représentée par Me Pintat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI Ker Maria au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
L'EPFL Pays Basque fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut d'indiquer l'identité du gérant et de justifier de ce que la personne ainsi désignée a bien la qualité de gérant ;
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- le projet consistant notamment en du renouvellement urbain dans le secteur de la ZAD, de la valorisation des espaces publics de l'avenue de Bayonne et de ses abords, de recomposition du tissu urbain en lien avec la mise en service et le développement du Trambus en cours de réalisation à proximité du bien objet de la DIA et de densification des constructions pour y développer une offre de logements à prix maitrisés, répond à un intérêt général conforme à la délibération de création de la ZAD et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête n°2400467 par laquelle la SCI Ker Maria demande l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque a exercé son droit de préemption sur un bien situé au 13 rue Louis Colas à Anglet, d'autre part, la délibération du 25 janvier 2024 par laquelle cet établissement a décidé de procéder à l'acquisition du bien.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 12 mars 2024 à 10 heures en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Migault, représentant la SCI Ker Maria, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et en outre insiste sur la dépossession du bien par la SCI qui n'avait pas décidé de le vendre dès lors que les pourparlers pour la vente du bien devaient être engagés sous réserve que le bien reste au sein du cercle familial et que l'acquéreur s'engage irrévocablement à ne jamais aliéner l'immeuble du vivant du dernier des deux propriétaires historiques ; elle ajoute que la déclaration d'intention d'aliéner ne concerne que l'immeuble à usage d'habitation d'une superficie de 450 m², et exclut donc les deux garages ;
- les observations de Me Drevet, représentant de l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise en outre que la décision attaquée a été reçue le 22 décembre 2023 et non le 23 par les propriétaires soit à la même date que l'envoi par le notaire ; il ajoute que la volonté de vendre ne fait aucun doute et qu'il n'y a pas eu expropriation, ni dépossession ;
- les observations de Me Gauci, représentant la commune d'Anglet qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise qu'il n'y pas cession partielle de la parcelle.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Ker Maria est propriétaire d'une parcelle cadastrée CN n°112, située 13 rue Louis Colas à Anglet (Pyrénées-Atlantiques). Par délibération de son conseil communautaire du 21 mai 2022, la Communauté d'Agglomération Pays Basque (CAPB) a créé la Zone d'Aménagement Différé (ZAD) " Centre Ville d'ANGLET " en désignant la commune d'Anglet comme titulaire du droit de préemption ZAD, que cette dernière a délégué à l'EPFL Pays Basque par décision du 7 décembre 2023. Par une déclaration d'intention d'aliéner (DIA) établie le 31 octobre 2023, réceptionné en mairie d'Anglet à la même date, Me Clémence Dufour, notaire, a informé la commune d'Anglet d'une vente d'un bien bâti à usage d'habitations comprenant 5 logements d'une emprise cadastrale totale de 1 609 m², situé 13 rue Louis Colas à Anglet, cadastré CN numéro 112, appartenant à la SCI Ker Maria, moyennant le prix de 720 000 euros auquel s'ajoutent les frais d'acte à la charge de l'acquéreur. La SCI Ker Maria demande la suspension de l'exécution de la décision du 20 décembre 2023 par laquelle l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque a décidé de préempter ce bien ainsi que de la délibération du 25 janvier 2024 par laquelle cet établissement public a décidé de procéder à l'acquisition du bien.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. En l'espèce, la suspension de la décision de préemption en litige est demandée par la SCI Ker Maria qui estime qu'elle porte une atteinte à son droit de propriété, au motif que la déclaration d'intention d'aliéner a été adressée à la commune, alors même qu'elle n'avait pas décidé de vendre son bien, le projet de vente n'étant qu'au stade des pourparlers et la décision de vendre ou de ne pas vendre devant faire l'objet d'une résolution.
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par DIA établie le 31 octobre 2023, Me Clémence Dufour, notaire, a informé la commune d'Anglet d'une vente d'un bien bâti à usage d'habitations comprenant 5 logements d'une emprise cadastrale totale de 1 609 m², situé 13 rue Louis Colas à Anglet, cadastré CN numéro 112, appartenant à la SCI Ker Maria, moyennant le prix de 720 000 euros auquel s'ajoutent les frais d'acte à la charge de l'acquéreur.
5. Le directeur de l'EPFL a exercé le droit de préemption ZAD sur le bien objet de la DIA le 20 décembre 2023, soit prés de deux mois plus tard au prix de la DIA notifié aux propriétaires le 22 décembre 2023 et le 27 décembre 2023 au notaire qui informait alors la commune le 28 décembre 2023 que la SCI entendait retirer la DIA.
6. D'une part, la circonstance que la déclaration d'intention d'aliéner soit incomplète ou entachée d'une erreur substantielle portant sur la consistance du bien objet de la vente, son prix ou sur les conditions de son aliénation est, par elle-même, et hors le cas de fraude, sans incidence sur la légalité de la décision de préemption prise à la suite de cette déclaration. La circonstance que la décision de vendre ne puisse intervenir qu'après une décision prise à l'unanimité des associés de la SCI est sans incidence sur la validité de la préemption. D'autre part, la décision de préemption ayant été faite au prix de vente mentionné dans la déclaration d'intention d'aliéner, la SCI Ker Maria ne subit aucun préjudice financier dans la réalisation de la vente avec la commune d'Anglet. Dans ces conditions, et alors au demeurant que la requérante a attendu près de deux mois pour saisir le juge des référés d'une demande de suspension de l'exécution de cette décision, elle n'établit pas que les effets de cette décision, et par voie de conséquence de la délibération du 25 janvier 2024 par laquelle cet établissement public a décidé de procéder à l'acquisition du bien, porteraient atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.
7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune d'Anglet et l'EPLF Pays Basque, ni d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées, les conclusions de la requête présentées par la SCI Ker Maria sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, une des conditions cumulatives prévue à cet article n'étant pas remplie.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Anglet et l'EPLF Pays Basque, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, soient condamnés à verser à la SCI Ker Maria la somme qu'elle demande au titre des frais de justice. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de la commune d'Anglet et de l'EPLF Pays Basque.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCI Ker Maria est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Anglet et l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Ker Maria, à l'Etablissement Public Foncier Local Pays Basque et à la commune d'Anglet.
Fait à Pau, le 18 mars 2024.
La juge des référés,
Signé
La greffière,
Signé
F. AA. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026