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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2601906

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2601906

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2601906
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantALGANS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du maire de Lasseube refusant la prise en charge des frais de santé de M. B... postérieurs au 11 août 2025. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas suffisamment caractérisée, le requérant n'ayant pas démontré que l'interruption de la prise en charge compromettait gravement et immédiatement sa situation. Par ailleurs, la demande de condamnation de la commune à des dommages et intérêts a été jugée irrecevable, car elle ne relève pas de la compétence du juge des référés. La décision est fondée sur les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2026, M. A... B..., représenté par Me Algans, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 26 mars 2026 par laquelle le maire de la commune de Lasseube a refusé de prendre en charge ses frais de santé exposés postérieurement au 11 août 2025 en lien avec l’accident de service dont il a été victime le 2 juillet 2013, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de condamner le maire de Lasseube à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral qu’il a subi du fait du retard de traitement de sa demande, le contraignant à déposer une requête ;

3°) d’enjoindre au maire de Lasseube d’instruire sa demande de prise en charge des frais de santé en lien avec les séquelles de son accident de service, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Lasseube une somme de 600 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
-l’urgence de la situation est caractérisée au regard de la précarité de sa situation financière, ne disposant que d’un revenu limité et devant faire face à des charges importantes, supérieures aux revenus du foyer ; la prise en charge des arriérés de frais de santé, de plus de 1 300 euros, constitue une charge insurmontable alors qu’il ne peut interrompre le traitement médicamenteux que requiert son état de santé ;
- des moyens sont, en outre, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
*en se fondant exclusivement sur un avis du médecin agréé du 11 août 2020 sans même s’interroger sur un éventuel changement de circonstances médicales et leur évolution, la décision attaquée est entachée d’une erreur de fait ;
*en se fondant sur le refus de son assureur de prendre en charge des frais médicaux habituels, le maire a commis un détournement de pouvoir, confondant la consolidation avec l’arrêt des traitements ;

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 mai 2026 sous le numéro 2601903 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C... pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :


1. Le 2 juillet 2013, M. B... a été victime d’un accident reconnu imputable au service. Depuis le 10 juillet 2013, les honoraires médicaux et les frais directement entraînés par l’accident sont pris en charge par la commune de Lasseube qui l’employait. Le médecin agréé qui a examiné M. B... a fixé au 11 août 2020 la date de consolidation et a indiqué que les deux séances hebdomadaires de kinésithérapie et les traitements antalgiques prescrits étaient maintenus pendant 5 ans. Par une décision du 23 mars 2026, le maire de la commune de Lasseube a informé M. B... qu’il reprenait à son compte les conclusions du médecin agréé et qu’en conséquence les soins présentés à compter du 11 août 2025 ne seront plus pris en charge. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés d’ordonner la suspension de l’exécution de cette décision dont il a demandé l’annulation par une requête enregistrée le 26 mai 2026.

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». L'article L. 522-3 du même code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. » ;

3. D’une part, il résulte de ces dispositions qu’il n’appartient pas au juge des référés de prononcer une condamnation. Par suite, les conclusions présentées par M. B... tendant à de condamner le maire de Lasseube à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral qu’il a subi sont irrecevables.

4. D’autre part, la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

5. Il résulte de l’instruction que pour justifier de l’urgence à prononcer la suspension de l’exécution de la décision en litige, M. B... fait état de ce qu’il ne peut interrompre le traitement médicamenteux que requiert son état de santé et que la prise en charge des arriérés de frais de santé, de plus de 1 300 euros, constitue une charge insurmontable, compte tenu de la précarité de sa situation financière, caractérisée par des revenus inférieurs aux charges auxquelles son foyer doit faire face. A l’appui de ses allégations, il produit un bulletin de paie de son épouse, d’un montant net de 2 178,11 euros mensuels, une attestation de sa caisse de retraite indiquant qu’il perçoit une pension d’un montant mensuel net de 1 125,05 euros et un tableau récapitulatif des recettes et dépenses de la famille indiquant le versement d’un montant mensuel de 206,54 euros au titre d’un contrat de prévoyance, soit un total de 3 546,44 euros de revenus mensuels. En outre, s’il retient, dans ce tableau récapitulatif, que ses charges fixes s’élèvent à 2 893,91 euros, auxquelles s’ajoute un montant mensuel de 1 486,44 euros de dépenses alimentaires et de vêtements, soit un total de 4 380,44 euros de charges, supérieur aux revenus du couple, il résulte cependant de l’instruction qu’il ne justifie pas de l’intégralité des lignes de dépenses figurant dans ce récapitulatif. En effet, il se borne à produire des justificatifs d’un crédit à la consommation, d’un prêt immobilier, lequel au demeurant ne figure pas dans le tableau récapitulatif, des cotisations d’une assurance automobile, d’une facture d’électricité, des frais de scolarité et de demi-pension de leur fille, du montant de la taxe foncière due en 2025, d’un contrat de location d’un véhicule, de factures de cinq lignes de téléphone mobile, d’une facture de vétérinaire et d’un appel de cotisations de la mutuelle nationale territoriale, dont le montant total n’est pas supérieur aux revenus. Par ailleurs, si l’exécution de la décision litigieuse a pour effet de mettre à sa charge un montant de frais de médicaments resté impayé, s’élevant à un peu plus de 1300 euros selon l’officine de pharmacie qui les lui délivre, il ne soutient ni même n’allègue que le montant de cet impayé ne pourrait faire l’objet d’un paiement échelonné auprès des professionnels de santé créanciers. Quant aux frais futurs, il ne résulte pas de l’instruction qu’à l’avenir, et jusqu’à ce qu’il soit statué sur la légalité de la décision attaquée, M. B... ne pourrait assumer personnellement, le cas échéant avec la contribution de sa mutuelle, le reste à charge éventuel de ces frais, lesquels se limitent, selon le rapport du médecin agréé, à deux séances hebdomadaires de kinésithérapie et à la prise d’antalgiques, et dont il ne résulte pas de l’instruction, compte tenu des charges dont il fait état, qu’ils entraîneraient un bouleversement de ses conditions d’existence et de celles de sa famille. Dès lors, M. B... ne démontre pas que la décision attaquée engendrerait, en l’état, une atteinte grave et immédiate à sa situation pécuniaire.

6. Dans ces conditions, en l’absence de démonstration d’une urgence, sans qu’il soit besoin de statuer sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....


Fait à Pau, le 1er juin 2026.


La juge des référés,





M. C...

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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