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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401159

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401159

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantKIRIMOV

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de M. B..., ressortissant marocain, qui contestait le refus du préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer une carte de résident de dix ans. Le tribunal a estimé que la décision préfectorale était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen réel de sa situation. Il a jugé que le préfet avait fait une exacte application des articles L. 413-7 et R. 413-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en considérant que M. B... ne justifiait pas d’une maîtrise de la langue française au niveau A2 requis. Par conséquent, la demande d’annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, M. A... B..., représenté par Me Kirimov, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 17 avril 2024, en tant qu’elle rejette sa demande de délivrance d’une carte de résident d’une durée de validité de dix ans ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer une carte de résident d’une durée de validité de dix ans sur le fondement de l’article L. 423-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen réel et sérieux de sa situation ;
- le préfet des Hautes-Pyrénées, en considérant qu’il ne pouvait justifier d’une maîtrise de la langue française à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe, a fait une inexacte application des articles L. 413-7 et R. 413-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 413-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2025, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 25 avril 2023 fixant la liste des diplômes et certifications attestant du niveau de maîtrise du français requis pour l’obtention d’une carte de résident, d’une carte de résident permanent ou d’une carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE » ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Aubry.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant marocain, est entré régulièrement le 3 mai 2007 sur le territoire français, selon ses déclarations, dans le cadre d’une procédure de regroupement familial alors qu’il était mineur. A sa majorité, l’intéressé a bénéficié d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », valable du 1er juin 2023 au 31 mai 2024. Ce dernier a demandé le 26 février 2024, à titre principal, la délivrance d’une carte de résident d’une durée de validité de dix ans, à titre subsidiaire, le renouvellement de son titre de séjour. Par décision du 17 avril 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de délivrance d’une carte de résident et a renouvelé son titre de séjour. M. B... demande l’annulation de cette décision, en tant qu’elle porte refus de délivrance d’une carte de résident d’une durée de validité de dix ans.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ».

3. La décision attaquée vise les articles L. 413-7 et L. 423-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et se fonde sur ce que M. B... n’a pas effectué, auprès d’un organisme certificateur, des tests linguistiques permettant d’attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. Par suite, la décision attaquée satisfait à l’exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B....

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 423-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le conjoint d'un étranger titulaire de la carte de résident, qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III et qui justifie d'une résidence régulière non interrompue d'au moins trois années en France, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / Cette carte est délivrée, dans les mêmes conditions, aux enfants de l'étranger mentionné au premier alinéa, dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire ou lorsqu'ils entrent dans les prévisions de l'article L. 421-35. ». Aux termes de l’article L. 413-7 du même code : « La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles (…) L. 423-16 (…) est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. / (…) ». Aux termes de l’article R. 413-15 du même code : « Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. / (…) ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté ministériel du 25 avril 2023 : « Les diplômes recevables pour l'obtention d'une carte de résident, d'une carte de résident permanent ou d'une carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE », mentionnés à l'article R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont les suivants : / 1° Tout diplôme délivré par une autorité française, en France ou à l'étranger, sanctionnant un niveau au moins égal au niveau 3 du cadre national des certifications professionnelles ; / 2° Tout diplôme attestant un niveau de connaissance de la langue française au moins équivalent au niveau A2 du cadre européen de référence pour les langues. ».

6. Si la situation de M. B... entrait dans les prévisions de l’article L. 423-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le requérant a présenté, au soutien de sa demande de titre de séjour, un des documents mentionnés aux dispositions précitées de l’article 1er de l’arrêté du 25 avril 2023. Dans ces conditions, l’intéressé ne justifiait pas d’une maîtrise de la langue française à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 exigé, alors même qu’il démontre avoir effectué sa scolarité en France, laquelle n’a cependant pas abouti à l’un des diplômes exigés par ces mêmes dispositions. Par suite, en refusant de délivrer à M. B... la carte de résident mentionnée à l’article L. 423-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet des Hautes-Pyrénées n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 413-7 et R. 413-15 du même code.

7. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 413-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Est également dispensé de la signature de ce contrat l'étranger ayant effectué sa scolarité dans un établissement d'enseignement secondaire français pendant au moins trois années scolaires (…) ». Eu égard au motif de la décision attaquée rappelé au point 3, M. B... ne peut utilement soutenir que cette décision méconnaît les dispositions précitées de l’article L. 413-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d’annulation de la requête de M. B..., n’appelle aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

10. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ».

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B... doivent dès lors être rejetées.




D E C I D E :




Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.


Le rapporteur,
L. AUBRY

Le président,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON

La greffière,



P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,




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