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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2403065

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2403065

mercredi 4 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2403065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSELARL CABINET CAMBOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté le recours en excès de pouvoir visant à annuler le refus de permis de construire pour un abri de jardin et un garage. Le juge a estimé que le projet, situé en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, ne pouvait bénéficier des exceptions prévues par les articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme, notamment en l'absence de lien fonctionnel avec une habitation existante. La juridiction a également refusé de transmettre la question prioritaire de constitutionnalité soulevée à l'encontre de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, la jugeant dépourvue de caractère sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 25 novembre 2024 et le 10 avril 2025, M. A... B..., Mme E... B... et Mme D... C..., représentés par Me Cambot, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers a refusé de leur délivrer un permis de construire portant sur la réalisation d’un abri de jardin et de voiture sur un terrain situé à Louslitges ;

2°) d’enjoindre au préfet du Gers de leur délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme ne peut être retenu dès lors que le projet est situé dans le périmètre d’une ancienne exploitation agricole et respecte les traditions architecturales ; en outre, les annexes projetées sont à proximité des deux bâtiments principaux, sont unis par un lien fonctionnel et doivent ainsi être considérées comme une extension des bâtiments principaux ;
- en refusant l’abri de jardin, l’arrêté méconnaît les dispositions de l’article L. 111-23 du code de l’urbanisme dès lors que le projet s’inscrit dans les limites d’un bâtiment existant, dont il reste l’essentiel des quatre murs porteurs ; en outre, le garage constitue une extension de cet abri ;
- aucune disposition d’urbanisme n’impose que toutes les pièces de la demande de permis de construire soient signées par l’architecte en charge du projet ;
- un permis de construire a été délivré tacitement sur le même terrain le 29 mars 2022 pour la création d’un atelier d’une surface de 42,61 m².

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2025 et le 3 juillet 2025, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- le refus du permis de construire pouvait également être fondé sur la circonstance que le projet ne présente aucun lien fonctionnel avec l’habitation existante, en application des dispositions de l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme.

Par ailleurs, par un mémoire distinct, enregistré le 6 décembre 2025, M. B..., Mme B... et Mme C..., représentés par Me Cambot, demandent au tribunal de transmettre au Conseil d’État une question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité de l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme :
- au principe d’égalité garanti par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et l’article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- au droit à la liberté personnelle, au droit à mener une vie familiale normale et au droit aux loisirs, garantis par les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 et les alinéas 10 et 11 du préambule de la constitution du 27 octobre 1946.

Ils soutiennent que l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme est inconstitutionnel en ce qu’il ne prévoit pas la construction des annexes parmi les exceptions au principe d’inconstructibilité en dehors des parties urbanisées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la Constitution ;
- la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ;
- la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport F... Foulon,
- les conclusions F... Portès, rapporteure publique,
- et les observations de Me Coto, représentant M. B..., Mme B... et Mme C....


Considérant ce qui suit :

En 2008, M. et Mme B... ont acquis un ensemble immobilier situé au lieu-dit Couentat à Louslitges (Gers), comprenant une grange et deux anciennes constructions partiellement détruites sur un terrain d’une superficie totale de près de 9 hectares. Le 21 mai 2024, ils ont déposé une demande de permis de construire pour la régularisation d’un abri de jardin et la réalisation d’un abri pour les véhicules. Par un arrêté du 24 octobre 2024, le préfet du Gers a refusé de leur délivrer le permis de construire sollicité. M. et Mme B... ainsi que Mme C..., architecte en charge du projet demandent au tribunal l’annulation de cet arrêté.


Sur la question prioritaire de constitutionnalité :

Aux termes de l’article LO 771-1 du code de justice administrative : « La transmission par une juridiction administrative d’une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d’État obéit aux règles définies par les articles 23-1 à 23-3 de l’ordonnance n° 58 1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel. ». L’article 23-2 de cette ordonnance dispose que : « La juridiction statue sans délai par une décision motivée sur la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d’État ou à la Cour de cassation. Il est procédé à cette transmission si les conditions suivantes sont remplies : 1° La disposition contestée est applicable au litige ou à la procédure, ou constitue le fondement des poursuites ; 2° Elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances ; 3° La question n’est pas dépourvue de caractère sérieux (…) ».

Aux termes de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « La loi (…) doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. ». Aux termes de l’article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. (…) ».

Le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général, pourvu que, dans l’un et l’autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l’objet de la loi qui l’établit.

En l’espèce, les requérants soutiennent que l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme est inconstitutionnel en ce qu’en n’autorisant pas les annexes en dehors des zones urbanisées des communes ne disposant pas de document d’urbanisme, il crée une rupture d’égalité avec les citoyens dont la commune est couverte par un document d’urbanisme.

Toutefois, la situation de l’habitant d’une commune dotée d’un plan local d’urbanisme n’est pas comparable à celle de l’habitant d’une commune dépourvue de tout document de planification de l’urbanisation, dès lors que les premiers se voient imposer des contraintes par ce document.

La situation des habitants soumis à une simple carte communale est plus comparable à celle des requérants. Toutefois, la loi n° 83-8 du 7 janvier 1983 a posé la règle de la constructibilité limitée, aujourd’hui reprise à l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme, pour l’objectif d’intérêt général de lutte contre la dispersion de l’urbanisation et l’artificialisation des sols. L’article L. 111-4 du code de l’urbanisme prévoit en outre cinq séries d’exceptions permettant d’autoriser des aménagements ou des constructions en dehors des parties urbanisées de la commune, en particulier les constructions nécessaires aux exploitations agricoles ou incompatibles avec le voisinage des zones habitées.

Dans ces conditions, les dispositions de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme ne portent pas une atteinte excessive et disproportionnée au principe d’égalité au regard des objectifs poursuivis de lutte contre l’artificialisation des sols.

En outre, les requérants ne sauraient utilement alléguer que ces dispositions portent atteinte au droit à la vie personnelle, au droit à mener une vie familiale normale et au droit aux loisirs dès lors le lien entre les dispositions de l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme et ces droits ou libertés garantis par la Constitution n’est pas établi.

Par suite, la question de la conformité de l’article L. 111-4 aux dispositions ou principes du bloc de constitutionnalité ne présente pas un caractère sérieux. Il s’ensuit qu’il n’y a dès lors pas lieu de transmettre au Conseil d’État la question prioritaire de constitutionnalité soulevée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Pour s’opposer à la délivrance du permis de construire demandé par les requérants, le préfet du Gers a estimé que le projet méconnaît les dispositions de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme en ce qu’il est situé hors des parties urbanisées de la commune et que les pièces constituant le projet architectural n’étaient pas toutes signées par l’architecte en charge de l’élaboration du dossier de demande.

En premier lieu, aux termes de l’article L. 431-1 du code de l’urbanisme : « Conformément aux dispositions de l’article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l’objet de la demande de permis de construire. ». Aux termes de l’article 15 de la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture : « Tout projet architectural doit comporter la signature de tous les architectes qui ont contribué à son élaboration. ».

Il ressort des pièces du dossier que l’intégralité des documents transmis initialement à l’appui du formulaire de demande de permis de construire ont été signés par Mme C..., architecte et comporte un tampon avec ses coordonnées. A la suite de la demande en vue de compléter le dossier adressée le 6 juin 2024 aux pétitionnaires, avec copie à Mme C..., les documents complémentaires, transmis par courriel par Mme C..., ne comportent pas sa signature. Il en résulte que ce projet a été établi par un architecte, alors même que certaines pièces du dossier de permis de construire ne comportent pas sa signature. Par suite, le motif de refus, fondé sur l’absence de signature par un architecte des pièces complémentaires transmises à l’appui de la demande de permis de construire, doit être censuré.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme : « En l’absence de plan local d’urbanisme, de tout document d’urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ». Aux termes de l’article L. 111-4 du même code : « Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L’adaptation, le changement de destination, la réfection, l’extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d’habitation à l’intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d’une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; (…) ».

Il est constant que le projet en litige se situe en dehors des parties urbanisées de la commune. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que ce projet consiste en la réalisation d’un abri de stockage pour le matériel de jardin, à l’emplacement d’une ancienne dépendance comportant encore les quatre murs porteurs, et d’un abri pour voiture, pour une emprise au sol totale de 123,90 m². Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la qualification d’ancienne exploitation agricole de leur construction, à la supposer établie, pour soutenir que le projet pouvait être autorisé dès lors que les nouvelles constructions projetées ne sont pas à usage d’habitation. En outre, les constructions projetées se situent en discontinuité des constructions existantes et ne présentent aucun lien fonctionnel permettant de les considérer comme une extension à la construction principale. A cet égard, la circonstance qu’un permis de construire né tacitement ait pu être préalablement accordé au pétitionnaire pour la construction d’un atelier d’artiste est sans incidence sur la légalité de l’arrêté du 24 octobre 2024.

Par suite le projet de construction en litige ne relève d’aucune des exceptions prévues par l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme. Il en résulte que c’est sans erreur de droit que le préfet du Gers a considéré que le projet méconnaît les dispositions de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 111-23 du code de l’urbanisme : « La restauration d’un bâtiment dont il reste l’essentiel des murs porteurs peut être autorisée, sauf dispositions contraires des documents d’urbanisme et sous réserve des dispositions de l’article L. 111-11, lorsque son intérêt architectural ou patrimonial en justifie le maintien et sous réserve de respecter les principales caractéristiques de ce bâtiment. ».

Il résulte de l’article L. 111-23 du code de l’urbanisme que le législateur a entendu permettre la restauration de bâtiments anciens caractéristiques des traditions architecturales et cultures locales laissés à l’abandon mais dont demeure l’essentiel des murs porteurs dès lors que le projet respecte les principales caractéristiques du bâtiment en cause et à condition que les documents d’urbanisme applicables ne fassent pas obstacle aux travaux envisagés. Lorsqu’un projet répond aux conditions définies au point précédent, il appartient à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, de l’autoriser, y compris si le pétitionnaire ne s’est pas expressément prévalu de ces dispositions au soutien de sa demande de permis de construire, à moins que d’autres dispositions applicables y fassent légalement obstacle.

L’ancienne dépendance située sur le terrain d’assiette du projet a conservé l’essentiel de ses murs porteurs au sens des dispositions de l’article L. 111-23 du code de l’urbanisme. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction existante qui a fait l’objet de la demande de permis de construire présente un intérêt architectural ou patrimonial particulier. En outre, le projet consiste en la construction d’un abri de jardin, en réutilisant les murs existants ainsi qu’en une extension de ce dernier avec la réalisation d’un abri pour les véhicules. Dans ces conditions, le projet ne respecte pas les principales caractéristiques du bâtiment d’origine, au sens des mêmes dispositions. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu’être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède, que si le motif de refus fondé sur l’absence de signature par l’architecte de certaines pièces ne peut être retenu, le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme est légal. En outre, le préfet aurait pris la même décision s’il s’était fondé sur ce seul motif. Par suite, les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 24 octobre 2024 doivent être rejetées.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

L’exécution du présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une quelconque somme soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B... et F... Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Mme E... B..., à Mme D... C... et à la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet du Gers.


Délibéré après l’audience du 18 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,
Mme Foulon, conseillère,
M. Buisson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2026.

La rapporteure,
C. FOULON
La présidente,
A. TRIOLET



La greffière,



A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne à la ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière,

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