Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2026, et un mémoire enregistré le 20 février 2026, Mme A... H... et M. G... C..., représentés par Me Glaise Aleman, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision de préemption du 14 octobre 2025 du maire de Castets, prise à l’occasion de la vente, par les consorts D... et B..., d’un bien immobilier constitué d’une maison à usage d’habitation située sur la parcelle cadastrée section AI n° 18, correspondant au numéro 168 de la rue des Forges, aux prix et conditions proposées par ces derniers ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Castets le versement d’une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- aucune irrecevabilité de la requête en annulation ne peut être retenue, ni l’irrecevabilité de la présente demande de suspension en ce qu’elle est présentée par Mme H... alors que seul M. C... a présenté la requête en annulation ;
- la condition d’urgence est présumée dès lors qu’ils ont la qualité d’acquéreurs évincés de la vente de la parcelle en cause ; en outre, aucune urgence à réaliser le projet porté par la commune ne saurait, en l’espèce, être retenue ;
- des moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision du 14 octobre 2025 :
* il n’est pas justifié de la publication de la délibération du conseil municipal du 24 septembre 2025 délégant le droit de préemption au maire, de sorte que cette délibération n’est pas exécutoire, en application des dispositions de l’article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales et le maire n’était pas compétent pour prendre la décision en litige ;
* la motivation de la décision de préemption méconnaît les exigences des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l’urbanisme, les divers objectifs mentionnés dans la décision, formulés pour certains en des termes généraux, ne permettent pas de connaître la nature du projet poursuivi ; en outre, aucune antériorité de ce ou ces projet(s) n’est justifiée, si ce n’est par une étude destinée à « réfléchir sur le regroupement des équipements scolaires et périscolaires » ;
* aucune opération d’intérêt général et aucun projet d’action ou d’aménagement, antérieur à la décision de préemption en litige, répondant aux objets mentionnés à l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme, n’est donc justifié par la commune ; du reste, les motifs de protection de la sécurité publique ne sont pas au nombre de ceux pouvant fonder une décision de préemption.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2026, et des pièces complémentaires, enregistrées le 19 février 2026, la commune de Castets, représentée par Me Chambord, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune précise que :
- la requête au fond présentée par M. C..., le 28 octobre 2025, est irrecevable faute d’être assortie d’un moyen de droit en méconnaissance de l’article R. 411-1 du code de justice administrative, et n’est plus régularisable puisque le délai de recours de deux mois à compter de l’enregistrement de cette requête a expiré ; la demande de référé est donc, par suite, irrecevable ; en outre, la demande de suspension n’est pas recevable en ce qu’elle est présentée par Mme H... qui n’est pas requérante dans la requête au fond ;
- à titre subsidiaire, la condition d’urgence n’est pas remplie, le compromis de vente conclu le 8 août 2025 contenant une clause de caducité en cas d’exercice du droit de préemption ;
- enfin, aucun des moyens invoqués n’est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, la délibération du conseil municipal du 24 septembre 2025 a fait l’objet d’une publication sur le site de la commune depuis le 29 septembre 2025, tandis que la décision est suffisamment motivée, la commune justifiant d’un projet suffisamment précis et qui répond à l’un des objectifs de l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 octobre 2025, sous le n° 2503188 par laquelle les requérants demandent l’annulation de la décision du 14 octobre 2025 du maire de la commune de Castets.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 24 février 2026 à 14h00, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d’audience, le rapport de Mme Perdu ainsi que les observations de :
- Me Laforgue, pour les requérants, qui maintient l’ensemble de ses conclusions et moyens, notamment tendant à rejeter les fins de non-recevoir opposées en défense, et souligne, en outre, qu’une étude n’a été réalisée par la commune que lorsque les déclarations d’intention d’aliéner les parcelles AI 16 et AI 17, d’une part, puis AI 18, d’autre part, ont été adressées à la commune, ce qui révèle l’absence d’antériorité suffisante du projet porté par la collectivité ;
- Me Gelinier, pour la commune, qui maintient l’ensemble de ses conclusions et moyens, en particulier l’irrecevabilité de la requête au fond, qui n’est désormais plus régularisable ; il est également précisé que les parcelles AI 16 et 17 ont d’ores et déjà été acquises à un prix de 300 000 euros et la parcelle AI 18, objet de la préemption contestée dans le présent référé, est mitoyenne et accessoire pour la réalisation du projet de réhabilitation des maisons existantes et leur transformation en un lieu d’accueil de loisirs sans hébergement et en une maison des jeunes, tandis que des aménagements piétonniers seront ensuite réalisés.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 14 octobre 2025, le maire de la commune de Castets (40260) a décidé de mettre en œuvre le droit de préemption de la commune sur la vente du bien immobilier composé d’une maison à usage d’habitation située sur une parcelle cadastrée section AI n° 18, correspondant au numéro 168 de la rue des Forges. Par la présente requête, Mme H... et M. C..., acquéreurs évincés, demandent au juge des référés de suspendre l’exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté du 14 octobre 2025 :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
3. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets pour l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie, pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple, s'agissant du droit de préemption urbain, à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption ou, s'agissant du droit de préemption dans les espaces naturels sensibles, aux nécessités de l'intervention rapide de mesures de protection de milieux naturels fragiles.
4. Par ailleurs, aux termes de l’article L. 210-1 du code de l’urbanisme : « Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l’intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l’article L. 300-1 (…) / Toute décision de préemption doit mentionner l’objet pour lequel ce droit est exercé (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 300-1 du même code : « Les actions ou opérations d’aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l’habitat, d’organiser la mutation, le maintien, l’extension ou l’accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d’enseignement supérieur, de lutter contre l’insalubrité et l’habitat indigne ou dangereux, de permettre le recyclage foncier ou le renouvellement urbain, de sauvegarder, de restaurer ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, de renaturer ou de désartificialiser des sols, notamment en recherchant l’optimisation de l’utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. » Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d’une part, justifier, à la date à laquelle elles l’exercent, de la réalité d’un projet d’action ou d’opération d’aménagement répondant aux objets mentionnés à l’article L. 300-1 du code de l’urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n’auraient pas été définies à cette date, et, d’autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
5. Il résulte de l’instruction que par une décision du 14 octobre 2025, le maire de Castets a décidé d’exercer le droit de préemption de la commune sur le bien correspondant à la parcelle cadastrée section AI n° 18 situé 168 rue des Forges, en vue « de regrouper des équipements à vocation scolaire et périscolaire en centre-bourg au sein d’un espace clairement identifié » et de poursuivre l’aménagement de cette zone en mettant en place « un projet de parcours patrimonial, touristique et culturel ».
6. En l’état de l’instruction, au vu notamment des précisions et justifications apportées en défense, aucun des moyens n’apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune en défense, l’une des deux conditions cumulatives de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas réunie. Dès lors, les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme H... et M. C... doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Castets, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme H... et M. C..., non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de ces derniers une somme de 1 000 euros au titre des frais engagés par la commune de Castets, non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme H... et M. C... est rejetée.
Article 2 : Mme H... et M. C... verseront à la commune de Castets, une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... H... et M. G... C..., à la commune de Castets ainsi qu’à M. E... D... et Mme F... B... épouse D....
Fait à Pau, le 26 février 2026.
La juge des référés, La greffière,
S. PERDU
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Landes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,