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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401768

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401768

mercredi 19 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401768
TypeDécision
FormationCHAMBRE 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de la société Flexol Brusle, qui contestait l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète des Landes lui avait refusé un permis de construire pour une centrale photovoltaïque au sol à Magescq. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé, contrairement à ce que soutenait la société. Il a également estimé que le projet n'était pas compatible avec les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) applicable, en zone N, et qu'il se situait dans un secteur exposé au risque incendie de forêt. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation, sur le fondement des articles L. 424-3 et L. 421-6 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 10 juillet 2024 et le 18 novembre 2024, la société Flexol Brusle, représentée par Me Gelas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète des Landes a opposé un refus à sa demande de permis de construire déposée en vue de la construction d'une centrale photovoltaïque au sol, sur deux ilots situés au lieu-dit Le Brusle, sur le territoire de la commune de Magescq ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation dès lors qu'il ne permet pas de connaître les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal qui seraient méconnues par le projet et ne contient aucun examen concret de ce projet ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'incompatibilité du projet avec les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- il est également entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le préfet ne se trouvait pas en situation de compétence liée dès lors que la décision refusant sa demande de défrichement est illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la préfète des Landes, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que les formalités de notification de la requête, prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été respectées ;

- que les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, que les moyens sont inopérants dès lors qu'elle se trouvait en situation de compétence liée, en raison du refus opposé à la demande d'autorisation de défrichement, et dès lors était tenue d'opposer un refus au permis de construire sollicité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Foulon ;

- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Kerjean-Gauducheau, représentant la société Flexol Brusle.

Considérant ce qui suit :

1. La société Flexol Brusle a déposé, le 12 décembre 2023, une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'une centrale photovoltaïque au sol d'environ 10MWc sur deux ilots comprenant des panneaux photovoltaïques installés sur des tables (structures métalliques implantées au sol par des pieux), une clôture type grillage à mouton / " forestière " d'une hauteur de deux mètres, des portails d'accès d'une largeur de sept mètres et d'une hauteur de deux mètres, des bâtiments techniques de teinte verte consistant en un poste de livraison, trois postes de transformation et un local de stockage, et enfin deux citernes incendies souples de 120 m3 chacune, sur la parcelle cadastrée section B n° 101, située au lieu-dit " Le Brusle ", sur le territoire de la commune de Magescq (Landes). Par un arrêté du 16 mai 2024, la préfète des Landes a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. La société Flexol Brusle demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition () ".

3. L'arrêté contesté du 16 mai 2024 vise les textes dont il est fait application, à savoir le code de l'urbanisme, et notamment son article R. 111-2, et le plan local d'urbanisme intercommunal approuvé le 27 février 2020. Cet arrêté indique également que le projet de centrale photovoltaïque au sol, d'une superficie d'environ 25 hectares, se situe en zone N du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) dans laquelle les usages et affectations des sols, constructions et activités, sont limités, et n'est pas compatible avec ce document, tandis qu'il se situe également dans un secteur exposé au risque incendie de forêt. Par suite, et alors qu'au demeurant, la requérante ne peut, en présence des dispositions spéciales du code de l'urbanisme citées au point précédent, utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré du défaut de motivation du refus de permis en litige doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ". Aux termes de l'article L. 151-11 du même code : " I.- Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : / 1° Autoriser les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages ; (). "

5. Ces dispositions ont pour objet de conditionner l'implantation de constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs dans des zones naturelles, agricoles ou forestières à la possibilité d'exercer des activités agricoles, pastorales ou forestières sur le terrain où elles doivent être implantées et à l'absence d'atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. Pour vérifier si la première de ces exigences est satisfaite, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier si le projet permet l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière significative sur le terrain d'implantation, au regard des activités qui sont effectivement exercées dans la zone concernée du plan local d'urbanisme ou, le cas échéant, auraient vocation à s'y développer, en tenant compte notamment de la superficie de la parcelle, de l'emprise du projet, de la nature des sols et des usages locaux.

6. Il ressort du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté de communes Maremne Adour Côte-Sud (MACS) que le projet en litige se situe en intégralité en zone N où sont autorisées sous condition les " constructions, aménagements et installations nécessaires à des équipements d'intérêt collectif dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. ".

7. Il ressort également des pièces du dossier que le projet en litige, nécessitant un défrichement d'environ 19 hectares, comprend 18 876 panneaux photovoltaïques installés sur des tables, une clôture type grillage à mouton / "forestière", des portails d'accès, un poste de livraison, trois postes de transformation, un local de stockage et deux citernes incendie de 120 m3 chacune. Il ressort de l'étude d'impact versée au dossier de demande de permis que la parcelle terrain d'assiette du projet est recouverte de jeunes pins ainsi que de pins développés d'environ 15 ans, et qu'elle est déjà partiellement utilisée dans le cadre de la sylviculture. Ainsi, en se bornant à soutenir qu'une activité pastorale pourra être mise ne place pour " le bon entretien des espaces naturels ", la requérante ne démontre nullement que le projet en litige permettra le maintien d'une activité sylvicole significative sur le terrain d'implantation de l'équipement collectif envisagé, au regard des activités effectivement exercées dans la zone concernée ou qui auraient vocation à s'y développer, et eu égard notamment à l'emprise du projet, la nature des sols et les usages locaux.

8. En outre, il ressort également des pièces du dossier, en particulier du rapport du commissaire enquêteur du 8 juin 2024, établi dans le cadre de la demande défrichement nécessaire au projet, et produit dans le cadre de la présente instance, que le projet n'est pas compris dans le secteur Nenr du règlement du PLUI de la communauté de communes MACS, expressément dédié à la production d'énergie renouvelable.

9. Dès lors, la préfète des Landes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées, applicables en zone N, en considérant que le projet était incompatible avec les dispositions applicables du plan local d'urbanisme intercommunal. Ainsi, et pour ce seul motif, la préfète pouvait opposer un refus à la demande de permis de construire.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de la société Flexol Brusle doit être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Flexol Brusle est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Flexol Brusle, à la préfète des Landes et à la commune de Magescq.

Délibéré après l'audience du 26 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Foulon, conseillère,

M. Buisson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2025.

La rapporteure,

Céline Foulon

La présidente,

Sylvande Perdu

La greffière,

Perrine Santerre

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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