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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2600422

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2600422

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2600422
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDUBRULLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la société Bambinos & Cie. Celle-ci sollicitait la suspension des délibérations du conseil municipal de Bayonne des 16 octobre et 11 décembre 2025, qui émettaient un avis défavorable à son projet d'ouverture d'une micro-crèche. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, les difficultés financières invoquées par la société résultant de ses propres choix d'investissement et non de l'urgence à suspendre les décisions contestées. Par conséquent, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des délibérations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2026, la société (SASU) Bambinos & Cie, représentée par Me Dubrulle, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution, d’une part, des délibérations du conseil municipal de Bayonne en date des 16 octobre 2025 et 11 décembre 2025, portant un avis défavorable à son projet d’ouverture d’une micro-crèche, ainsi que, d’autre part, de la décision du 23 décembre 2025 rejetant le recours gracieux formé contre cette dernière délibération ;

2°) d’enjoindre au conseil municipal de Bayonne de délivrer un avis favorable à l’ouverture de la micro-crèche projetée, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande déposée par la société dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l’ordonnance à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle a réservé un local et doit faire face à des engagements financiers lourds ; elle est placée devant un risque de déséquilibre de trésorerie et les professionnels de l’immobilier attestent qu’il n’y a aucune autre alternative disponible pour développer une activité de micro-crèche sur le territoire de la commune ; le délai légal de rétractation a expiré et la société ne peut plus se désengager financièrement de l’achat de ce local, ce qui va compromettre son équilibre financier global ;
- il existe, en outre, un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige dès lors que :
* les décisions méconnaissent la directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur, les articles 9, 10, 14, 15 et 16 de cette directive étant suffisamment précis pour être directement applicables, et la commune de Bayonne, autorité organisatrice de l’accueil du jeune enfant, depuis le décret n° 2025-304 du 1er avril 2025, intervient ainsi et influence l’accès de ses concurrents directs, en méconnaissance de l’article 14 de la directive ; en outre, le régime d’autorisation instaurée méconnaît également les articles 9 et 10 de la même directive ;
* par ailleurs, tous les motifs de l’avis défavorable du 11 décembre 2025 sont erronés et doivent être censurés.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2600420 enregistrée le 9 février 2026 par laquelle la société demande l’annulation des délibérations.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer en matière de référés.


Considérant ce qui suit :


1. La société (SASU) Bambinos & Cie souhaite ouvrir une micro-crèche à Bayonne, au rez-de-chaussée d’un projet immobilier de construction de bureaux professionnels porté par un promoteur privé, situé 9 allée de la Floride. Elle a déposé un premier projet en décembre 2023 auprès de la caisse d’allocations familiales (CAF) et du service de la protection maternelle et infantile (PMI) du département, et un avis défavorable a été émis par le conseil municipal de la commune de Bayonne le 15 janvier 2024. La société a déposé un nouveau dossier portant sur un même projet de micro-crèche de douze places, le 1er juillet 2025, et par une délibération du 16 octobre 2025, le conseil municipal de Bayonne a émis un avis défavorable en se fondant notamment sur ce que ce projet présentait les mêmes manquements que le précédent, à savoir en particulier, l’absence de réponse adaptée aux besoins des familles (horaires de la structure…), ou une grille tarifaire et de facturation non différenciée selon le revenu des parents. Un dossier complété a été déposé le 18 septembre 2025, et par une délibération du 11 décembre 2025, le conseil municipal de Bayonne a de nouveau émis un avis défavorable à l’unanimité, fondé, notamment, sur les insuffisances du dossier de demande (une étude de besoins non actualisée…), une incohérence dans le contenu des documents transmis tandis que le règlement de fonctionnement est considéré comme défavorable aux familles. Par la présente requête, la société demande la suspension de l’exécution de ces délibérations, ensemble la suspension de l’exécution du rejet, le 23 décembre 2025, du recours gracieux formé contre la délibération du 16 octobre 2025.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (…) ». L’article L. 522-3 du même code prévoit que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

3. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d'apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il en va ainsi lorsque l'exécution de cette décision porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il est tenu compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des objectifs d’intérêt public poursuivis par la décision critiquée.

4. Aux termes, par ailleurs, l’article L. 2324-1 du code de la santé publique : « Si elles ne sont pas soumises à un régime d'autorisation en vertu d'une autre disposition législative, la création, l'extension et la transformation des établissements et services gérés par une personne physique ou morale de droit privé ou de droit public accueillant des enfants de moins de six ans sont subordonnées à une autorisation délivrée par le président du conseil départemental. / Le projet de création, d'extension ou de transformation d'un établissement ou d'un service de droit privé accueillant des enfants de moins de six ans fait l'objet, préalablement à la demande d'autorisation mentionnée au premier alinéa, d'un avis favorable de l'autorité organisatrice de l'accueil du jeune enfant compétente au titre du 3° du I de l'article L. 214-1-3 du code de l'action sociale et des familles. L'avis est rendu au regard des besoins recensés sur son territoire. / (…) ». Aux termes de l’article R. 2324-22 du même code : « L'autorité organisatrice de l'accueil du jeune enfant dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date à laquelle le dossier est complet pour rendre son avis. L'absence de réponse dans ce délai vaut avis favorable. / L'avis est délivré au vu des besoins des enfants concernés et de leurs familles et de l'offre disponible sur le territoire couvert par l'autorité organisatrice. Pour bénéficier d'un avis favorable, le projet de création, d'extension ou de transformation doit être compatible, lorsqu'elle existe, avec la planification réalisée en application du 3° du I de l'article L. 214-1-3 du code de l'action sociale et des familles. / L'avis est notifié au demandeur et transmis au président du conseil départemental ainsi qu'au directeur de l'organisme débiteur de prestations familiales. / L'avis favorable est délivré pour une durée de vingt-quatre mois. Un arrêté du ministre chargé de la famille fixe la liste des informations qu'il doit comporter. »

5. Pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution des délibérations par lesquelles le conseil municipal de Bayonne a émis un avis défavorable à la demande de création d’une micro-crèche déposée par la société Bambino & Cie, faisant obstacle à l’ouverture de la micro-crèche envisagée, la société requérante se prévaut des frais engagés pour réserver et désormais acquérir un local situé au rez-de-chaussée d’un projet immobilier porté par un promoteur privé, s’élevant au total à 169 743,60 euros, de ce que les délais de rétractation pour l’achat de ce local ont expiré et que les travaux de construction de cet ensemble ont débuté. Toutefois, la société a elle-même concouru à la situation décrite dès lors que, si certes elle doit préciser dans le dossier de demande de création d’un service accueillant des enfants, l’adresse où se trouverait la micro-crèche projetée, elle ne saurait soutenir qu’elle était tenue, eu égard à la situation du marché de l’immobilier, d’engager de tels frais avant d’avoir obtenu l’autorisation d’exercer cette activité. Dans ces conditions, la condition d’urgence au sens et pour l’application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut donc être considérée comme réunie.

6. Il résulte de ce qui précède que l’ensemble des conclusions aux fins de suspension, ainsi que par, voie de conséquence, celles aux fins d’injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées en application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :



Article 1er : La requête de la société Bambino & Cie est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bambino & Cie.

Copie pour information sera adressée à la commune de Bayonne.


Fait à Pau, le 12 février 2026.


Le juge des référés,



S. PERDU


La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière

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