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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2503293

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2503293

lundi 17 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2503293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a examiné la requête de M. B..., ressortissant espagnol, contestant un arrêté préfectoral du 29 octobre 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de circulation de trois ans. Le juge a rejeté la demande d'annulation, estimant que le comportement du requérant, condamné pour trafic de stupéfiants et corruption, constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les articles L. 251-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la directive 2004/38/CE, en tenant compte de l'absence d'intégration sociale et professionnelle durable de l'intéressé malgré sa présence en France depuis 2017.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 5 novembre 2025, le 6 novembre 2025 et le 14 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Sanchez Rodriguez, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 29 octobre 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d’interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article L. 251-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
en ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
en ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle n’a pas été précédée d’un examen réel et sérieux de sa situation ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est privée de base légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C... en application de l’article R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique tenue le 14 novembre 2025, présenté son rapport et entendu les observations de Me Sanchez Rodriguez, représentant M. B..., et M. B....

Un mémoire en défense, présenté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, a été enregistré le 14 novembre 2025, postérieurement à la clôture instruction.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., de nationalité espagnole, est entré en France en 2017, selon ses déclarations. Par arrêté du 29 octobre 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d’interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (…) L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ».

3. Il appartient à l’autorité administrative d’un État membre, qui envisage de prendre une mesure d’éloignement à l’encontre d’un ressortissant d’un autre État membre, de ne pas se fonder sur la seule existence d’une infraction à la loi, mais d’examiner, d’après l’ensemble des circonstances de l’affaire, si la présence de l’intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L’ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 29 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Bayonne a condamné M. B... à une peine de six mois d’emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, corruption active et refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d’un moyen de cryptologie. Si le requérant soutient qu’il a fait l’objet d’une remise de peine de 60 jours, qu’il est entré en France à l’âge de 11 ans, qu’il y réside avec ses parents et son frère, qu’il y a effectué ses études secondaires jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat professionnel, qu’il n’a pas d’attaches privées et familiales en Espagne, qu’il est membre d’un club de football et qu’il a signé un contrat d’engagement de service civique, il est célibataire et sans enfant et il ne démontre pas, avant son incarcération, avoir engagé des démarches pour réaliser des études supérieures ou bien une formation en vue d’exercer une activité professionnelle. Par ailleurs, il ne justifie pas non plus d’une intégration sociale. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des faits commis par l’intéressé et de la situation individuelle de ce dernier sur le territoire français, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement considérer que le comportement personnel de M. B... constitue, du point de vue de l’ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société.

5. En second lieu, aux termes de l’article L. 234-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. (…) ». Aux termes de l’article L. 233-1 du même code : « Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :
1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; (…) ». Aux termes de l’article L. 251-2 du même code : « Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ».

6. Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qu’un citoyen de l’Union européenne ne dispose du droit de se maintenir sur le territoire national pour une durée supérieure à trois mois que s’il remplit l’une des conditions, alternatives, exigées par ces dispositions, au nombre desquelles figure l’exercice d’une activité professionnelle en France. Par ailleurs, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que la notion de travailleur, au sens du droit de l’Union européenne, doit être interprétée comme s’étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l’exclusion d’activités tellement réduites qu’elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B... n’a exercé une activité professionnelle dans un établissement de restauration rapide qu’au cours des périodes du 11 au 31 août 2023 et du 1er au 10 décembre 2023, ainsi qu’au mois de juin 2024. Cette activité, qui ne revêt donc qu’un caractère marginal, ne peut donc être regardée comme présentant un caractère réel et effectif. Par ailleurs, le requérant ne justifie d’aucune ressource. Dès lors, il ne remplit aucune des conditions prévues par les dispositions précitées de l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il n’était donc pas au nombre des citoyens de l’Union européenne mentionnés à l’article L. 234-1 du même code qui ne peuvent, en application de l’article L. 251-2 de ce code, faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, la décision attaquée n’est pas entachée d’erreur de droit.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l’article L. 251-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ».

9. La notion d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 251-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être interprétée à la lumière des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres. Aussi, il résulte de la combinaison de ces dispositions que l’urgence à éloigner sans délai de départ volontaire un citoyen de l’Union européenne ou un membre de sa famille doit être appréciée par l’autorité préfectorale, au regard du but poursuivi par l’éloignement de l’intéressé et des éléments qui caractérisent sa situation personnelle, sous l’entier contrôle du juge de l’excès de pouvoir.

10. Compte-tenu de la nature et des faits commis par M. B..., son comportement doit être regardé comme constituant, du point de vue de l’ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société, de sorte que le préfet des Pyrénées-Atlantiques doit être regardé comme justifiant de la condition d’urgence, au sens des dispositions précitées du second alinéa de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour ne pas lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, cette autorité a pu légalement prendre cette décision.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Ainsi qu’il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’illégalité. Par suite, la décision attaquée n’a pas été prise sur le fondement d’une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d’une telle exception d’illégalité ne peut, dès lors, qu’être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

12. Aux termes de l’article L. 251-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ».

13. Eu égard à l’ensemble des circonstances rappelées au point 4, notamment celle caractérisant la menace de l’ordre public que représente M. B..., et en l’absence d’éléments suffisamment probants justifiant de son insertion dans la société française, en prenant la décision attaquée et en fixant à trois années la durée de l’interdiction de circulation sur le territoire français, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n’a pas fait une inexacte application de l’article L. 251-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées.


Sur les frais liés à l’instance :

15. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ».

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B... doivent dès lors, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’admission de ce dernier au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire, être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2025.


Le magistrat désigné,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON
La greffière,

S. SEGUELA



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :
La greffière,


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