Le Tribunal administratif de Pau, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B..., ressortissant lituanien, qui sollicitait la restitution de sa carte d’identité ou la délivrance d’un document provisoire. Le requérant, faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français et d’une assignation à résidence, invoquait une atteinte grave à ses libertés fondamentales. Le juge a estimé que la rétention du document d’identité était légalement fondée sur les articles L. 733-4 et L. 814-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et que M. B... ne démontrait pas avoir été privé du récépissé valant justification d’identité prévu par ces textes. En l’absence d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la requête a été rejetée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 29 décembre 2025 et le 30 décembre 2025, M. C... B... demande au juge des référés d’ordonner au préfet des Hautes-Pyrénées, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui restituer sans délai sa carte d’identité lituanienne, subsidiairement de lui délivrer « un document provisoire officiel ».
Il soutient que :
- l’urgence est caractérisée par la circonstance qu’il est privé de tout document d’identité alors qu’il respecte les obligations qui lui sont imposées, l’empêchant d’accomplir toute démarche essentielle l’exposant ainsi à des mesures coercitives ou privatives de liberté ;
- cette privation de document d’identité, tout en lui imposant des obligations administratives strictes, le place dans une « situation d’impossibilité juridique totale, constitutive d’une injonction impossible » ;
- elle porte « une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d’aller et venir, au droit à l’identité et au droit à une vie administrative normale et digne, notamment au regard de son statut de citoyen de l’Union européenne » ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A... pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 22 novembre 2025 le préfet des Hautes-Pyrénées a fait obligation à C... B..., ressortissant lituanien, de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d’un an. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hautes-Pyrénées l’a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours et l’a astreint à se présenter du lundi au vendredi, hors jours fériés, au commissariat de Tarbes. M. B..., demande qu’il soit ordonné au préfet des Hautes-Pyrénées, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui restituer sans délai sa carte d’identité lituanienne, subsidiairement de lui délivrer « un document provisoire officiel ».
D’une part, aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ». Aux termes de l’article L. 814-1 du même code : « L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 733-3 du même code : « Lorsque l'autorité administrative prescrit à l'étranger la remise de son passeport ou de tout document d'identité ou de voyage en sa possession, en application de l'article L. 733-4, elle lui remet en échange un récépissé valant justification d'identité ».
Ainsi qu’il a été dit au point 1, M. B... a fait l’objet d’une assignation à résidence dans le département des Hautes-Pyrénées par un arrêté du préfet de ce département du 22 novembre 2025 qui précise qu’il est fait obligation à l’intéressé de remettre aux services de police tout document original susceptible de faire établir son identité, conformément aux dispositions de l’article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant se prévaut d’un message des services de la préfecture des Hautes-Pyrénées du 5 décembre 2025 opposant un refus à sa demande de restitution de sa carte d’identité lituanienne en raison des deux arrêtés mentionnés au point 1 et de l’inexécution de son obligation de quitter le territoire, il n’allègue pas qu’il ne lui aurait pas été délivré le récépissé valant justification d’identité prévu par l’article L. 814-1 du même code. Dans ces conditions, il ne justifie d’aucune circonstance, résultant de la rétention de sa pièce d’identité par les services compétents, susceptible de porter à sa situation une atteinte à une liberté fondamentale.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B....
Fait à Pau, le 31 décembre 2025.
Le juge des référés,
F. A...
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition :
La greffière :